La militante écologiste suédoise Greta Thunberg participe à un débat ce mardi à l'Assemblée nationale, alors que les députés sont appelés à se prononcer sur le CETA, l'accord de libre-échange entre l'Union européenne et le Canada. Sur l'un comme sur l'autre, les députés de la majorité sont divisés.

La militante écologiste Greta Thunberg à Berlin, le 19 juillet 2019.
La militante écologiste Greta Thunberg à Berlin, le 19 juillet 2019. © AFP / EMMANUELE CONTINI / NURPHOTO

Est-il possible d'applaudir en même temps l'engagement de Greta Thunberg dans la lutte contre le changement climatique et le CETA, le traité de libre-échange entre l'Union européenne et le Canada, défendu par le gouvernement mais torpillé par les écologistes ? La question divise aussi dans les rangs de la majorité, alors que la jeune militante suédoise participe à un débat ce mardi à l'Assemblée nationale. "On ne peut pas être Greta et CETA, ça me paraît parfaitement antinomique", tranche le député de La République en Marche (LREM) Loïc Dombreval qui pour le coup n'est... ni l'un ni l'autre.

"Écologie de symbole" contre "écologie concrète"

Car il y a tous les camps de la majorité, sur le CETA comme sur Greta Thunberg. Loïc Dombreval prévoit de s'abstenir lors du vote sur la ratification du traité, notamment parce qu'il introduit un déséquilibre entre les deux côtés de l'Atlantique : "On ne peut pas exiger des éleveurs français des standards d'élevage et notamment de bien-être animal, et ne pas le faire pour les éleveurs canadiens qui vont exporter leur viande". Pour autant, le député des Alpes-Maritimes n'ira pas écouter la Suédoise de 16 ans : "Je suis heureux que la jeunesse s'empare de l'écologie. Mais j'ai toujours un peu d'hésitation quand les personnages sont à ce point médiatisés et qu'ils deviennent des emblèmes."

La députée pro-CETA des Hauts-de-Seine Isabelle Florennes, porte-parole du groupe MoDem à l'Assemblée nationale, parle elle, avec Greta Thunberg, d'"écologie de symbole" par opposition à l'"écologie concrète": "Il faut des symboles pour faire avancer les causes mais après, concrètement, comment ça ce passe ? Des beaux discours c'est bien, mais après il faut les mettre en oeuvre. Et pour ça, il faut des gens et des femmes, et il y en a beaucoup en France qui sont à l'oeuvre."

Isabelle Florennes et Loïc Dombreval font partie du collectif transpartisan "Accélérons" lancé par Matthieu Orphelin, qui a organisé la venue de Greta Thunberg. "C'est un coup à la Matthieu Orphelin", selon le député LREM de l'Eure Bruno Questel, également membre du collectif, qui reproche à son collègue d'être trop dans l'"incantation". Sur Greta Thunberg, le député a la même analyse : "La parole de cette jeune fille, aussi pertinente et juste soit-elle, ne peut nous contraindre. Le CETA est en préparation depuis plus de dix ans. A défaut de celui-ci, on aurait un commerce sans règle aucune et le libre-cours au profit et au seul profit."

"Il n'y a pas forcément d'incompatibilité"

Au sein de la majorité, il y a également la combinaison anti-CETA / pro-Greta. "Je m'abstiendrai lors du vote", explique Martine Wonner, députée du Bas-Rhin, pour qui le traité ne fixe pas assez de "précautions" en ce qui concerne les pesticides ou les perturbateurs endocriniens, et pour qui ce texte va à l'encontre du développement des circuits courts. En revanche, la députée sera bien ce mardi dans la salle où interviendra Greta Thunberg : "Ce n'est pas le symbole de cette jeune fille de 16 ans qui m'intéresse mais ce qu'elle impulse dans notre propre jeunesse. Je pense en effet qu'on est au pied du mur et qu'on est très loin de l'urgence dans notre mode de consommation. Le CETA, s'il a été amélioré par le gouvernement actuel, n'est pas écolo-compatible."

Le député du Bas-Rhin, Vincent Thiébaut, estime lui qu'on peut être en même temps Greta et CETA : "Pour moi la transition, qu'elle soit écologique ou énergétique, doit se faire dans le dialogue, ce n'est pas en se fermant à l'autre qu'on arrivera à élaborer des politiques communes. Le CETA est déjà mis en oeuvre, il y a des contrôles sur site et le constat est, qu'aujourd'hui, l'Europe, avec cet accord, a réussi à exporter ses exigences environnementales et sanitaires. Donc il n'y a pas forcément d'incompatibilité." Vincent Thiébaut votera pour la ratification du CETA et "essayera" d'assister au débat avec Greta Thunberg, selon ses disponibilités.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.