[scald=109709:sdl_editor_representation]par Paul Day

MADRID (Reuters) - Une grève générale a paralysé jeudi une partie de l'Espagne à la veille de la présentation d'un projet de budget d'austérité "très sévère" par le président du gouvernement, le conservateur Mariano Rajoy.

Officiellement, ce mouvement vise à s'opposer à une réforme du marché du travail assouplissant les conditions de licenciement et permettant aux employeurs de baisser les salaires.

Les usines et les ports, dont ceux de Valence et de Séville, sont restés fermés, tandis que les télévisions publiques ou régionales et les transports ont connu de nombreuses perturbations durant toute la journée.

Le mouvement était considéré comme un test de la patience des Espagnols face à la politique de rigueur du gouvernement en raison du déséquilibre des comptes publics qui inquiète les marchés.

Des échauffourées ont été signalées à Barcelone et à Madrid. Dans la capitale espagnole, la police avait barricadé le Parlement et 58 personnes ont été arrêtées, la plupart pour avoir tenté d'empêcher des gens de se rendre à leur travail. Dans la capitale de la Catalogne, des protestataires ont incendié des poubelles et ont jeté des chaises appartenant à des cafés.

En Andalousie, des touristes n'ont pas pu visiter l'Alhambra de Grenade.

"Cette grève générale est un succès démocratique indiscutable", s'est réjoui Candido Méndez, secrétaire général de l'Union général des travailleurs (UGT).

Les syndicats ont évalué la participation à la grève à 77%, en comptant les services minimum.

Dans les grandes villes de la péninsule, de nombreux manifestants ont défilé aux cris de "Yo a esta crisis no la pago" (je ne veux pas payer moi cette crise) ou de "Mariano (Rajoy), Mariano, no llegas a verano" (Mariano tu ne vas pas tenir jusqu'à l'été).

Les banques ont été la cible du mécontentement des manifestants, qui estiment qu'elles sont à l'origine de la crise. On pouvait notamment voir un guichet saccagé devant le siège du Parti populaire à Madrid.

Cependant, de nombreux employés n'ont pas observé la grève, de crainte de perdre leur travail. Aussi, devant le Corte Inglés de Barcelone, protégé par un important cordon de police, une employée a indiqué qu'elle n'avait pas pu exercer son droit de grève.

"Je viens travailler, car si je ne viens pas, ils (les patrons) me virent", a-t-elle dit, refusant de donner son nom, et entrant dans le grand centre commercial par une porte latérale.

Un peu plus tôt, la police avait procédé à 58 interpellations depuis le début, à minuit, de la grève - essentiellement des militants montant des piquets de grève pour empêcher le personnel de nuit de prendre son service dans les transports en commun, les usines et les marchés de gros.

L'ESPAGNE SOUS SURVEILLANCE

La population a fait preuve jusqu'ici d'une tolérance remarquable alors que le gouvernement dirigé par le Parti populaire s'efforce de respecter les stricts objectifs de déficit fixés par l'Union européenne.

Mais cette patience pourrait toucher à sa fin alors que l'économie, frappée par un chômage de 23% touchant près d'un jeune de moins de 25 ans sur deux, entre dans sa quatrième de croissance faible ou nulle.

"Les résultats des scrutins dominicaux sont un signe du refus des Espagnols de ce genre de réformes (...) et pourraient marquer un nouveau cycle caractérisé par une opposition plus active à la politique mise en oeuvre ces derniers mois", estime Xavier Vence, professeur d'économie à l'université de St-Jacques de Compostelle.

La dernière grève générale remonte à septembre 2010 en Espagne, gouvernée à l'époque par les socialistes du PSOE. Elle n'avait eu qu'un impact limité sur les transports et dans les usines.

Mais le pays aborde sa deuxième récession en trois ans et certains observateurs s'attendent à ce qu'au moins un million de personnes supplémentaires viennent grossir les rangs des chômeurs.

Le projet de réforme du marché du travail prévoit de rendre moins coûteux pour les employeurs de licencier du personnel et de démanteler le système national de négociations collectives.

Le pouvoir des syndicats s'est lentement érodé en Espagne, où moins d'un salarié sur cinq est aujourd'hui membre des deux principales organisations - les Commissions ouvrières (CCOO) et l'UGT.

Pour Mariano Rajoy, la réforme du marché du travail actuellement soumise au Parlement est nécessaire pour lutter contre le chômage.

Le président du gouvernement, qui a obtenu de la Commission européenne de ramener à 5,3% du PIB l'objectif de déficit public pour cette année contre 4,4% auparavant, présentera vendredi un budget annoncé "très sévère", avec une baisse des dépenses d'au moins 35 milliards d'euros.

Madrid, dont le déficit a atteint 8,5% du PIB l'an dernier, est désormais sous surveillance, comme l'illustre les tensions sur le rendement de sa dette à long terme, et doit toujours revenir sur le seuil des 3,0% du PIB en 2013.

L'économie, qui a connu un taux de croissance de 3,4% par an en moyenne sur la période 2001-2007, a connu 18 mois de récession à partir de 2008 après l'éclatement d'une bulle immobilière qui a déprimé la demande intérieure et provoqué un chômage de masse.

Avec Feliciano Tisdera, Jean-Loup Fiévet et Benjamin Massot pour le service français

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