Sur Facebook, il y a les publications classiques et les contenus sponsorisés, pour lesquels il faut payer. Dans le cadre de la campagne pour les élections européennes, les institutions, les groupes politiques ou encore des associations pro-Europe financent des publicités pour toucher un maximum d'internautes.

Le groupe S&D au Parlement européen a diffusé sur Facebook, pour un montant allant jusqu'à 5.000 euros à chaque fois, des vidéos pour illustrer chacun de ses combats, ici contre le dumping social
Le groupe S&D au Parlement européen a diffusé sur Facebook, pour un montant allant jusqu'à 5.000 euros à chaque fois, des vidéos pour illustrer chacun de ses combats, ici contre le dumping social © Capture d'écran Facebook

La campagne pour les élections européennes du 25 et 26 mai se fait aussi sur Facebook. Mais, c'est une nouveauté par rapport aux campagnes précédentes : le réseau social a lancé il y a quelques semaines une bibliothèque qui recense toutes les publicités à visée politique diffusées en France. Ces "contenus sponsorisés" et payants permettent de donner plus de visibilité à une publication et de toucher des internautes bien au-delà de sa communauté. "La transparence est essentielle pour nous aider à prévenir toute ingérence dans les élections", affirme Facebook, qui propose cet outil également aux Etats-Unis, en Israël ou au Brésil.

Les groupes politiques, comme le PPE

Sur Facebook, les différents groupes politiques présents au Parlement européen sont en première ligne dans cette campagne. Sur les pages des candidats, des élus ou des partis nationaux, les contenus payants sont essentiellement des annonces de meetings ou d’événements. En revanche, les groupes politiques financent des campagnes diffusées dans tous les pays de l'Union européenne, à l'image de celle des Sociaux-démocrates (S&D), qui regroupe des formations comme le Parti socialiste.

Le groupe S&D au Parlement européen a diffusé une trentaine de vidéos thématiques illustrant ses différents combats.
Le groupe S&D au Parlement européen a diffusé une trentaine de vidéos thématiques illustrant ses différents combats. / Capture d'écran Facebook

Entre le 27 mars et le 15 avril, le groupe politique a diffusé une trentaine de vidéos thématiques illustrant ses différents combats. Chaque vidéo (disponible avec des sous-titres en sept langues différentes) a coûté, selon Facebook, entre 1 000 et 5 000 euros, pour une audience de plus d'un million d'internautes par vidéo.

Autre exemple de publicité payante dans le cadre de la campagne : début avril, le Parti populaire européen (PPE, centre-droit, auquel appartient le parti les Républicains) a financé la diffusion, sur Facebook et Instagram, de contenus sponsorisés invitant les internautes à partager un selfie pour "montrer leur Europe". Pour une somme comprise entre 500 et 999 euros, ces courtes vidéos ont été vues, individuellement, entre 200 000 et 500 000 fois.

Les libéraux-démocrates du groupe ALDE sont également très présents sur Facebook, avec une vingtaine de publicités financées aux mois de mars et d'avril, notamment des contenus pour promouvoir la page du groupe politique, qui a deux fois moins d'abonnés que celle du PPE. La plupart ont coûté entre 100 et un millier d'euros. 

Bien moins actif, le groupe de la gauche radicale (GUE/NGL) a mis en avant, pour moins de cent euros, une photo représentant des gilets jaunes lors d'une manifestation, avec ce slogan : "La rue réclame la dignité. Au Parlement européen, on a une voix. La Gauche." La publication été vue entre 10 000 et 50 000 fois.

La bibliothèque de Facebook permet de savoir qui a financé quoi, pour quel montant, et pour quel résultat.
La bibliothèque de Facebook permet de savoir qui a financé quoi, pour quel montant, et pour quel résultat. / Capture d'écran Facebook

Les institutions européennes, comme le Parlement

Les institutions européennes ne font pas vraiment campagne. En revanche, pour inciter les citoyens à voter lors du scrutin qui se déroulera, en France, le 26 mai prochain, le Parlement européen a commencé à diffuser, le 26 avril sur Facebook, un film de trois minutes montrant des images d'accouchement, avec ce slogan : "Aujourd'hui, je viens au monde. À quoi ressemblera le monde dans lequel je grandirai ? Choisissez votre avenir."

Pour toucher le maximum d'utilisateurs du réseau social avec cette vidéo (vue plus de 50 millions de fois), le Parlement a financé trois campagnes distinctes, pour un prix allant de 110 000 à 250 000 euros

La Commission européenne est dans la même logique de promotion. Une animation publiée sur le réseau social entre le 12 et le 14 avril vante ainsi les mérites de l'euro : "Aujourd'hui vous pouvez prendre le petit-déjeuner à Paris, le déjeuner à Rome, et le dîner à Bruxelles en utilisant une seule et même monnaie." D'après Facebook, cette publicité a ciblé particulièrement les 18-24 ans et a été vue plus de 500 000 fois. La Commission a dû débourser entre 100 et 499 euros.

Les associations et les ONG, comme la Cimade

Parmi ceux qui payent pour augmenter la portée de leurs publications sur Facebook, on retrouve beaucoup d'associations ou d'organismes pro-européens. Entre le 15 mars et le 15 avril, par exemple, Européens sans frontières a diffusé une dizaine de vidéos animées abordant plusieurs thèmes comme Erasmus, les déchets marins ou la protection des données.

Européens sans frontières est une association membre du Mouvement européen, actif lui aussi sur Facebook et financé notamment par le ministère des Affaires étrangères et le Parlement européen. Chacune de ces vidéos a été mise en avant pour une somme allant de 100 à 499 euros.

On retrouve, à l'opposé, des publications sponsorisées plus critiques envers l'Union européenne. Mis-avril, la Cimade a par exemple payé (moins de 100 euros) pour mettre en un manifeste dénonçant "les dérives des politiques migratoires européennes". Dans le même esprit, Greenpeace France a utilisé le réseau social pour promouvoir plusieurs pétitions, notamment pour demander à la France et à l'Union européenne d'arrêter de financer les "fermes-usines" et réclamant que la Politique agricole commune (PAC) finance une agriculture "à taille humaine". Ces publications ont été poussées par Facebook pour un montant compris entre 1 000 et 5 000 euros.

Pour un montant compris entre 1.000 et 5.000 euros à chaque fois, Greenpeace France a mis en avant plusieurs pétitions sur Facebook.
Pour un montant compris entre 1.000 et 5.000 euros à chaque fois, Greenpeace France a mis en avant plusieurs pétitions sur Facebook. / Capture d'écran Facebook

Parallèlement, certaines sociétés profitent de l'actualité européenne pour promouvoir des produits ou des services. Début avril, une entreprise qui vend des ustensiles de cuisine a par exemple rebondit sur le vote du Parlement européen en faveur de l'interdiction du plastique à usage unique pour proposer des "pailles en bambou réutilisables".

Les anonymes militants, comme "la Trompette Philadelphienne"

Dans la jungle des publicités avant les élections européennes, on trouve également des contenus sponsorisés plus modestes par leur portée, mis en avant sur Facebook pour quelques dizaines d'euros. "Pour vingt euros, j'ai un boost pendant cinq jours", explique Michel Naudo, administrateur de la page "Vive l'Europe". Ce chef d'entreprise basé au Luxembourg et qui se décrit comme "pro-européen et pro-Macron", a payé pour augmenter l'audience de huit publications sur Airbus, les Appellations d'origine protégée ou la suppression des frais d'itinérance en Europe

"Je le fais parce que ce qui manque dans la campagne, c'est d'expliquer les choses pratiques qu'a fait l'Union européenne", explique-t-il. Ces publications ont été vues plus d'un millier de fois.

Autre exemple : une page Facebook intitulée "la Trompette Philadelphienne" a payé deux fois pour mettre en avant une publication mettant en relation les négociations commerciales entre l'UE et les pays du Mercosur avec un soi-disant "plan de l'Allemagne nazie pour contrôler l'Amérique latine". Ces deux contenus sponsorisés ont été vus, selon les estimations du réseau social, plus de 15.000 fois. Dans le même esprit, une page qui milite contre l'heure d'été ("comme pendant la Seconde guerre mondiale") a sponsorisé, au mois de mars, quatre de ses publications, à chaque fois pour des montants inférieurs à 100 euros.

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