PARIS (Reuters) - Les membres du gouvernement, à l'invite de François Fillon, ont quitté cet après-midi l'hémicycle de l'Assemblée nationale après qu'un député socialiste eut comparé les propos de Claude Guéant sur les civilisations à l'idéologie nazie.

Dans un communiqué diffusé après l'incident, survenu lors de la séance des questions d'actualité, le Premier ministre demande aux responsables de l'opposition de condamner "une provocation indécente".

"Il est des comparaisons qui font honte à ceux qui les professent. La France est une démocratie, un Etat de droit dans lequel la parole libre ne saurait servir à salir même un adversaire politique", souligne le Premier ministre.

"Le martyr des victimes de la seconde guerre mondiale ne doit pas être galvaudé pour des raisons partisanes", ajoute-t-il.

C'est le député apparenté PS de Martinique, Serge Letchimy, qui a provoqué l'indignation et la colère de François Fillon en lui posant une question en termes très virulents sur les propos du ministre de l'Intérieur sur les civilisations, dont il a jugé qu'elles "ne se valent pas".

"Vous, M. Guéant, vous privilégiez l'ombre, vous nous ramenez jour après jour à ces idéologies européennes qui ont donné naissance aux camps de concentration", a-t-il déclaré sous les huées des députés de la majorité.

"M. Guéant, le régime nazi, si soucieux de purification, était-ce une civilisation ?", a lancé l'élu, qui dirige le Parti populaire martiniquais (PPM), créé par Aimé Césaire.

Il a ensuite accusé le ministre de l'Intérieur de chercher à "récupérer" une part de l'électorat du Front national en flattant "une France obscure qui cultive la nostalgie de cette époque". "C'est un jeu dangereux", a-t-il dit.

"C'est insupportable", a alors lâché François Fillon, qui d'un signe de la main a prié les membres du gouvernement de se lever. Les députés UMP ont suivi dans la cohue, tandis que des huissiers de l'Assemblée établissaient un cordon entre les bancs de l'opposition et ceux de la majorité.

A 15h42, le président de l'Assemblée, Bernard Accoyer, décidait de lever la séance.

Lors des débats qui ont suivi, le président du groupe UMP, Christian Jacob, a demandé à deux reprises des excuses à son homologue socialiste, Jean-Marc Ayrault, qui a éludé en dénonçant les "provocations" de Claude Guéant.

Appelant au calme et au sang-froid, Bernard Accoyer a précisé que le bureau de l'Assemblée se saisirait de cet incident "très grave" le 22 février.

Sophie Louet avec Emile Picy, édité par Gilles Trequesser

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