Entre les deux leaders de la gauche, un match est ouvert mais, sur le fond, sont-ils vraiment différents ? Passage en revue de ce qui les rapproche et ce qui les sépare.

Jean-Luc Mélenchon et Benoît Hamon, les deux leaders à gauche vont-ils trouver un terrain d'entente ?
Jean-Luc Mélenchon et Benoît Hamon, les deux leaders à gauche vont-ils trouver un terrain d'entente ? © Maxppp / LAURENT GARRIC

L'un a 49 ans, l'autre 65, l'un est né en Bretagne et l'autre au Maroc, l'un est le fils d'une secrétaire et d'un ouvrier et l'autre l'enfant d'une instit et d'un télégraphiste, Hamon s'essaie au militantisme au sein de SOS Racisme quand Mélenchon a fait ses premières armes chez les trotskistes. Les deux hommes aux tempéraments opposés ont aussi une stratégie opposée sur la forme : c'est la première chose qui les différencie.

Sur la forme, deux hommes, deux méthodes

Quand l'un, Mélenchon, harangue la foule, se fâche et vitupère en véritable tribun, Hamon pose calmement ses mesures et quelques éléments de langage. Les deux hommes ont adopté le meeting sans note et le public sur l'estrade.

Avec les médias | Jean-Luc Mélenchon et les journalistes, c'est une histoire de méfiance. Il se dispute régulièrement avec les journalistes mais on sait aussi qu'il est un "bon client" qui ne mâche pas ses mots. Benoît Hamon avait totalement échappé aux médias. Hors des radars, largement camouflé par Montebourg et Valls avant le deuxième tour de la primaire, il est invité régulièrement et se prête sans chichis aux interviews, même les plus décalées. Clairement, ni l'un ni l'autre n'étaient les favoris parmi les hommes de gauche que les éditorialistes avaient imaginé en lice pour la présidentielle.

"Il est de mon devoir d'avancer" ou " Moi, je ne ferai pas de compromis avec moi-même" : Jean-Luc Mélenchon est une personnalité forte qui se met en avant sur scène comme dans ses (désormais célèbres) vidéos. Souvent sans fiche, mais avec quelques notes, comme à Florange où Mélenchon, sur scène pendant deux heures, parvient à tenir en haleine le public sur un sujet qui peut sembler aride : la formation professionnelle. Il connait ces thèmes, joue, interpelle les uns et les autres, se déplace du hall d’accueil à la grande salle... Un showman qui sait se mettre en avant. Il vit, parle et pense politique.

Benoît Hamon adopte un ton calme et posé qui contraste avec le public nombreux et les salles remontées à bloc de ses derniers meetings. "Je ne crois pas en l'homme providentiel", a-t-il répété à plusieurs reprises. "Je propose un chemin". Hamon joue à fond la carte de l'humilité et du collectif mais quand on l'attaque, il peut être saignant tout en restant relativement calme. "Respecter les règles, c'est commencer par respecter le programme sur lequel on est élu", a-t-il notamment lancé à Manuel Valls qui lui reprochait les attaques des frondeurs lors du dernier débat de la primaire de gauche.

Sur le fond, des divergences

Benoît Hamon Jean-Luc Mélenchon se rejoignent notamment sur l'abrogation de Loi Travail, sur une planification énergétique ou encore sur la promesse d'une 6e République. En revanche, ils se déchirent surtout sur leur conception de la société du travail.

Benoît Hamon prédit une "raréfaction du travail", à cause, notamment, de la révolution numérique : pour répondre à cette précarité, il propose donc son "revenu universel", idée profondément libérale...où le travail serait 'instable' et 'non-suffisant', rétorque-t-on chez Mélenchon, avec ce revenu "de charité". Car "La France insoumise" ne voit pas les choses comme ça : elle promet au contraire la création de 3 millions d'emplois.

A propos du nucléaire, elle prévoit une sortie rapide, quand Benoit Hamon, lui, ne l'évoque pas.

Plus radical, plus dirigiste, le programme de Jean-Luc Mélenchon s'oppose vigoureusement à la social-démocratie. Quand Hamon dit ne pas vouloir "briser le modèle de l'Europe", Mélenchon est prêt à activer une sortie des traités, comme le confirmait Alexis Corbière, son porte-parole, au micro de France Inter :

Absolument pas d'accord, donc comme sur la douloureuse question de la Syrie et de l'interventionnisme de Vladimir Poutine : où Benoit Hamon semble suivre les pas de François Hollande et des Etats-Unis. Il "reste au milieu du gué", soupire-t-on chez les Insoumis. Si rassemblement il doit y avoir, il faudra donc que Benoît Hamon dépasse l'étiquette PS et que Jean-Luc Mélenchon arrondisse les angles. A 80 jours de la Présidentielle, on en est loin.

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