[scald=67971:sdl_editor_representation]par Sophie Louet

PARIS (Reuters) - L'ambition politique d'Hervé Morin, qui aime à se dépeindre sous les traits du petit provincial qui voulait "en être", a désormais pour horizon ultime l'élection présidentielle de 2012.

Petit-fils d'agriculteurs, fils d'un entrepreneur de maçonnerie normand, Hervé Morin, 50 ans, suivait des études de droit à Caen quand il décida de tenter "Sciences Po Paris", lui auquel on avait dit : "C'est pas pour toi".

Titulaire d'une maîtrise de droit public, il devient administrateur des services de l'Assemblée nationale avant d'être nommé en 1993 conseiller technique au cabinet du ministre de la Défense, François Léotard, qui préside l'UDF.

Maire d'Epaignes (Eure) depuis 1995, Hervé Morin, qui avoue une passion pour les chevaux de course, grimpe les échelons à ses côtés et devient secrétaire national puis vice-président exécutif du mouvement centriste de 1999 à 2007.

Chargé du projet centriste en 2000, il ne rejoint pas l'UMP en 2002 comme beaucoup de ses collègues, mais s'investit au contraire dans ses fonctions de président du groupe centriste à l'Assemblée, n'hésitant pas à croiser le fer avec la droite.

François Bayrou en fait son porte-parole pour sa première campagne présidentielle, en 2002, qui se solde par le score modeste de 6,84% des voix.

Premier chapitre de l'histoire d'une "trahison" pour le Président du MoDem, terme que l'intéressé récuse.

"Quand on a été durant dix ans le lieutenant de François Bayrou et que l'on a finalement appelé à voter Nicolas Sarkozy au second tour de l'élection présidentielle, on passe vite pour un traître", écrit-il dans "Arrêtez de mépriser les Français", une charge virulente contre le chef de l'Etat publiée en 2011.

"C'est Bayrou qui nous a quittés", avance-t-il pour expliquer la défection de trois-quarts des députés centristes entre les deux tours de l'élection présidentielle. François Bayrou, qui a engrangé 18,57% des suffrages, ne donne pas de consigne de vote pour le duel Sarkozy-Royal mais annonce qu'il ne votera pas pour le candidat de l'UMP.

"BÉBÉ"

Hervé Morin prend ses distances pour épouser la "rupture" sarkozienne qui le propulse en mai 2007 à la tête d'un ministère régalien, la Défense, jusqu'à son éviction en novembre 2010 du gouvernement de François Fillon.

Nicolas Sarkozy avait prévu que nombre de ralliés centristes "exploseraient en plein vol". Il n'avait pas apprécié qu'Hervé Morin insiste sur la nécessité d'une candidature centriste en 2012 et laisse percer ses ambitions élyséennes.

Le 17 mai 2008, il participe à la fondation d'un nouveau parti de centre-droit, le Nouveau Centre, dont il est élu président avec 87% des voix.

Depuis lors, les relations entre Hervé Morin et François Bayrou, qui s'affronteront en 2012, se sont tendues. L'été dernier, le dirigeant du Mouvement Démocrate a envoyé au député de l'Eure, comme à tous les élus du Nouveau Centre, son livre "2012, Etat d'urgence", avec cette dédicace en forme d'ouverture : "Parce que nous avons des devoirs communs..."

Mais en novembre, François Bayrou traite son concurrent de "bébé" dans Le Point.

Les critiques ne manquent pas non plus dans son propre camp, où l'on fustige une aventure personnelle, inutile et dangereuse pour la majorité présidentielle.

"Pour traverser le désert, vous choisissez un chameau, pas une chèvre", lance en septembre le numéro deux du Nouveau Centre, Jean-Christophe Lagarde, alors que les centristes fondaient encore leurs espoirs en une candidature de Jean-Louis Borloo, qui renonça finalement le 2 octobre.

Crédité de 1% des intentions de vote, Hervé Morin, lui, veut y croire et assure qu'il ira jusqu'au bout.

"Le parti est avec moi, à l'exception de quelques individualités, l'essentiel des parlementaires est avec moi, tout cela c'est quelque chose qui vous oblige".

Avec Emile Picy, édité par Yves Clarisse

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