lakshmi mittal déclare regretter la fermeture de florange
lakshmi mittal déclare regretter la fermeture de florange © reuters

François Hollande a rencontré la direction et les syndicats d'ArceloMittal à Florange, un risque politique face à ceux qui l'accusent de trahison pour n'avoir pas empêché la fermeture des hauts-fourneaux. Pour arrondir les angles, il a annoncé un projet.

Il s'agira plus précisément d'un centre public de recherche pour la sidérurgie française. Il devra permettre "d'assurer l'acier de demain", sur les cendres du passé d'un site socialement sinistré.

Aujourd'hui, je suis venu faire une annonce, qui est celle de la création d'une plate-forme publique de recherche et de développement industriel pour la sidérurgie lorraine. Cette plate-forme est publique parce qu'elle vise à garantir l'indépendance de la sidérurgie française.

Elle sera dotée de 20 millions d'euros de fonds publics, et ce dès 2014. L'Etat pourra intervenir jusqu'à 50 millions d'euros selon les projets qui y seront présentés.

L'idée a un peu calmé les syndicats présents sur place, plutôt remontés contre le chef de l'Etat. C'est le cas notamment du syndicaliste CFDT Edouard Martin.

On sort avec un projet, la création d'une plate-forme de recherche et de développement publique qui va nous permettre, en tout cas on l'espère, de regarder l'avenir un peu plus sereinement. Il a intérêt à ce que ça marche, il s'est engagé à revenir tous les ans vérifier l'état d'avancement des investissements qu'il nous a promis."

Une promesse... tenue

En revenant en Moselle sans le ministre du Redressement productif Arnaud Montebourg, le chef de l'Etat honorait une promesse faite à ces mêmes sidérurgistes le 24 février 2012, alors qu'il n'était que candidat à l'élection présidentielle.

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"C'est risqué mais il assume ses choix, il faut y aller pour expliquer que l'Etat n'a pas failli", reconnaissait un membre du gouvernement à la veille de cette visite.

Les syndicats demandaient à voir

Selon Lionel Burriello, secrétaire de la section CGT de Florange :

On salue son courage politique mais il y a encore de l'amertume et de la rancoeur", dit Lionel Burriello, secrétaire de la section CGT de Florange. "On a la naïveté de croire qu'il ne vient pas seulement les mains dans les poches pour faire un coup de 'com'.

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L'accueil du chef de l'Etat a été musclé, mais s'est fait dans le respect dû à sa fonction. La CGT était la seule à appeler à un rassemblement devant les "Grands bureaux", où le président français rencontrera la direction d'ArcelorMittal, puis les représentants du personnel.

Aucune manifestation anti-Hollande prévue

Fermeture des hauts-fournaux à Florange
Fermeture des hauts-fournaux à Florange © Radio France

Pas question, précise le syndicat, d'en faire une manifestation "anti-Hollande" qui ferait le jeu de la droite et de l'extrême droite, de plus en plus présente en Moselle. "Le protocole doit être le même qu'en 2012. Il faut qu'il prenne la parole devant l'ensemble des salariés", explique Lionel Burriello.

Juché sur le toit d'une camionnette syndicale, le candidat socialiste à l'élection présidentielle s'était engagé à faire voter une loi obligeant un industriel à céder un site rentable au lieu de le fermer et à "tout faire" pour assurer la pérennité du site lorrain.

Si l'examen de la "loi Florange" vient de débuter à l'Assemblée nationale, les deux hauts-fourneaux, les derniers de Lorraine, ont été éteints en avril et l'hypothèse d'une nationalisation temporaire du site, soutenue par Arnaud Montebourg après la présidentielle, a été abandonnée. Ce dernier a confirmé mercredi sur Radio Classique et LCI n'avoir pas été invité à accompagner François Hollande à Florange, une décision justifiée par sa présence à une réunion à Bruxelles mais qui ne semble guère du goût de l'intéressé.

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"Le président est souverain pour décider qui l'accompagnne à Florange", a dit la porte-parole du gouvernement, Najat Vallaud-Belkacem à l'issue du Conseil des ministres. Le groupe sidérurgique s'est engagé à investir 180 millions d'euros en cinq ans à Florange, au terme d'un accord signé le 30 novembre 2012 avec le Premier ministre qui entérinait l'arrêt de la filière liquide et la suppression de 629 emplois sur 2.800, sans licenciement il est vrai.

Si les investissements sont en cours, notamment dans la partie Usibor, un acier très haut de gamme pour l'automobile dont François Hollande visitera les installations, l'activité packaging (acier pour les boites boisson et la conserverie) tourne toujours à la moitié de ses capacités. L'accord prévoyait aussi la réalisation à Florange du projet Ulcos, une installation pilote de captage et d'enfouissement du CO2 produit par les hauts-fourneaux, auquel ArcelorMittal a pourtant renoncé peu après. "On attend que le président nous donne des garanties sur la pérennité de ce qui a pu être sauvé depuis son dernier passage", affirme François Pagano, responsable de la CFE-CGC à Florange.

Les syndicats espèrent notamment des engagements sur la réalisation à Florange d'un démonstrateur pour le projet Lis (Low impact steelmaking), un haut-fourneau à faibles émissions de CO2 qui remplacerait Ulcos mais dont seule la partie recherche est pour l'instant effectivement prévue en Lorraine.

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lien_emission_florange © Radio France
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