François Hollande est intervenu dimanche à 13h. Au menu de l'interview donnée dans le jardin de l'Elysée, le drame de Brétigny, la solidarité gouvernementale, l'économie, le retour de Sarkozy et le gaz de schiste.

Sous le soleil, dans les jardins de l'Elysée, François Hollande a revêtu un costume de président pourfendeur du pessimisme ambiant. Les précisions de Cyril Grazziani

François Hollande promet une reprise économique et un frémissement des embauches.

La catastrophe ferroviaire de Brétigny-sur-Orge

François Hollande a fixé pour priorité la rénovation des lignes ferroviaires classiques en France après l'accident de Brétigny-sur-Orge (Essonne) qui a fait six morts. Trois enquêtes ont été diligentées pour connaître les raisons du déraillement du train Corail Paris-Limoges de vendredi, sans doute dû à une défaillance de matériel, a dit le président de la République :

Je pense que nous sommes devant une défaillance matérielle. La première conclusion que nous tirons, c'est de faire que dans les investissements nous mettions la priorité sur les lignes classiques, Intercités. Nous devons faire beaucoup plus pour l'entretien des lignes classiques existantes.

Pas d'exploration de gaz de schiste

François Hollande a déclaré qu'il n'y aurait pas d'exploration de gaz de schiste en France tant qu'il serait président. La France a interdit par une loi de juillet 2011 la technique de fracturation hydraulique, utilisée notamment aux Etats-Unis, pour l'exploitation du gaz de schiste.

Le chef de l'Etat a de nouveau donné des gages aux écologistes en déclarant qu'il n'y aurait pas d'exploration de gaz de schiste en France tant qu'il serait président.

Le ministre du Redressement reproductif, Arnaud Montebourg, a dit croire récemment en un gaz de schiste "écologique" et plaidé pour la création d'une compagnie publique d'exploitation, un nouvel écart que François Hollande ne sanctionne pas au motif qu'il ne touche pas à la ligne rouge budgétaire.

Sur le gaz de schiste, il y a un débat qui dure depuis trop longtemps. Tant que je serai président, il n'y aura pas d'exploration du gaz de schiste en France.

Une position qui ne rassure pas Corinne Lepage , députée européenne.

"La reprise économique est là"

François Hollande a assuré que la reprise était "là" et a invité les Français à ne pas "céder au pessimisme" en fixant des perspectives pour l'économie nationale à dix ans, une manière de prendre date pour la présidentielle de 2017.

La reprise, elle est là. Il y a une production industrielle qui repart. La France était le pays d'Europe où la production industrielle est le plus rapidement repartie.

Le budget, François Hollande en fait sa ligne rouge pour le gouvernement et sa majorité, priés de l'appliquer sans contestation, douze jours après l'éviction de la ministre de l'Ecologie Delphine Batho qui avait dénoncé un "mauvais" budget.Au sujet des hausses de prélèvements fiscaux, François Hollande s'est engagé à augmenter les impôts "dans l'idéal, le moins possible" :

Oui, nous allons faire, nous avons fait des économies, et je ne ferai des augmentations d'impôts que si elles sont absolument indispensables, dans l'idéal le moins possible.

L'affirmation fait sourire l'économiste Jacques Delpla, de l'Ecole d'Economie de Toulouse.

Le ministre de l'Economie, Pierre Moscovici, avait déclaré mercredi s'attendre à une croissance de 0,2% au printemps.

Le docteur en économie,Denis Ferrand relativise l'enthousisame du président et du gouvernement:

On est plus sur l'endiguement de la récession que sur une reprise économique.

L'emploi

Le président a réaffirmé son "engagement" d'inverser la courbe du chômage à la fin de l'année :

Je me bats [...] C'est une volonté, c'est une stratégie, c'est une cohérence [...] Il y aura "100 000 emplois jeunes d'ici la fin de l'année, et 70 000 contrats de génération au début de l'année prochaine [...] Je préfére qu'un jeune ou un moins jeune soit dans l'activité plutôt qu'au chômage. Le principe, c'est le travail.

Le retour de Sarkozy

François Hollande dit ne pas craindre un retour de Nicolas Sarkozy :

Nicolas Sarkozy "peut parfaitement être de nouveau candidat mais ce n'est pas à moi de faire, dans la position où je suis, des commentaires sur la situation à droite. J'ai suffisamment de préoccupations pour le service de l'Etat sans regarder vers 2017.

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Le président envisage même déjà... sa réélection. Cyril Graziani.

Les réactions politiques

Jean-Louis Borloo , le président de l'UDI :

En matière économique et sociale, le président de la République nous annonce la reprise, puis immédiatement après jette le trouble sur le risque d'augmentation d'impôts en 2014, malgré son engagement formel et celui du gouvernement maintes fois réitéré devant la représentation nationale. Une augmentation en 2014 des prélèvements obligatoires n'est pas acceptable pour les Français et étoufferait, par ailleurs, une éventuelle reprise si fragile.

Pierre Laurent secrétaire national du PCF:

La méthode Coué ne fait pas une vision pour la France. L'intervention" de M. Hollande "n'est sûrement pas de nature à rassurer les Français inquiets de la montée du chômage et des inégalités. Il ne convainc personne en répétant que l'austérité budgétaire nous sortira de la crise, encore moins quand il affirme contre toute évidence que +la reprise est là+. Alors que tant de Français souffrent, que beaucoup ne partent pas en vacances, il a ignoré les priorités de l'emploi, de logement, de salaires du pays.

Eric Coquerel , proche de Jean-Luc Mélenchon au Front de Gauche.

Ce sera la première fois que la "gauche" recule l'âge de la retraite, c'est historique.

Harlem Désir , premier secrétaire du PS:

Il a adressé un message de rassemblement national et de mobilisation générale pour gagner la bataille pour l'emploi et contre la crise." C'était "un président offensif, qui se concentre totalement sur les résultats pour l'emploi, et sur la préparation de l'avenir [...] Toutes les composantes de la majorité doivent pleinement (le) soutenir.

Marine Le Pen , présidente du FN :

On est frappé par le déni de réalité auquel se livre" M. Hollande. "Non, la crise n'est pas derrière nous, non, la reprise n'est pas là, non la production industrielle ne repart pas. Son optimisme était complètement dépassé également en matière de services publics, de défense, de fiscalité: tout va bien, et (il) n'a pas l'intention de changer d'un iota sa politique pourtant suicidaire [...] On a le sentiment qu'il a cherché (...) à endormir les Français, pour mieux faire passer la potion amère de l'hyper austérité.

Florian Philippot , vice-président du FN :

Hollande joue l'air trop bien connu du "Tout va très bien, madame la Marquise"... Il veut endormir les Français.

Bernard Accoyer , ex-président UMP de l'Assemblée :

C'était un discours incantatoire, une véritable méthode Coué appliquée au problème du chômage, et aux difficultés extrêmement lourdes rencontrées par les entreprises. [...] L'annonce de la hausse des impôts pour 2014 est également contraire au retour de la confiance. (...) Une intervention qui manquait de franchise et de décisions concrètes.

Jean-Christophe Lagarde , député UDI

Avec François Hollande, on est habitué au reniement.

Valérie Pécresse , secrétaire générale de l'UMP

François Hollande est dans le déni de la situation.

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