[scald=100597:sdl_editor_representation]NANCY (Reuters) - Le candidat socialiste à l'élection présidentielle, François Hollande, a déploré lundi la "surenchère" orchestrée selon lui par Nicolas Sarkozy et Claude Guéant contre l'abattage halal, un débat qui divise jusqu'à la majorité.

Le candidat du Mouvement Démocrate (MoDem), François Bayrou, a accusé, sans le nommer, le président-candidat de "verser de l'huile sur le feu" et de se rendre ainsi coupable de "non-assistance à pays en danger".

La proposition, formulée samedi, de Nicolas Sarkozy d'étiqueter les viandes selon les méthodes d'abattage, rituelles ou non, mais surtout le lien établi vendredi, lors d'un meeting en Meurthe-et-Moselle, par le ministre de l'Intérieur entre le droit de vote des étrangers et l'introduction de nourriture halal dans les cantines, ont suscité de vives réactions à gauche, et des objections à droite.

Cette nouvelle polémique dans la campagne présidentielle fait suite aux propos de la candidate du Front national, Marine Le Pen, sur le poids croissant de la viande halal - selon la méthode prescrite par la loi islamique - dans la distribution classique. Elle avait affirmé le 18 février que "100%" de la viande distribuée en Ile-de-France était halal.

"Franchement, nous sommes dans une campagne présidentielle, nous avons des enjeux majeurs (...) et on viendrait faire une campagne sur la viande halal parce que Mme Le Pen a été la première à en parler et il y aurait une espèce de surenchère ?", s'est interrogé François Hollande lors d'un déplacement à Nancy.

CLAUDE GUÉANT PERSISTE

Le centriste François Bayrou a fustigé un discours "irresponsable".

"Ceux qui doivent être mis en accusation, ce sont ceux qui attendent les campagnes électorales pour poser des problèmes de cet ordre. Les problèmes de la France aujourd'hui, ce n'est pas le halal ou le casher", a-t-il dit en marge d'un déplacement à Vincennes (Val-de-Marne).

"Ceux qui passent leur temps à verser de l'huile sur le feu pour que la passion d'une partie du pays flambe contre l'autre pays, on voit bien ce qu'ils cherchent : ils cherchent des voix, mais en réalité, ils rendent le plus mauvais service au pays", a-t-il souligné. "Ils sont dans la non-assistance à pays en danger".

Claude Guéant, qui s'est rendu lundi à Marseille, où vit une importante communauté musulmane, a maintenu ses thèses, estimant que le droit de vote des étrangers aux élections locales, l'une des mesures du programme socialiste, constituait une menace.

"Il y a un risque, si des conseillers municipaux étrangers sont élus, que les droits communautaristes viennent à être mis en vigueur", a-t-il dit aux journalistes.

Lundi matin, sur RTL, le ministre chargé des Cultes, coutumier de propos controversés sur les musulmans, a assuré que l'islam n'était pas pour lui "une obsession" mais qu'il récusait "complètement le communautarisme".

Nicolas Sarkozy a implicitement conforté son ministre, samedi lors d'un meeting à Bordeaux, en estimant qu'accorder le droit de vote aux étrangers aux scrutins locaux mettrait "les maires sous la menace du chantage communautaire". "Chacun a le droit de savoir ce qu'il mange, halal ou non", a-t-il dit, préconisant "l'étiquetage des viandes" en ce sens.

DISCORDANCES À L'UMP

Les déclarations du président de la République et du chef du gouvernement ne manquent pas de surprendre eu égard aux assurances passées de l'exécutif sur la défense de l'abattage rituel et contre la pratique "stigmatisante" de l'étiquetage.

Ainsi, la députée UMP Françoise Hostalier a retiré il y a peu une proposition de loi sur le mode d'abattage des animaux qui visait le rite halal, a-t-on confirmé lundi à l'Assemblée.

La radicalisation de Nicolas Sarkozy sur ces sujets, qui inquiète les autorités religieuses françaises et trahit, selon ses détracteurs, un "sauve-qui-peut" électoral, est critiquée, publiquement ou en privé, jusque dans le parti présidentiel.

Dans une interview publiée lundi dans Le Figaro, l'ex-ministre UMP de la Justice Rachida Dati, d'origine maghrébine, déclare ne pas "souscrire à des propos qui assimilent les musulmans français à des étrangers".

Nathalie Kosciusko-Morizet, la porte-parole de campagne de Nicolas Sarkozy, a jugé pour sa part dimanche qu'il n'était pas "nécessaire de faire un lien" entre droit de vote et halal.

Sophie Louet avec Service France, édité par Yves Clarisse

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