[scald=81833:sdl_editor_representation]PARIS (Reuters) - Jugé pointilliste par une partie des électeurs de gauche et critiqué pour son flou par la majorité, le projet présidentiel de François Hollande se muscle avec la révision annoncée du quotient familial, une mesure "clivante" qui replace la campagne sur le terrain idéologique.

Nicolas Sarkozy avait entrepris de corseter le candidat socialiste en prenant l'initiative avec la "TVA sociale" et la taxe Tobin, c'est désormais l'UMP qui est sur la défensive face au projet socialiste de réforme de la fiscalité familiale.

Michel Sapin, responsable du projet de François Hollande, a confirmé mardi "l'objectif" de remplacement du quotient familial, une spécificité française, peut-être par un crédit d'impôt.

"C'est une piste effective", a souligné le directeur de la communication du candidat socialiste, Manuel Valls.

Ce ballon d'essai lancé, François Hollande a précisé par la suite sur son compte Twitter que l'intention était de rendre plus juste mais pas de supprimer le quotient familial, un avantage fiscal lié au nombre d'enfants à charge.

Un va-et-vient caractéristique de la campagne du candidat socialiste depuis son investiture, au risque de la confusion.

Selon une note de la direction du Trésor sur les scénarios possibles de réforme du quotient familial, citée notamment par Les Echos, la moitié la plus riche de la population reverserait 3,5 milliards d'euros à la moitié la plus pauvre dans l'hypothèse de l'introduction d'un crédit d'impôt forfaitaire.

Cinq millions de foyers y seraient gagnants (à hauteur de 829 euros par an en moyenne), un peu moins de 4,5 millions de perdants (à hauteur de 931 euros en moyenne). Pour près de deux tiers des ménages, la réforme serait neutre, selon le Trésor.

"C'EST FINI"

"Si vous gagnez 300.000 euros avec six enfants, c'est fini, vous n'aurez plus 22.000 euros de déduction d'impôts", a expliqué Michel Sapin à des journalistes.

"On peut très bien imaginer que l'argent ainsi récupéré soit ensuite un crédit d'impôt qui soit redistribué à ceux qui n'ont pas d'avantages. Il y a des tas de mécanismes qui permettent de fin à cette double injustice", a-t-il ajouté.

La majorité dénonce "un coup de massue" pour les classes moyennes, électorat potentiel du candidat socialiste, qui prend le risque de perdre une partie de cette réserve électorale.

Mais le coup tactique est réussi, à court terme du moins, pour François Hollande, dont l'idée a été commentée mardi au petit-déjeuner de la majorité à l'Elysée, par le chef de l'Etat lors d'un déplacement à Mulhouse, et à la séance des questions au gouvernement à l'Assemblée nationale.

Une autre piste fiscale a été confirmée par Manuel Valls sur RMC Info: la fusion progressive de la CSG et de l'impôt sur le revenu, "plus que jamais d'actualité".

François Hollande "sera le premier à l'appliquer si les Français lui font confiance", mais "les modalités prendront forcément un peu de temps", a ajouté le député-maire d'Evry.

"Ce sont des choses assez complexes sur lesquelles nous sommes en train de travailler. François Hollande donnera sa décision lorsqu'il lancera sa plateforme" programmatique, d'ici à fin janvier, a indiqué pour sa part l'ancien Premier ministre socialiste Laurent Fabius.

"COURT, COHÉRENT"

La balle est dans le camp de la majorité.

"Nous devons préempter le débat. Une campagne, ce n'est pas seulement un concours de beauté, c'est le projet", souligne un de ses responsables. "Il y a un désir d'alternance en France, il faut essayer de faire l'alternance avec notre projet."

François Hollande, qui ne veut pas tomber dans le piège du catalogue de promesses, égrènera ainsi ses propositions jusqu'à la fin janvier. Son premier grand discours de campagne est prévu le 22 janvier au Bourget (Seine-Saint-Denis) . Le 26 janvier, il sera l'invité de France 2 pour "Des paroles et des actes".

"A la fin janvier, l'essentiel sera dit", a précisé le candidat socialiste à des journalistes.

Pas question de rééditer les cent mesures de Ségolène Royal en 2007, les 67 mesures de Lionel Jospin en 2002 : le candidat socialiste veut garder liberté et crédibilité en présentant des propositions à l'épreuve d'une conjoncture économique mouvante.

"Il n'y aura pas d'annonce fracassante. Je ne vais pas faire des propositions à des dizaines de milliards d'euros", a-t-il affirmé le week-end dernier.

Son directeur de campagne Pierre Moscovici ajoute : "Ce sera un projet court, précis, cohérent, crédible".

"Que ne dirait-on pas si nous avions un projet qui présentait mille promesses alors que nous savons bien que les déficits sont ce qu'ils sont, que l'endettement public est insupportable et que la conjoncture internationale et nationale est celle d'une croissance extrêmement faible?", a-t-il fait valoir mardi dans un entretien à Reuters.

Sophie Louet et Elizabeth Pineau, édité par Yves Clarisse

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