[scald=63019:sdl_editor_representation]par Elizabeth Pineau

PARIS (Reuters) - François Hollande entend inscrire son programme économique dans la réalité imposée par la crise, quitte à "calibrer" et étaler dans le temps certaines mesures en attendant le retour de la croissance.

Si le candidat socialiste à la présidentielle de 2012 ne renonce à rien de ce qui a été prévu jusqu'ici, certaines mesures, comme la création de 300.000 "emplois d'avenir" annoncée dans le projet PS, sont déjà sur la sellette.

Le ralentissement économique entraînera "une organisation dans le temps, une recherche du taux de croissance le plus élevé durant le quinquennat et, en fonction de la croissance, nous pourrons déployer les propositions qui auront été présentées dans le projet présidentiel", déclarait François Hollande mercredi lors d'une conférence de presse à Paris.

Elaboré avant l'été sur des bases d'une croissance de 2% en 2013 et 2,5% à partir de 2014, le projet PS est à revoir à l'heure où la prévision pour 2012 ne dépasse pas 1%, la Commission européenne tablant même sur 0,6% à peine.

"Le programme de François Hollande tiendra compte d'une réalité dégradée par rapport à celle que l'on pouvait légitimement appréhender il y a encore neuf mois", a déclaré jeudi à Reuters le député PS Michel Sapin.

Laurent Fabius invite lui aussi à tenir compte d'une croissance 2012 "qui va être plus près de zéro que de un".

"Tout ça devra être étalé dans le temps parce que la plus belle fille du monde ne peut dépenser que ce qu'elle a", a déclaré mercredi sur RTL l'ancien Premier ministre, auteur d'un rapport sur les premières mesures à mettre en oeuvre en cas de victoire de la gauche au printemps prochain.

INTANGIBLE

François Hollande "le seul à avoir mis des choses sur table", ne saurait renoncer à ses objectifs, prévient pour sa part le député européen Stéphane Le Foll.

"L'aide à l'investissement des PME-PMI, la jeunesse et l'éducation restent ses priorités", a-t-il dit à Reuters.

La mise en oeuvre du programme présidentiel PS, qui sera annoncé début 2012, aura pour priorité une relance de la croissance permettant d'agir en fonction des fruits recueillis.

"Lorsque la gauche arrivera au pouvoir, ce ne sera pas pour donner pendant deux ans pour ensuite reprendre pendant trois ans", souligne Michel Sapin. "Cela peut être l'inverse : être extrêmement sérieux pendant deux ans pour pouvoir distribuer un peu plus pendant les trois ans qui suivront".

Et l'ancien ministre de l'Economie de rappeler que le programme PS, élaboré sous la houlette de la première secrétaire Martine Aubry, se projette "dans un an, dans cinq ans, dans dix ans, au-delà du quinquennat".

A l'heure où la dette menace d'étrangler la France, menacée d'une dégradation de sa note "triple A" au même titre que d'autres membres de l'Union européenne, une gauche au pouvoir ne saurait transiger avec la réduction des déficits.

"Ce qui est sûr, c'est que le déficit diminuera et que l'endettement s'inversera", dit Michel Sapin. "Quand François Hollande dit 3% du PIB en 2013 et tendre vers zéro déficit à la fin de son quinquennat, c'est un élément intangible".

RÉFORME FISCALE

S'il entre à l'Elysée en mai 2012, le député de Corrèze promet une vaste réforme fiscale après un quinquennat de Nicolas Sarkozy jugé par la gauche très injuste en la matière.

"La modification de l'imposition sur les sociétés sera faite pour encourager les sociétés à investir", dit Michel Sapin.

Quant aux particuliers, "une meilleure justice fiscale consistera à prendre un peu plus à ceux qui ont beaucoup d'argent, dont le moteur en terme de consommation est faiblard, et à donner à ceux dont le moteur de consommation est plus fort".

Dans un deuxième temps, les "dépenses nouvelles ne pourront se faire qu'au rythme de la réalité de la croissance et de ce que sa traduction en termes budgétaires permettra de faire", ajoute l'ancien ministre.

Parmi les mesures annoncées par François Hollande figure la création de 60.000 emplois dans l'Education nationale sur cinq ans et un "contrat de génération" récompensant les entreprises qui embauchent un jeune tout en gardant un senior.

Deux projets déjà "budgétisés" par le candidat, qui ne s'est en revanche pas avancé sur la révision de la réforme de la retraite ou le rééquilibrage des comptes de la Sécurité sociale.

Face aux critiques déjà nourries d'une droite prompte à dénoncer une gauche dépensière et déraisonnable, Michel Sapin renvoie la balle dans le camp adverse.

"Vous connaissez le programme de Nicolas Sarkozy, son chiffrage ? Moi pas".

Edité par Yves Clarisse

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