[scald=219741:sdl_editor_representation]par Daniel Wallis et Andrew Cawthorne

CARACAS (Reuters) - Hugo Chavez, président du Venezuela pendant quatorze ans et chef de file de la gauche anticapitaliste latino-américaine, est mort mardi après des mois de lutte contre un cancer.

Le "commandant-président", qui était âgé de 58 ans, avait subi quatre opérations à Cuba pour un cancer de la région pelvienne détectée au milieu de l'année 2011.

Sept jours de deuil seront observés dans le pays et les obsèques du président défunt auront lieu vendredi. Dans l'intervalle, la dépouille de l'ancien officier parachutiste sera exposée à l'Ecole militaire de Caracas, a annoncé le ministre des Affaires étrangères Elias Jaua.

L'état d'Hugo Chavez s'était brutalement aggravé après sa réélection le 7 octobre dernier pour un troisième mandat de six ans. Après avoir été facilement réélu avec 55% des voix, il n'était plus réapparu en public depuis sa quatrième opération, le 11 décembre dernier.

"Nous venons de recevoir la plus tragique et affreuse nouvelle. A 16h25 (20h55 GMT), aujourd'hui mardi 5 mars, le président Hugo Chavez Frias est mort", a annoncé à la télévision le vice-président Nicolas Maduro, la voix tremblante d'émotion.

"C'est un moment de profonde douleur", a ajouté celui qu'Hugo Chavez avait tacitement désigné comme successeur après la présidentielle d'octobre dernier.

"Nous appelons tous nos compatriotes à garantir la paix", a encore déclaré Nicolas Maduro, entouré des ministres du gouvernement. "Son projet, son drapeau sera hissé avec honneur et dignité. Commandant, merci, merci mille fois, au nom de ces gens que vous avez protégés."

Dans les minutes qui ont suivi l'annonce de son décès, des centaines de partisans du président défunt ont envahi les rues de Caracas, en larmes, scandant "Chavez est vivant!" et "Nous sommes Chavez".

Les forces de sécurité ont immédiatement bouclé le secteur de l'hôpital militaire de la capitale où Hugo Chavez était soigné depuis son retour de Cuba le 18 février dernier.

Elias Jaua a déclaré que le pays était dans une situation de "totale normalité" à la suite du décès du chef de l'Etat.

ÉLECTION DANS LES TRENTE JOURS

Adulé par ses partisans fascinés par son charisme, son discours anti-américain et sa politique sociale financée par la manne pétrolière, Chavez entretenait une image ambivalente, celle d'un tribun socialiste soucieux du sort des pauvres et, pour ses détracteurs, celle d'un autocrate gaspillant les revenus pétroliers du pays.

Son décès ouvre la voie à une nouvelle élection présidentielle qui montrera si sa "révolution socialiste" pourra lui survivre.

Le scrutin, qui doit avoir lieu dans les trente jours, opposera vraisemblablement le vice-président Maduro, 50 ans, à Henrique Capriles, qui a réussi à unir l'opposition derrière son nom à la présidentielle d'octobre. Un récent sondage accordait une forte avance à Maduro.

Sur son compte Twitter, Henrique Capriles, 40 ans, a lancé un appel à l'unité et présenté ses condoléances à la famille de Chavez et à ses partisans. "Ma solidarité à toute la famille et aux partisans du président Hugo Chavez", a-t-il écrit.

Lundi soir, le gouvernement avait fait savoir que les problèmes respiratoires d'Hugo Chavez s'étaient aggravés et que le président vénézuélien souffrait d'une nouvelle et sévère infection pulmonaire.

L'état de Hugo Chavez a connu de multiples complications depuis sa dernière opération à La Havane, dont une hémorragie et une première infection respiratoire.

Hugo Chavez n'a pu prêter serment le 10 janvier comme le prévoyait la Constitution. Mais le Tribunal suprême a validé le report de la cérémonie d'investiture en soulignant que Chavez était déjà président élu et qu'il n'y avait pas interruption de la continuité du pouvoir.

OBAMA SOUHAITE UNE RELATION CONSTRUCTIVE

Au pouvoir depuis le 2 février 1999, Hugo Chavez est devenu au fil des ans une des grandes figures politiques sud-américaines, mêlant dans un tempérament extraverti une opposition acharnée aux Etats-Unis, un idéalisme révolutionnaire hérité des années 1960 et une autorité qui supportait peu la contradiction.

Fils d'enseignants né en juillet 1954 dans les Llanos, les grandes plaines du sud du Venezuela, il devient officier parachutiste et conspire en 1992 pour renverser le président Carlos Andres Perez. La tentative de putsch échoue, ce qui lui vaut de passer deux ans en prison, mais fonde sa réputation et il obtient 56% des voix à l'élection présidentielle de 1998.

Il sera largement réélu deux ans plus tard après une modification de la Constitution qui établit un mandat présidentiel de six ans, puis une nouvelle fois en 2006, après avoir repoussé avec l'aide de l'armée un bref coup d'Etat en 2002.

Parmi les réactions internationales, le président Barack Obama a souhaité l'inauguration d'une nouvelle relation constructive entre les Etats-Unis et le Venezuela.

"En cette période difficile liée au décès du président Hugo Chavez, les Etats-Unis réaffirment leur soutien au peuple vénézuélien et leur intérêt à développer une relation constructive avec le gouvernement vénézuélien", a déclaré le président américain dans un communiqué.

A Paris, François Hollande a salué la mémoire d'un président qui "exprimait, au-delà de son tempérament et de ses orientations que tous ne partageaient pas, une volonté indéniable de lutter pour la justice et le développement".

"Ce qu'il est ne meurt jamais", a commenté le coprésident du Front de gauche Jean-Luc Mélenchon sur son compte Twitter.

Guy Kerivel, Pascal Liétout et Jean-Stéphane Brosse pour le service français

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.