La candidature de Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle de 2022 n'a surpris personne. Les critiques sur le timing de cette annonce, en pleine crise sanitaire, économique et sociale, attendues. En revanche, la méthode - 150 000 parrainages citoyens - est inédite. Tactique certes, cohérence politique aussi.

Jean-Luc Mélenchon se presse pour qu'il ne reste plus à la gauche qu’à rallier son panache.
Jean-Luc Mélenchon se presse pour qu'il ne reste plus à la gauche qu’à rallier son panache. © Maxppp / Alexis Sciard

On est à la fois dans de la tactique et de la cohérence politique, l’une n’excluant pas l’autre. La tactique est assez claire : partir avant tout le monde à gauche, évacuer la question d’une primaire ou d’un quelconque système pour départager les aspirants ou aspirantes à 2022.

Alors que PS et écologistes se laissent encore six mois pour co-construire un programme et tenter de se choisir un nom pour une  candidature commune, Jean-Luc Mélenchon prend le large expliquant que son programme "L’avenir en commun" est prêt, qu’il ne reste plus qu’à rallier son panache. 

Ca ne passera pas ainsi lui ont aussitôt rétorqué ses partenaires de gauche qui, des communistes aux écologistes et aux socialistes, sont convaincus que son socle de 2017 (19,6 % plus de 7 millions de voix au premier tour de l'élection présidentielle) s'est rétréci comme peau de chagrin depuis la perquisition houleuse de 2018 et plus récemment sa sortie contre les Tchétchènes.

"On ne gagnera qu'unis, martèle le patron du PS, Olivier Faure. La gauche toute ensemble pèse plus lourd que Marine Le Pen et Emmanuel Macron, mais divisée elle sera incapable d'être au second tour. Quant au programme de La France Insoumise, 'L'Avenir en commun', il date de 2017. On devrait reprendre les idées d'un programme qui n'a pas passé la barre du premier tour il y a quatre ans ? Et puis Jean-Luc Mélenchon croit-il vraiment que, face à Emmanuel Macron, la gauche sociale démocrate votera comme un seul homme pour lui ? Croit-il vraiment que face à Marine Le Pen, les électeurs de droite lui donneront leurs suffrages ?"

Chez les Insoumis, on pense que la situation de 2022 ne se jouera pas nécessairement entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron. Qu'une candidature pour s'imposer a besoin de temps. Personne ne donnait Jean-Luc Mélenchon à 19,6% en février 2016 lorsqu'il s'est lancé.

Et c'est là que le système des parrainages doit jouer aussi le rôle de thermomètre politique. Si l'initiative suscite une mobilisation importante alors elle affermira la détermination du chef de LFI. A l'inverse si elle est timide, ce sera aussi un avertissement. Jean-Luc Mélenchon ne prendra pas le risque de faire perdre la gauche en faisant un score à la Benoît Hamon ou Jean-Pierre Chevènement.

Mais il y a aussi une vraie cohérence politique, les Insoumis, se fondant sur le rapport de la commission Jospin de 2012, ont toujours contesté le système de parrainage présidentiel, celui des 500 élus. Ils ont rédigé un projet de loi. Comme Lionel Jospin, ils proposent un minimum de 150 000 signatures provenant d’au moins 30 départements. L’ancien Premier ministre poussait jusqu’à 50. En l’état de la législation, il sera  facile pour Jean-Luc Mélenchon d’obtenir ses parrainages. Les 600 000 adhérents revendiqués par la France Insoumise ont tous reçu par mail le formulaire idoine. On approche déjà les 100 000 parrains. À la France Insoumise, on assure qu'ils seront tous vérifiés afin que des doublons ou des parrains fantasques ne se soient pas infiltrés dans le processus.