La présidente du WWF France s’est dite “peinée”, lundi matin sur France Inter, de ne pas avoir entendu Emmanuel Macron prononcer les mots “nature” et “biodiversité” lors de sa conférence de presse du 25 avril. Nous avons vérifié : c'est vrai.

Emmanuel Macron lors de la conférence de presse du 25 avril 2019, au Palais de l'Elysée.
Emmanuel Macron lors de la conférence de presse du 25 avril 2019, au Palais de l'Elysée. © AFP / Ludovic Marin

J’ai été peinée que les mots ‘nature’ ou ‘biodiversité’ n’aient pas été prononcés par le président de la République dans sa dernière allocution, alors que la France accueillait justement l’IPBES” a regretté Isabelle Autissier, présidente du WWF France, invitée de France Inter à quelques heures de la sortie du rapport sur la biodiversité de la Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES), placée sous l’égide des Nations-Unies. 

“Climat”, “environnement” mais jamais “nature” ni “biodiversité”

Nous avons donc vérifié le contenu de la conférence de presse d’Emmanuel Macron du 25 avril dernier. Cette conférence de presse était divisée en deux parties. Un propos liminaire d'une heure environ et un questions-réponses qui a duré près d'une heure et vingt minutes. 

Dans son propos liminaire qui est disponible sur le site internet de l’Élysée, le chef de l'Etat ne parle ni de "nature" ni de "biodiversité". Le chef de l’État évoque à deux reprises “le climat”, “son urgence” et le “lot d’inquiétudes” qu’il suscite “parce qu’il faut changer des habitudes”. Il ajoute encore que “le climat doit être au cœur du projet national et européen”.  

Dans ce propos liminaire, le chef de l’État a annoncé la création d’une convention citoyenne, composée de 150 personnes tirées au sort, pour “redessiner toutes les mesures concrètes d’aides aux citoyens sur la transition climatique (...), les rendre plus efficace (...) ou définir si besoin était d’autres mesures incitatives ou contraignantes”. Mais rien sur la "biodiversité".

Au cours de l'échange avec les journalistes, que nous avons réécouté entièrement, le Président ne parle pas non plus de "nature" ou de "biodiversité". Les thématiques sociales et la façon de présider d’Emmanuel Macron ont occupé la majeure partie du temps de cette séquence. Au-delà du fait qu’aucune question n’a été posée sur les sujets climatiques, environnementaux, ni sur la biodiversité - la secrétaire d’État Brune Poirson en a d'ailleurs fait le reproche aux journalistes - le président de la République n’en a pas non plus parlé de son propre chef. 

“À l’intérieur de nos frontières, on peine à voir des résultats”

Sans esprit de polémique, la France est allante politiquement envers les autres pays. Mais à l’intérieur de nos frontières, on peine à voir des résultats”, estime Isabelle Autissier. La navigatrice estime que la biodiversité n’est “absolument pas” protégée à la hauteur de la menace en France. “On voit encore des zones humides disparaître, la question des pesticides n’est pas encore réglée… En dix ans, on a mis 500 millions d’euros pour soi-disant diviser par deux les pesticides, et qu’en fait on les a augmentés de 10%. Il y a quand même un petit problème”, conclut la présidente du WWF France. 

Dans un rapport sans précédent publié lundi, le groupe d'experts de l'ONU sur la biodiversité (IPBES) peint justement un tableau sombre de l'avenir de l'être humain, qui dépend de la nature pour boire, respirer, manger, se chauffer ou se soigner. Déjà, un million d'espèces est menacée d'extinction, et le rythme s'accélère : la nature qui permet à l'humanité de vivre est condamnée à poursuivre son déclin à moins d' "un changement profond" des modèles de production et de consommation des hommes.

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