La jeune activiste suédoise Greta Thunberg participe ce mardi à un débat à l'Assemblée nationale. La venue de l'égérie du combat pour le climat a divisé les élus français, qui se prononcent, au même moment, sur la ratification du CETA, accord commercial largement controversé.

Greta Thunberg à la tribune devant les élus réunis salle Victor Hugo à l'Assemblée nationale
Greta Thunberg à la tribune devant les élus réunis salle Victor Hugo à l'Assemblée nationale © Capture d'écran LCP

L'égérie du combat pour le climat Greta Thunberg participait ce mardi à un débat à l'Assemblée nationale intitulée "Répondre à l'urgence climatique: regards croisés entre la jeunesse, les politiques et les scientifiques". La rencontre a été initiée par un proche de Nicolas Hulot, Matthieu Orphelin et un groupe transpartisan nommé "Pour le climat, accélérons". Voici ce qu'elle a déclaré lors d'un discours d'une vingtaine de minutes:

"J'ai de bonnes et de mauvaises nouvelles"

Greta Thunberg a commencé son discours par ces mots: "J’ai de bonnes nouvelles  et de mauvaises nouvelles concernant l’urgence climatique". "Je commence par la bonne nouvelle. Comme l’ont dit quelques personnes, le monde ne va pas arriver à sa fin d’ici 11 ans. En revanche, la mauvaise nouvelle, c’est que d’ici 2030 si nous ne faisons rien, nous serons très vraisemblablement dans une position où nous aurons passé plusieurs points de basculement et nous ne serons plus en mesure de revenir en arrière sur le changement climatique", a-t-elle déclaré devant plusieurs dizaines de députés.

La jeune suédoise a invité son auditoire "à lire la page 108 du chapitre 2 du dernier rapport du GIEC".  "Dans cette page 108, vous trouverez le chiffre du budget carbone qui reste à notre disposition. Le rapport dit que si nous voulons avoir 67% de chance de limiter l’augmentation des températures en dessous des 1,5 degrés, nous avons 420 gigatonnes de CO² dans notre budget. Bien entendu ce chiffre est bien inférieur aujourd’hui. Nos émissions s’élèvent à 42 gigatonnes de CO² chaque année. Au niveau d’émission que nous connaissons aujourd’hui, le budget qui nous reste sera complètement épuisé d’ici huit ans et demi", a dit Greta Thunberg.

"Pas une seule fois je n’ai entendu un politique, un journaliste ou un chef d’entreprise, mentionner ces chiffres", a-t-elle alerté. "C’est comme si vous ne saviez même pas que ces chiffres existent. C’est comme si vous n’aviez même pas lu le dernier rapport du GIEC sur lequel se fonde l’avenir de notre civilisation. Ou peut-être que vous n’êtes pas suffisamment mûrs pour accepter ce rapport ?"

"Nous devenons les affreux"

"Nous devenons les affreux, les affreux qui avons à dire ces choses très désagréables aux gens, car personne d’autre ne veut le faire, ou n’ose le faire", a déclaré la lycéenne. "Simplement parce que nous citons ces chiffres", des gens se "moquent" ou disent que "nous racontons des mensonges", a-t-elle estimé. 

"Je voudrais demander à tous ceux qui remettent en question ce qu’ils appellent notre opinion, ceux qui pensent que nous sommes des extrémistes, avez vous un budget différent pour nous permettre d’avoir une chance de rester en dessous des 1,5 degrés d’augmentation de la température. Est-ce qu’il existe un autre GIEC ? Est-ce qu’il existe un accord de Paris secret, que nous ne connaîtrions pas ?

"Vous ne pouvez pas simplement fabriquer vos faits, parce que vous n’aimez pas ce que vous entendez, il n’y pas de juste milieu quand on parle de l’urgence écologique", a-t-elle ajouté. 

"Respectez la science"

"Parce que vous avez ignoré les faits, parce que vous et pratiquement tous les médias jusqu’à aujourd’hui, continuent d’ignorer ces chiffres, les gens ne savent pas ce qui est en train de se passer. Si vous respectez la science, respectez la science, tout est dit. Si vous comprenez la science, tout est dit. 420 tonnes de CO², c’est tout ce qui nous reste à émettre au 1er janvier 2018, pour avoir 67% de chances d’atteindre l'objectif d’1,5° d’augmentation des températures, selon le rapport du GIEC". 

"J’aimerais également vous dire une autre chose, il est impossible de traiter une crise, sans la traiter comme une véritable crise et sans comprendre toutes ses dimensions. Vous ne pouvez laisser les responsabilités aux personnes, aux politiques, aux marchés. Tout le monde doit être inclus et doit lutter en même temps", a-t-elle dit. 

"Certaines personnes ont choisi de ne pas nous écouter, ce n'est pas grave, après tout nous ne sommes jamais que des enfants. Vous n'avez pas le devoir de nous écouter. Par contre, vous avez le devoir d'écouter les scientifiques. Et c'est tout ce que nous vous demandons : de vous unir derrière les scientifiques", a conclu la militante suédoise.

Greta Thunberg a été longuement applaudie à l'issue de son propos. S'en est suivi un échange entre les députés présents dans la salle et les jeunes Français du mouvement Youth for Climate. 

La jeune fille a également été interrogée par la presse sur l'action des parlementaires français et d'Emmanuel Macron face au réchauffement climatique. "Je pense qu'aucun pays n'en fait assez. Je suis venu ici parce que j'ai été invitée et que c'était possible pour moi. Mais mon message est le même pour tous les parlements, tous les Premiers ministres, tous les présidents." 

Quelques minutes plus tôt, Greta Thunberg avait lancé un appel au public : 

"J'ai entendu beaucoup dire, "merci vous me donnez de l'espoir pour l'avenir". J'ai l'impression que vous n'avez pas bien compris ce que nous disons. Donc plutôt que de louer ce que nous faisons, essayez, vous, de faire quelque chose."

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