Les propos de Jean-Luc Mélenchon, dimanche, dans Questions politiques sur France Inter, faisant le lien entre terrorisme et élection présidentielle, suscitent une vive controverse. Jérôme Fourquet, directeur du département opinion à l'institut de sondage Ifop, analyse la sortie du chef de file de La France Insoumise.

Jean-Luc Mélenchon, ici auprès des salariés de l'usine Ferropem des Clavaux à Livet-et-Gavet (Isère) a créé la polémique en faisant un lien entre élection présidentielle et terrorisme.
Jean-Luc Mélenchon, ici auprès des salariés de l'usine Ferropem des Clavaux à Livet-et-Gavet (Isère) a créé la polémique en faisant un lien entre élection présidentielle et terrorisme. © AFP / PHILIPPE DESMAZES

"Vous verrez que dans la dernière semaine de la campagne présidentielle, nous aurons un grave incident ou un meurtre." Cette prédiction en vue de 2022 de Jean-Luc Mélenchon, dimanche 6 juin dans l'émission Questions politiques sur France Inter, crée la polémique. "Ça a été Merah en 2012, ça a été l'attentat la dernière semaine sur les Champs Elysées. Avant on avait eu Papy Voise [Paul Voise, un retraité agressé chez lui à Orléans en avril 2002] dont plus personne n'a jamais entendu parler après. Tout ça, c'est écrit d'avance" estime le chef de file de La France Insoumise, faisant référence à des attentats ou des faits divers qui avaient précédé les élections présidentielles de ces années-là.

Depuis, la classe politique s'indigne, tout comme les proches des victimes des attentats. Ainsi, Latifa Ibn Ziaten, dont le fils militaire a été tué par Mohammed Merah, qualifie d'"inadmissibles" les propos du député des Bouches-du-Rhône. L'avocat Samel Sandler, qui a perdu son fils et ses deux petits-fils sous les balles de Mohamed Merah envisage de porter plainte pour diffusions de fausses nouvelles.

Ces événements de nature différente ont-ils eu une influence sur les scrutins présidentiels ? Ont-ils été particulièrement utilisés par un camp ou un autre à l'époque ? Eléments de réponse avec le politologue Jérôme Fourquet, directeur du département opinion à l'institut de sondage Ifop. Il était l'invité du 13h de Bruno Duvic, sur France Inter. 

FRANCE INTER : Est-ce que la présidentielle de 2012 s'est jouée sur les tueries de Mohamed Merah, celle de 2017 sur le meurtre de Xavier Jugelé ? Sans parler de celle de 2002 et l'affaire de Paul Voise ? 

JÉRÔME FOURQUET : "Non, elles ne se sont pas jouées sur ces attaques, ces attentats. Lors de la dernière élection présidentielle, en 2017, le jour du vote, comme à son habitude, l'Ifop a interrogé un grand échantillon de Français. 4% d'entre eux seulement nous ont dit qu'à la suite de l'attentat commis sur les Champs-Elysées, le jeudi avant le premier tour, ils avaient changé leur choix pour l'élection présidentielle. Vous allez me dire que ça peut faire une bascule, mais on avait posé la même question lors des élections régionales de décembre 2015, qui ont eu lieu quelques semaines seulement après les attentats du 13 novembre et à l'époque, 8% des Français avaient indiqué que ces événements avaient modifié leur comportement, leur attitude électorale. Donc, ça peut jouer dans des moments particulièrement intenses, comme cela avait été le cas au moment de l'élection régionale de 2015. Mais sinon, il faut relativiser ce phénomène." 

Comment vous interprétez les propos de Jean-Luc Mélenchon ? 

"Quand on prend au pied de la lettre ce qui a été dit, ça laisse à croire qu'il y aurait eu non seulement une instrumentalisation politicienne, voire même que ces attaques auraient pu être organisées dans le cadre d'une stratégie concertée. C'est là où je pense qu'il y a manifestement un problème. Hélas, factuellement bon nombre de scrutins – et Jean-Luc Mélenchon avait oublié celui des régionales de 2015 – se sont déroulés dans un contexte de menace terroriste. Il y a deux options : soit c'est parce que il y a une instrumentalisation, où il y a des gens qui fomentent tout cela et qui sont liés au fameux système. Soit c'est parce que nous sommes dans une période qui est extrêmement exposée à cette menace terroriste et c'est, bien évidemment, l'hypothèse qu'il faut retenir. Clémentine Autain [qui a expliqué sur CNews ce que, selon elle, Jean-Luc Mélenchon avait voulu dire] n'a pas tort non plus quand elle constate que les attentats ne tombent pas au hasard. Mais c'est l'agenda des terroristes, ce n'est pas l'agenda du système qui fait que ces attaques sont perpétrées quelques jours avant."