Pour faire face à un "repli identitaire" des banlieues, voire un "nouvel apartheid", l'ancien ministre Jean-Louis Borloo a remis jeudi un ambitieux rapport au gouvernement. Un ensemble de 19 mesures à appliquer en urgence, selon lui.

Jean-Louis Borloo, ici lors d'une réunion en janvier dernier
Jean-Louis Borloo, ici lors d'une réunion en janvier dernier © AFP / PASCAL ROSSIGNOL / POOL

Pour Jean-Louis Borloo, si la France veut éviter un risque de "repli identitaire et communautaire" de certains quartiers, voire un "apartheid" en matière de mixité, il y a urgence à s'occuper de tous les territoires qui n'ont pas les mêmes chances au départ que les autres.  

Dans le rapport de 60 pages intitulé "Vivre ensemble – vivre en grand la République", et remis ce jeudi au Premier ministre, l'ancien ministre de la Ville établit un constat alarmant, qui n'oublie pas certains territoires ruraux et d'Outre-mer. Il parle de scandale : "Non seulement les moyens déployés dans les quartiers populaires sont en-dessous du minimum républicain mais plus grave, les correctifs mis en place se sont quasiment tous arrêtés". 

État des lieux alarmant 

Suit une longue liste de chiffres démontrant l'isolement de ces quartiers : trois fois plus de chômage, de discrimination, deux fois moins de voitures et de transports publics, moins d'équipements publics, de sécurité, d'accès aux soins.  

Près de 6 millions d'habitants vivent dans une forme de relégation voire d'amnésie de la Nation. 

Le rapport balaie tous les domaines : "Si la loi était appliquée, il y aurait 250 000 apprentis de plus par an, dont 100 000 dans les quartiers, et ça changerait la donne", a déclaré jeudi matin Jean-Louis Borloo, lors de la remise du rapport, à Matignon. 

Écoles, transports... Dix-neuf "programmes" à engager 

Le rapport s'engage donc sur dix-neuf programmes : parmi les propositions, la création d'une nouvelle grande école accessible sur concours, une "académie des leaders" conçue sur le modèle de l'ENA. Pour les plus jeunes, il faudrait aussi favoriser la découverte d'autres vies dans d'autres pays d'Europe, à des prix abordables.

Le rapport attire aussi l'attention sur le besoin de désenclaver au plus vite certains quartiers en relançant la politique des transports. Il préconise aussi de travailler sur l'accès au numérique, sur l'insertion par le sport et la culture, notamment.

Pas d'investissement à perte 

Ces programmes, il faudra bien les financer. Mais la banlieue ne coûte pas, elle produit aussi, explique le rapport, alors que la petite musique de l'investissement à perte dans les quartiers perdure. Exemple : la rénovation urbaine, à l'arrêt depuis quatre ans (et secteur dans lequel Jean-Louis Borloo peut se targuer d'un bon bilan au ministère de la Ville), représente des milliards d'euros d'investissement, des milliers d'emplois créés, de la TVA, etc.

Mais comme il n'y a pas d'argent magique, le rapport Borloo propose la création d'un fonds de garantie de cinq milliards d'euros. Celui-ci sera, si le gouvernement suit les recommandations, abondé par la cession annoncée des participations de l'État dans ADP et la Française des Jeux.

Après avoir reçu le document, Édouard Philippe a annoncé qu'Emmanuel Macron s'inspirerait de ces dispositions pour établir son "plan de mobilisation" en faveur des quartiers prioritaires, qui sera annoncé "dans le courant du mois de mai".

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