[scald=104329:sdl_editor_representation]par Chine Labbé

PARIS (Reuters) - Dans une école primaire du XIIIe arrondissement de Paris, une centaine de personnes se pressent pour parler politique. Bancs et chaises sont disposés en cercle, pour favoriser le dialogue.

Ici, "y'a pas ceux qui savent et ceux qui écoutent", prévient un militant.

C'est la quatrième fois que le Front de gauche, dont le candidat à la présidentielle Jean-Luc Mélenchon est crédité par les sondages d'environ 10% des voix au premier tour, organise une "assemblée citoyenne" dans l'arrondissement.

Syndicalistes, communistes, anciens socialistes et autres curieux du quartier se répartissent en petits groupes. Dans l'un, on parle de la "marchandisation" de la santé. Dans un autre, on s'interroge sur les perspectives historiques de cette coalition électorale. "La perspective, c'est de devenir majoritaire au sein de la gauche", répond un organisateur.

Le Front de gauche voit dans ces assemblées citoyennes la "cheville ouvrière" de son mouvement, un mouvement qui, insiste Jean-Luc Mélenchon, a pour ambition d'aller bien au-delà du 6 mai, date du second tour de l'élection présidentielle.

"L'assemblée citoyenne, ça remplit deux fonctions: aujourd'hui c'est un rassemblement de gens qui viennent dans le cadre d'une campagne électorale", explique-t-il à Reuters. "Mais ça a la prétention d'être un embryon de quelque chose de plus vaste, de plus ample dans l'hypothèse où la société tout entière se mettrait en mouvement", ajoute-t-il.

Pour l'ancien membre du Parti socialiste, l'élection présidentielle d'avril-mai n'est qu'un "moment" d'une "révolution citoyenne en gestation". Une révolution qu'il veut inspirée des révolutions sud-américaines.

"Les autres candidats font une campagne électorale, nous, on fait une campagne de mouvement d'éducation populaire", dit-il.

"N'ATTENDEZ PAS LES CONSIGNES"

Lancées en septembre, ces assemblées citoyennes ont lieu dans plus de 600 localités dans le pays. Une dizaine de réunions sont organisées chaque jour.

"Elles se développent de manière moléculaire", explique Danielle Obono, qui les coordonne au niveau national.

Pour elle, ces réunions publiques, organisées dans des villes, des arrondissements, mais aussi des quartiers, voire des barres d'immeuble, sont un moyen "d'enracinement" du Front de gauche comme force politique.

Elles jouent également un rôle important dans l'organisation des temps forts de la campagne, comme la marche pour la VIe République prévue dimanche prochain à Paris, et pour laquelle plus de 25.000 personnes sont attendues.

"Une seule consigne, n'attendez pas les consignes", dit Jean-Luc Mélenchon. Une valorisation de la mobilisation qui semble avoir contribué à fédérer la gauche de la gauche.

Pour Barthélémy, entrepreneur de 36 ans, "se rencontrer pour discuter de la société" est "assez rare" pour être relevé. "Le lien social a moins de lieux aujourd'hui", déplore-t-il.

Même constat chez Joaquin, 65 ans. Pour ce Chilien qui a vécu pendant dix ans sous la dictature du général Pinochet avant de se réfugier en France en 1986, "un mouvement de masse est la seule manière de changer les choses".

Sans surprise, ce style de campagne vaut également à Jean-Luc Mélenchon le ralliement d'anciens soutiens de Ségolène Royal, candidate présidentielle en 2007, dont la campagne avait été placée sous le signe de la "démocratie participative".

DE SÉGOLÈNE À JEAN-LUC

Entrée au PS par Désirs d'avenir, l'association lancée en 2005 par la présidente de la région Poitou-Charentes, Stéphanie, 26 ans, arbore aujourd'hui fièrement l'écharpe rouge du Front de gauche. Une "évolution logique", d'après elle. "Tous les deux, ils essaient de faire de la politique autrement", dit-elle.

Pour Viviane Palumbo, professeur à la retraite dans le Var, passer de l'une à l'autre est "évident".

"La seule (différence), c'est que Jean-Luc a une grande gueule, et c'est un homme, c'est tout", estime-t-elle.

En septembre dernier, à la Fête de l'Humanité, Ségolène Royal, alors candidate à la primaire socialiste, a d'ailleurs souligné leurs convergences politiques, notamment sur la réforme bancaire et sur l'interdiction des licenciements boursiers.

"Jean-Luc Mélenchon arrive à capter entre 12 et 14% de l'électorat de Ségolène Royal en 2007", explique Damien Philippot, de l'Ifop, s'appuyant sur des données issues d'un cumul d'enquêtes sur les dix derniers jours.

De quoi réjouir le président du Parti de gauche qui dit ne pas croire "aux patrimoines électoraux captifs".

Après avoir "complètement asséché" l'extrême gauche, en captant massivement le vote communiste et une large partie du vote trotskyste, il bénéficie aujourd'hui d'importants transferts de voix du candidat socialiste François Hollande, notamment dans l'électorat populaire, note Damien Philippot.

Une évolution qui n'a pas échappé au candidat du Front de gauche. Son ambition affichée est de "passer en tête de la gauche".

Edité par Yves Clarisse

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