France Inter a rencontré Jean-Luc Mélenchon ce lundi 2 juillet à Madrid, où le chef de La France insoumise faisait meeting commun avec Pablo Iglesias, le leader de Podemos, contre la montée de l’extrême-droite et les politiques libérales en Europe. Il précise ses objectifs pour le scrutin à venir.

Jean-Luc Mélenchon, le chef de la France Insoumise faisait meeting commun avec Pablo Iglesias le leader de Podemos contre la montée de l’extrême-droite et les politiques libérales en Europe.
Jean-Luc Mélenchon, le chef de la France Insoumise faisait meeting commun avec Pablo Iglesias le leader de Podemos contre la montée de l’extrême-droite et les politiques libérales en Europe. © AFP / JAVIER SORIANO

C’est la première crise publique au sein de  La France insoumise : la rupture des socialistes insoumis, furieux de voir leur chef, l’économiste Liem Hoang Ngoc, en position non éligible sur la liste des élections européennes qui va être rendue publique aujourd’hui ou demain sur le site du parti. 

Derrière la querelle d’égos, il y aurait, selon les socialistes insoumis, un changement de stratégie de Jean-Luc Mélenchon, la volonté de ne plus apparaître comme eurosceptique pour siphonner les voix de la gauche modérée. Ce que récuse Jean-Luc Melenchon. La contestation des traités et de la ligne libérale européenne est toujours au cœur du projet de La France insoumise, assure notamment Eric Coquerel, à l’avant-garde du plan B.

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Mélenchon va sortir une liste pour les Européennes

Par Laurence Peuron

Un arc méditerranéen comme alternative à la conception de l'Europe de Merkel

"Si j’ai à avoir des responsabilités dans ce pays, madame Merkel n’arrivera jamais à me rassurer avec trois tapes dans le dos. Je ne dis pas qu’il faut renoncer à ses rêves, parce que l’essentiel reste. Un continent de paix, on n’en prend pas le chemin. On va faire l’Europe de la défense. La prospérité, le bien être social, ça c’est des choses. On va peut être me traiter de rêveur, mais si la société doit seulement être un supermarché, on ferme. Et puis après, il faut être un peu réaliste. Comment on en est arrivé à cette situation où les pays du sud de l’Europe peuvent être traités par le gouvernement allemand et par quelques autres au nord et à l’est de "Club Med" ? Le mépris que cela comporte... Mais qui sommes-nous à la fin ?

La deuxième économie du continent, ce sont les Français, la troisième, ce sont les Italiens, la quatrième, ce sont les Espagnols. Nous sommes donc les grandes puissances de cette Union européenne, par conséquent, nous devons être traités autrement. Mais nous devons nous traiter nous-mêmes autrement. Si les latins regardent la pointe de leurs chaussures avec des complexes à chaque fois qu’ils voient arriver un dirigeant politique allemand, alors c’est clair, qu’on ne va pas avancer. Parce que les Allemands sont rigoureux dans leur manière de faire, ils font ce qui est conforme à leur intérêt. Et on dit : 'on va faire aussi bien que vous'. Nous, on ne fera pas comme eux, parce qu’ils ont déchaîné la pauvreté. 13 millions de pauvres, 9, c’est chez nous en France.

Alors les Latins doivent se retrouver. Je ne parle pas des gouvernements, on ne s’en occupe pas. La vieille tradition française est la bonne : on s’occupe des peuples et des nations. Nous avons vocation à nous entendre avec les Italiens et les Espagnols, qui ont parfois des gouvernements assez étranges. Et les Portugais. Et se souvenir que la chose qui est au milieu et qui est pleine d’eau, c’est pas un fossé pour empêcher les migrants, c’est la mer Méditerranée. Il faut qu’on s’en occupe avant que ce soit juste un galimatias de plastique, [sachant] que, en face, il y a des millions de gens qui ont la langue française. Oublier le racisme de beaucoup et penser comment on pourrait travailler honnêtement avec eux." 

"Moi je demande aux gens de faire preuve d’un peu d’humilité"

L’éviction des insoumis socialistes qui l'accusent d’avoir renoncé au plan B, la sortie des traités pensée par l’économiste Liem Hoang Ngoc... Jean-Luc Mélenchon assume : il n’est pas en position éligible, et alors ?

"Il y a 79 personnes à présenter. On a laissé dix places pour ceux qui voudraient venir d’autres horizons. Moi je demande aux gens de faire preuve d’un peu d’humilité. Si on considère que sa précieuse personne est indispensable tout le temps, il va y avoir un problème. Ces socialistes insoumis ne sont pas écartés, ils ne sont pas contents de la place qu’ils ont dans la liste. Et bien ils n’ont qu’à aller voir le comité (32 membres dont 18 tirés au sort qui ont fait les listes) plutôt que s’en prendre à moi. Ce n’est pas très généreux de dire 'on écarte le plus compétent'. Les autres ne sont quand même pas des imbéciles." 

Une offre de services à Générations de Benoît Hamon

"Le refrain : tous ceux qui ne sont pas d’accord avec les libéraux sont des racistes, xénophobes, anti-européens, béats nationalistes... Tout le monde voit bien que c’est en train d’atteindre sa limite. Et puis la scène politique française a explosé. L’élection présidentielle c’est l’explosion. D’un côté, M. Macron, qui est en train de devenir le rassembleur de la droite, et nous, qui avons dépassé tout le monde dans une proportion qu’on n’avait jamais vue. De 3 à 1 pour ce qui est de l’écart avec les socialistes. Combien est-ce que M. Hamon, qui déjà ne faisait que 6 % quand il était socialiste, va faire maintenant qu’il ne l’est plus ? Et qu’il y a toujours un PS ? Moi, je ne laisserai jamais passer l’occasion de faire des choses utiles.

Évidemment, M. Hamon n’a pas toujours été gracieux avec moi, mais cet homme, ses amis, ils sont perdus, ils sont tout petits. Mais moi, je les trouve intéressants. Et je leur dis plutôt que de me jeter des fléchettes et des pierres, il vaudrait mieux parler sérieusement de ce que l’on peut faire." 

"Mettre des bulletins contre le président des riches"

"Les gens vont aussi comprendre que c’est l’occasion ou jamais d’avoir un bon référendum anti-Macron. De dire "stop ou encore". C’est clair que si les gens veulent mettre des bulletins contre le président des riches, il faut qu’ils votent Insoumis. C’est ce qu’il y a de plus radical qu'on peut faire à M. Macron. Il a passé son temps à dire pis que pendre de nous, le peuple français pourrait lui faire un joli pied de nez en votant Insoumis plutôt que des trucs de fascistes qui ne servent à rien."

C’est clairement un match retour de la présidentielle. Mais la gauche peut-elle jouer gagnant en laissant sur banc de touche certains de ses attaquants ? C’est un pari.

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