L'ancien ministre de l'Intérieur Jean-Pierre Chevènement se dit prêt à accepter la présidence de la Fondation pour l'islam de France.

Jean-Pierre Chevènement se dit prêt à présider la Fondation pour l'islam de France
Jean-Pierre Chevènement se dit prêt à présider la Fondation pour l'islam de France © Maxppp / Tardivon JC

Jean-Pierre Chevènement l'affirme ce matin dans les colonnes du journal "Le Parisien" : il acceptera, malgré les critiques, de présider la Fondation pour l'islam de France, une institution créée en 2005 par l'ancien Premier ministre Dominique de Villepin. Cette proposition lui a été faite en avril dernier, par l'actuel ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve.

Si Jean-Pierre Chevènement a peu à peu disparu des radars politiques, François Hollande ne l'a pas oublié, lui qui était premier secrétaire du parti socialiste en 2002, quand les 5.33% de Chevènement ont fait perdre la qualification au second tour de Lionel Jospin.  Il reste une voix très respectée à gauche, et c'est une manœuvre habile, de la part du président de la République, de s'aliéner une personnalité de ce calibre - qui plus est sur un domaine de compétences qu'on peut difficilement lui contester.

En effet, dès 1999, alors ministre de l'Intérieur, Jean-Pierre Chevènement avait lancé "une grande consultation sur l'islam de France". La République, la laïcité et la citoyenneté sont les combats de cet homme politique. C'est dans le respect de ses principes qu'il ébauche son programme : des financements étrangers prohibés (ou en tout cas un mécanisme de transparence), des fonds français qui pourraient éventuellement provenir d'une taxe sur la viande halal.

Sur les questions du voile, du burkini ou des repas dans les cantine, il reste prudent : "le conseil que je donne dans cette période difficile est celui de la discrétion", réplique Jean-Pierre Chevènement.

Une nomination critiquée 

Parmi les critiques qui lui sont faites, François Bayrou, président du MoDem, s'interroge sur la pertinence de cette nomination car l'ancien ministre n'a aucune "sensibilité musulmane" et ne partage ni la foi, ni la culture, "ni la manière de voir". Mais Jean-Pierre Chevènement n'entend nullement s'immiscer dans la sphère du religieux et rappelle que la laïcité n'est pas tournée contre la religion. Enfin que "si nous aimons la France, il faut faire des Français de confession musulmane des Français comme les autres".

Cette dernière phrase agace le juriste Nadir Saïfi. Il est l'un des quarante-deux signataires d'un appel pour la renaissance de cette Fondation. Pour lui,  ces propos sont "extrêmement violents et extrêmement humiliants pour la communauté musulmane." Il dénonce une nomination de "type coloniale" et des "propositions coloniales", et voit dans les propos de Jean-Pierre Chevènement l'idée qu'il faudrait "civiliser" les musulmans.

Contacté par la rédaction de France Inter, Jean-Pierre Chevènement explique cette phrase de cette manière : "l'avenir de la France, écrit-il, dépendra de sa capacité à intégrer de nouveaux citoyens à égalité de droits. Liberté de culte, et respect, par tous, de la loi républicaine."