C'est ce qu'a déclaré la journaliste Apolline de Malherbe sur le plateau de BFM TV, lors d’une interview de Juan Branco, qui défend l’activiste russe Piotr Pavlenski dans l'affaire de la vidéo de Benjamin Griveaux. Mais Juan Branco assure n’avoir “aucune haine” à l'égard de l'ancien ministre. Éléments de réponse.

Juan Branco sur BFM TV, lundi matin.
Juan Branco sur BFM TV, lundi matin. © Capture d'écran / BFM TV

“Vous avez une haine quasi-obsessionnelle à l’endroit de Benjamin Griveaux (...) vous avez ciblé Benjamin Griveaux et de manière systématique”, lui a dit la journaliste Apolline de Malherbe au cours de l'interview sur BFM TV. La journaliste a probablement en tête des pages de blog et de son livre Crépuscule "consacrées à Benjamin Griveaux", ainsi que l'épisode du fenwick, un engin de chantier avec lequel des manifestants avaient embouti les portes de son ministère, dont il se "réjouissait".

Elle conclut l'interview en assénant : "Plus on vous entend et plus on se demande si Piotr Pavlenski n'est pas que l'exécutant et vous le manipulateur". Sans que l'avocat ait ensuite le temps d’y répondre. Il saisira plus tard le CSA, mécontent de cette interview.

Au téléphone, Juan Branco détaille sa position à France Inter. Il assure n’avoir “jamais croisé” Benjamin Griveaux et ne ressentir “aucune haine” à l'égard de l’ex-candidat LREM aux municipales. Selon lui, "il faut savoir distinguer [son] opinion sur le geste du client, de la défense de l’avocat” qui "épouse" la ligne de son client qu'il décrit ainsi : "Benjamin Griveaux a mis en scène son intimité et il a menti, c'est aux électeurs de déterminer si c'est important". Contacté par France Inter, Benjamin Griveaux n'a pas souhaité répondre à nos questions.

Quelle a été son implication dans la diffusion des images intimes ?

Juan Branco nie toute participation à la diffusion des images intimes de Benjamin Griveaux. "Ma lourde opposition à M. Macron, et mes critiques féroces quant au travail de M. Griveaux, se situant sur un autre registre, et ayant toujours agi de front, je n'en avais aucun désir", détaille-t-il dans un tweet. “Rien n’a été à mon initiative”, répète à France Inter Juan Branco, dont le degré d'implication dans cette affaire est interrogé, notamment en raison de photos le montrant en compagnie de Piotr Pavlenski et de sa compagne. 

“Quand vous devenez quelqu’un de reconnu parce qu’ayant critiqué le pouvoir macroniste, les personnes qui considèrent être dans une démarche similaire s’approchent de vous”, justifie-t-il. 

Piotr Pavlenski, dont il salue le "courage", l'aurait contacté "il y a à peu près deux mois", en lui indiquant qu'il "préparait une prochaine action", comme il le raconte dans une interview au média proche des "gilets jaunes" Vécu. Il ne cache pas se réjouir de l'"énorme succès" produit par l'acte de l'artiste, mais ne souhaite pas dévoiler son opinion quant au procédé employé.

D'anciens tweets déterrés par le compte @FallaitPasSuppr, et dont certains ont été supprimés, donnent toutefois des indices sur son avis personnel, alors qu’il évoquait d'autres affaires (notamment celle concernant Tariq Ramadan). Il y dénonçait l'"humiliante (pour les journalistes) exposition de la vie intime d'une personne à des fins de disqualification publique", et considérait que "voir que l'intime et le sexuel restent, en nos espaces "civilisés", des armes de destruction politiques est désespérant".

Ce qu'il a dit sur Benjamin Griveaux

Interrogé sur Benjamin Griveaux, sur BFM TV, Juan Branco dit prendre “plaisir à décrypter les mécanismes d’accession au pouvoir”, à dénoncer “la corruption, le pantouflage”. Il considère Benjamin Griveaux comme “un pilier du régime politique actuel”, dont il est un fervent opposant

Il lui a même consacré un article publié en décembre 2018 sur le blog de Mediapart, intitulé “Sur un certain Benjamin Griveaux, porte-parole du gouvernement”. Il y fustige ses rémunérations en tant que conseiller ministériel de Marisol Touraine, de 2012 à 2014, puis, lors de son passage par Unibail-Rodamco, de 2014 à 2016, en tant que directeur de la communication et des affaires publiques.

Les accusations de l'avocat qui dit "peser ses mots" ne s’arrêtent pas là. Sur BFM, il ajoute ainsi que, l’entreprise a “permis à Emmanuel Macron de faire des meeting Porte de Versailles [...] pour des tarifs bien inférieurs à ceux que la législation de la campagne établissent”. Il va plus loin encore en affirmant que c’est Benjamin Griveaux “qui permet à Emmanuel Macron de faire une campagne à un moment où il manque de fonds, grâce à l’aide d’Unibail”.

Dans son livre Crépuscule (Éd. Au Diable Vauvert, 2019), il qualifie Benjamin Griveaux d’”apparatchik socialiste pur jus” et retrace dans ces mots son parcours : “élu du conseil général de Saône-et-Loire et futur-ex-maire de Chalon, “proche ami” d’un certain Bernard Mourad [banquier, ex-conseiller d'Emmanuel Macron, ndlr], et ancien strauss-khanien”. Un parcours qu’il juge ainsi: “très classique l’ayant amené de la grande demeure avec piscine et voitures de sport qu’il habitait rue Garibaldi à Chalon-sur-Saône, à HEC en passant par l’internat privé et Sciences Po”.

Plus tard, en juillet 2019, il publie une vidéo sur Youtube, dans laquelle il apparaît dans le noir presque complet, le visage faiblement éclairé. Les mots employés pour qualifier Benjamin Griveaux ne sont pas tendres : un "couard", un "lâche" qui "insultait ceux qui tentaient de s'exprimer". Il annonce alors : "La Macronie n’attend qu’une chose, de tout rafler lors des municipales. J’ai volontairement laissé fuiter l’idée qu’une candidature pourrait intervenir et que l’enfant chéri de la Macronie, un certain Benjamin Griveaux, pourrait de ce fait chuter." Il poursuit :

Car il ne s’agirait pas tant de vaincre que de l’écraser en lui renvoyant sa morgue, son mépris, son incompétence et son inanité. En le forçant à une confrontation qui, au-delà des petits jeux oligarchiques, auxquels se prête avec tant d’entrain Anne Hidalgo, forcerait à le voir nu, dans sa laideur."

L'épisode du Fenwick

Cette vidéo fait suite à l'épisode du fenwick. Juan Branco s’était alors retrouvé aux portes des bureaux de Benjamin Griveaux de façon quelque peu inattendue. Ce jour-là, “j’étais là”, indique Juan Branco, au cours d’une rencontre organisée par Le Media, en compagnie du directeur de la rédaction Denis Robert et de l’écrivain Alain Damasio. Il raconte cet épisode où il a d’abord eu “l’intuition que quelque chose n’allait pas” lorsque des manifestants ont activé le klaxon d’un Fenwick devant le nouveau siège d'Yves Saint Laurent financé, selon lui, "grâce à la fraude fiscale de Pinault (...) et qui n’était pas encore achevé”.

La suite se serait produite presque “par hasard”, au fil des déambulations : “on se retrouve devant un immeuble ministériel, et il se trouve que c’est le porte-parolat du gouvernement”, soutient-il. Des manifestants auraient commencé à sonner à la porte, quand soudain, un Fenwick s’avance vers les portes du ministère. “Ils étaient hilares, sourit-il, "ils défoncent la porte sans probablement réfléchir plus que ça à ce qu’ils font, (...) un geste d’une symbolique folle”.

L’avocat en profite pour dénoncer une déclaration passée du porte-parole du gouvernement à propos du responsable de droite Laurent Wauquiez : “Wauquiez, c'est le candidat des gars qui fument des clopes et qui roulent au diesel”. De quoi à nouveau alimenter ses critiques. Il voit dans ces mots une façon d’utiliser “la position que les Français lui ont donné pour cracher sur la partie la plus vulnérable des Français”. Pour lui, cette action était donc une façon “carnavalesque” pour les manifestants de lui dire : “Tu n’as pas le droit de nous insulter dans cette position-là, puisque cette position-là nous appartient. Donc tu sors de là.”

Les rapports entre Benjamin Griveaux et Gabriel Attal, l'ancien camarade de Juan Branco

C’est au sein du cabinet du ministère des Affaires sociales et de la Santé que Benjamin Griveaux a croisé, en 2012, la route de Gabriel Attal, alors âgé de 23 ans. C'est lui qui aurait "parrainé sa venue au cabinet de Marisol Touraine", comme le relève Libération. Pas de quoi s'attirer la sympathie de Juan Branco qui cultive une certaine inimitié avec son ancien camarade de classe au sein de la prestigieuse École Alsacienne à Paris, dont il parle longuement dans son livre.

Il y fustige son salaire au sein du cabinet de la ministre socialiste de la Santé, “6 000 euros par mois", selon lui, pour "recruter chargés de missions - et parlementaires socialistes qui serviraient à faire en sous-main la campagne de Macron”, écrit-il. Précédemment, il avait révélé son homosexualité dans un tweet, provoquant une vague d’indignation dans la majorité.

Aux yeux de Juan Branco, le parallèle entre Gabriel Attal, plus jeune ministre de la Ve République, et Benjamin Griveaux, qu'il appelle le 'wannabe' maire de Paris, est cousu de fil blanc. Il affirme dans Crépuscule ainsi que tous deux ont les “poches bien remplies”, qu'ils n’ont “rien démontré ni fait de leur vie”, et qu'ils ont fait “appel aux services de Mimi Marchand [patronne de l’agence Bestimage, ndlr] via Ramzy Khiroun, dirigeant de Lagardère Active (et donc patron de facto de Paris Match) pour leur peopolisation”.

À la question de savoir si son apparition dans cette affaire pourrait être liée à une certaine animosité à l'égard de Benjamin Griveaux, ou indirectement, Gabriel Attal, Juan Branco nous répond : “Vous me posez vraiment la question ? Je ne suis pas à ce point enragé envers Gabriel Attal, j’avais simplement des éléments pour enquêter sur lui en raison d’une proximité sociologique !”.

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