Depuis la révélation de la vidéo montrant un proche collaborateur d'Emmanuel Macron en train de violenter un manifestant lors d'une manifestation le 1er mai, deux enquêtes ont été ouvertes. Alexandre Benalla a été placé en garde à vue et fait désormais l'objet d'une procédure de licenciement.

Alexandre Benalla, en février dernier sur un déplacement d'Emmanuel Macron
Alexandre Benalla, en février dernier sur un déplacement d'Emmanuel Macron © AFP / JEAN-FRANCOIS MONIER

On l'appelle désormais "l'affaire Benalla" : depuis les révélations sur Alexandre Benalla, collaborateur du cabinet d'Emmanuel Macron accusé d'avoir frappé un manifestant le 1er mai dernier, l'Elysée doit faire face à sa première crise d'envergure. Après la révélation de la vidéo et de l'identité de l'homme que l'on voit casqué sur les images par le journal Le Monde, deux enquêtes ont été ouvertes pour déterminer les circonstances des faits. 

Vendredi matin, Alexandre Benalla a été placé en garde à vue, a annoncé le parquet, pour violences en réunion par personne chargée d'une mission de service public, usurpation de fonctions, port illégal d’insignes réservés à l'autorité publique, complicité de détournement d'images issues d'un système de vidéo protection. Dans ce dernier dossier, trois policiers ont été suspendus par la Préfecture de police. Ils sont soupçonnés d'avoir transmis à Alexandre Benalla des images de vidéosurveillance, alors même qu'il n'était pas supposé détenir ces images du plan de protection de la Ville de Paris. L'Elysée a annoncé l'ouverture d'une procédure de licenciement à son encontre "en raison de faits nouveaux portés à sa connaissance". 

L'ancien associé d'Alexandre Benalla, Vincent Crase, a également été placé en garde à vue. 

"Si l'affaire ne sort pas d'ici 15 jours, elle ne sortira jamais"

Du côté de l'Elysée, l'affaire embarrasse. Jeudi, Emmanuel Macron, en déplacement à Périgueux, a esquivé les questions des journalistes. Selon les informations de France Inter, il y a eu une succession de ratés, et ce dès le 2 mai, lorsque, Place Beauveau, Gérard Collomb est mis au courant. A l'époque, le ministre ne connait pas Alexandre Benalla : même pendant la campagne, cet historique de la macronie a rarement eu affaire à lui. Les services du ministère font parvenir l'information à l'Elysée, où des sanctions sont prises le 3 mai par le directeur de cabinet d'Emmanuel Macron.

Après cela, Gérard Collomb pense que tout est réglé. Au cabinet présidentiel, le nom d'Alexandre Benalla est évoqué en réunion, certains autour de la table considère que "si dans les 15 jours qui viennent l'affaire ne sort pas, elle ne sortira jamais". Les conseillers du président font alors le dos rond, et espèrent, sans trop y croire, que l'affaire tombera dans l'oubli.

Deux mois après, quand certains sont interrogés sur Benalla, ils ne parviennent pas à masquer leur effroi. Jusqu'à mercredi, où la sortie du Monde a été vécue presque comme un soulagement. "En pensant étouffer cette affaire, on connaissait les conséquences en cas de révélation", confie l'un d'eux : "il n'y a que des mauvaises solutions".

Deux enquêtes parallèles

D'un côté, l'IGPN, la "police des polices", va tenter de déterminer les circonstances qui ont permis à Alexandre Benalla, collaborateur de l'Elysée, d'intervenir au même titre que les forces de l'ordre lors de cette manifestation du 1er mai. Les mêmes questions se posent du côté judiciaire : une enquête a été ouverte par le parquet de Paris jeudi matin, et les premières auditions de témoins de la scène ont commencé dès l'après-midi. 

Les enquêteurs cherchent ainsi à confirmer si Alexandre Benalla a bien porté un brassard de police et un talkie-walkie, comme on a pu le voir sur certaines vidéos, voire s'il aurait pu se saisir d'une arme ou d'une matraque. Les enquêteurs cherchent aussi à savoir s'il a bénéficié de complicités, notamment celle de Vincent Crase, qui se trouvait lui aussi dans la manifestation, en tant qu'observateur. 

Reste encore la question des motivations de telles violences : pourquoi s'en prendre à ce jeune homme-là en particulier, alors qu'il est maîtrisé et à terre ? Alexandre Benalla et Vincent Crase risquent, dans le cas de poursuites, jusqu'à 3 ans d'emprisonnement et 45 000 euros d'amende.

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