[scald=107551:sdl_editor_representation]par Sophie Louet

PARIS (Reuters) - La "tentation Mélenchon" monte dans l'électorat de gauche, qui commence à s'affranchir du vote "efficace" en faveur de François Hollande avec le risque d'une qualification en demi-teinte du favori socialiste pour le second tour de la présidentielle.

Pour la première fois depuis le début de la campagne, le candidat du Front de gauche se hisse au rang de "troisième homme" du scrutin, devant la dirigeante du Front national Marine Le Pen, avec 14% d'intentions de vote dans un sondage BVA pour Orange, RTL et la presse régionale.

La résultante en est un resserrement des courbes entre François Hollande (29%, -1,5 point) et le président sortant Nicolas Sarkozy (28%, +2 points).

"Ce sondage est important car il a été effectué après la tuerie de Toulouse. Et le discours de Jean-Luc Mélenchon sur l'amour et la fraternité a été reconnu, par les Français interrogés, comme plus fort que celui sur la haine", souligne Eric Coquerel, conseiller de l'ancien socialiste, vendredi sur l'express.fr. "C'est aussi la confirmation de la réussite de la grande marche de la Bastille", estime-t-il.

Le tribun du Front de gauche, qui a franchi la semaine dernière la barre symbolique des 10%, a témoigné de sa montée en puissance en réunissant dimanche dernier à Paris plusieurs dizaines de milliers de partisans - 120.000, selon les organisateurs - qu'il a appelés à l'"insurrection civique".

"Il y a un vrai enthousiasme pour Jean-Luc Mélenchon, une tentation Mélenchon", confirme Gaël Sliman, directeur du pôle Opinion de BVA. "Il dispose d'un potentiel de vote énorme, mais ce qui le bloquait jusqu'à présent, c'était un réflexe de vote utile. Certains s'en sont abstraits", explique-t-il à Reuters.

LE PS RELATIVISE

Une évolution préoccupante pour l'entourage de François Hollande, qui a mis en garde contre la stricte expression d'une "colère" dans les urnes.

"Nous ne devons rien faire qui soit de nature à faire gagner Nicolas Sarkozy. Une campagne ce n'est pas un parcours de santé, c'est un combat, cela implique l'efficacité électorale la plus grande. Il faut donc rassembler dès le premier tour", insiste Bernard Cazeneuve, l'un des porte-parole du candidat socialiste.

Les enquêtes montrent toutefois que l'infidélité à François Hollande au premier tour ne le met pas en péril pour le second tour. Dans l'enquête BVA, par exemple, 93% des électeurs plébiscitant Jean-Luc Mélenchon au premier tour se reportent sur le candidat socialiste au deuxième tour.

"Le sécuritaire de droite va chez Sarkozy et le protestataire populaire va chez Mélenchon. Ça prend un peu de voix à François Hollande mais ça ne change pas le deuxième tour", relativise-t-on dans l'entourage du député de Corrèze.

Gaël Sliman juge ainsi "tout à fait possible" que François Hollande passe derrière Nicolas Sarkozy au premier tour "à cause de Mélenchon" sans que cela hypothèque ses chances de victoire.

Le problème dans cette campagne, note un responsable de la majorité, "c'est que personne n'a d'affect pour personne, contrairement à 2007. Personne ne fait rêver, alors Mélenchon, pourquoi pas..."

"Hollande peine à susciter une forme d'enthousiasme, du coup, la tentation d'aller vers Mélenchon est encore plus forte et comme en plus les sondages vous disent que pour le moment, de toute façon au second tour, Hollande l'emporte largement, ça bascule en faveur de Mélenchon", confirme Gaël Sliman.

"AU MOINS, IL A DES CHOSES À DIRE"

Se tourner vers le trublion à l'écharpe rouge et au verbe haut, c'est exprimer à moindre frais un désamour envers le héraut du rassemblement de la gauche, jugé "plan-plan" par Jean-Luc Mélenchon. "Il n'y a pas vraiment de problème ou de colère contre Hollande, il ne déçoit pas spécialement, mais il n'y a pas d'enthousiasme", selon Gaël Sliman.

Un phénomène dont l'UMP et son "champion" font leur miel.

Jean-Luc Mélenchon, "c'est pas mes idées, mais au moins il a des choses à dire, ce qui en campagne est quand même préférable", a ainsi commenté d'un ton acide Nicolas Sarkozy en marge d'un déplacement à Valenciennes (Nord).

Au Front de gauche, où les sondages sont considérés avec méfiance, on se félicite d'une "progression constante" des idées du candidat, qui parle d'une "mélenchonisation" des esprits.

Dans une tribune parue jeudi dans Libération, trois membres du conseil politique national du Nouveau parti anti-capitaliste (NPA) ont appelé à voter Jean-Luc Mélenchon, estimant que leur formation et son candidat Philippe Poutou, qui plafonne à 1% d'intentions de vote, prenaient "le chemin de la marginalité".

"Mélenchon a asséché le vivier d'extrême gauche, Arthaud et Poutou n'existent pas à cause de lui. Il a pris en outre sur (la candidate écologiste) Eva Joly", note Gaël Sliman.

Olivier Besancenot, ancien candidat de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR, devenue NPA en février 2009) aux présidentielles de 2002 et 2007, estime que Philippe Poutou doit "rester dans la course". Nathalie Arthaud (LO), quant à elle, ne voit pas de raison de s'effacer derrière Jean-Luc Mélenchon.

"Nous pensons que le capitalisme a fait son temps, pas Mélenchon", juge-t-elle dans Le Parisien.

Jean-Luc Mélenchon, en fédérant sur son nom une extrême gauche autrefois morcelée, prend des gages pour l'avenir. "Car quand bien même il se stabiliserait autour de 10%, il pèserait suffisamment lourd pour sacrément se faire entendre et disposer d'éléments de négociation" dans un gouvernement de gauche, tranche Gaël Sliman.

Avec Elizabeth Pineau à Tulle et Emmanuel Jarry à Valenciennes, édité par Patrick Vignal

Mots-clés :

Derniers articles


Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.