Selon le porte-parole du gouvernement, "aucun patron d'aucun parti d'opposition n'a eu de réaction suite à l'intrusion dans [son] ministère" ou dans des mairies et préfectures, dénonçant une "capitulation morale et intellectuelle" des opposants. Une affirmation largement exagérée.

Benjamin Griveaux le 4 janvier 2019 au palais de l'Élysée
Benjamin Griveaux le 4 janvier 2019 au palais de l'Élysée © AFP / Ludovic Marin

Ce lundi matin sur France Inter, Benjamin Griveaux n'avait pas de mots assez durs pour dénoncer le "silence assourdissant" de l'opposition sur l'intrusion de plusieurs manifestants dans son ministère, samedi 5 janvier. "Aucun patron d'aucun parti d'opposition n'a eu de réaction", assure-t-il. "Ils sont en train d'essayer de récupérer et d'instrumentaliser politiquement la colère des gens. Ceux-là ont quitté le champ républicain."

L'affirmation est exagérée. Des réactions, il y en a en effet eu ce week-end, même si elles sont parfois allusives, de la part des porte-paroles de plusieurs partis d'opposition. Rien de particulièrement surprenant à cela : le dimanche, ce sont bien souvent eux qui sont en première ligne pour les réactions politiques. 

Des porte-paroles ont condamné l'intrusion, de façon parfois allusive

La porte-parole des Républicains a condamné des "violences inadmissibles" mais sans parler de l'intrusion spécifiquement et en pointant la responsabilité de l'exécutif dans cette crise :

Le porte-parole du Parti socialiste, a estimé, de façon très claire, "qu'aucune contestation ne justifie [...] d'attaquer un ministre, de casser, de brûler"...

Et Manuel Bompard, porte-parole de la France Insoumise, a appelé, selon BFMTV, à "ne pas résumer l'ensemble de la mobilisation des "gilets jaunes" à ces actes qu'il faut condamner".

Des patrons de partis ont bien réagi sur "les violences"

Certains leaders des partis d'opposition ne sont pas restés totalement muets sur la question.

Nicolas Dupont-Aignan, député de l’Essonne et président de Debout la France, avait réagi dès samedi, dénonçant les violences "des deux côtés", "condamnables et qui doivent être condamnées".

Tout comme Laurent Wauquiez, le président des Républicains, qui réagissait plus précisément à l'agression d'un policier par un manifestant, tout en élargissant son propos à la violence plus généralement : "Ce n'est pas comme cela qu'on défend ses idées".

Plus tardivement, ce lundi matin, le Premier secrétaire du PS Olivier Faure a réagi sur France 2, à peu près au moment où Benjamin Griveaux était sur notre antenne. "La violence est inacceptable en démocratie", rappelle-t-il.

Les violences régulièrement dénoncées... y compris chez la France Insoumise

Lundi matin, Benjamin Griveaux a tout particulièrement ciblé le mouvement de Jean-Luc Mélenchon, en estimant que ce dernier est sorti "du champ républicain". Sauf erreur de notre part, Jean-Luc Mélenchon n'a pas pris la parole sur l'intrusion de samedi. Il répète néanmoins régulièrement que la mobilisation des "gilets jaunes" doit rester non-violente. "Si nous nous opposons à la violence, c'est parce qu'elle écarte du mouvement de nombreuses personnes et parce qu'elle donne des moyens de pression à l'adversaire", expliquait-il par exemple le 8 décembre.

Outre Manuel Bompard, Danielle Simonnet, "oratrice nationale" de la France Insoumise, a assuré samedi en fin de journée que "la méthode pacifique est la plus efficace", sans évoquer spécifiquement l'intrusion dans le ministère de M. Griveaux.

Bref, même si ces réactions sont parfois allusives et ne vont pas à 100 % dans le sens du gouvernement (elles affirment souvent qu'il a sa part de responsabilité dans la radicalisation du mouvement, ou encore les mettent en parallèle avec les violences policières), il est faux de dire qu'"Aucun patron d'aucun parti d'opposition n'a eu de réaction".

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