La rencontre prévue ce mardi matin, au Sénat, entre des sénateurs et une délégation de "gilets jaunes", dont Eric Drouet, au sujet de la privatisation programmée d'Aéroports de Paris (ADP) a été annulée à la dernière minute. La présence d'Eric Drouet n'était pas prévue, indique le Sénat, ce que dément l’intéressé.

Eric Drouet, l'un des leaders des "gilets jaunes" a dénoncé une pression gouvernementale après l'annulation d'un rendez-vous au Sénat, entre des sénateurs et une délégation de "gilets jaunes"
Eric Drouet, l'un des leaders des "gilets jaunes" a dénoncé une pression gouvernementale après l'annulation d'un rendez-vous au Sénat, entre des sénateurs et une délégation de "gilets jaunes" © AFP / BERTRAND GUAY

Une délégation de "gilets jaunes", dont Eric Drouet, reçue au Sénat pour parler de la privatisation d'Aéroports de Paris (ADP) : l'annonce de cette audition, lundi soir, avait surpris la classe politique et immédiatement provoqué un tollé, en particulier au sein du gouvernement. Julien Denormandie, ministre de la Cohésion des Territoires, assurait ne pas comprendre cette décision. "Que Monsieur Drouet soit reçu au Sénat, ça me heurte, a-t-il déclaré sur CNEWS. Pas parce qu'il est 'gilet jaune'. Mais parce que cet individu a appelé à marcher sur l'Élysée. Il n'arrête pas d'appeler à la violence. Il ne représente rien de démocratique."

Bruno Le Maire, le ministre de l'Économie, s'était lui aussi interrogé sur la légitimité de cette visite au Sénat. "Il est spécialiste du sujet ?, s'est étonné le ministre, ce mardi, sur franceinfo. Il est membre d'Aéroports de Paris ? Il est salarié d'Aéroports de Paris ? À quel titre est-ce qu'on l'interroge ? Le Sénat veut se faire remarquer, ou veut-il faire avancer le débat politique ? Je ne trouve pas cette invitation responsable."

Eric Drouet n'était pas invité, selon le Sénat

La réunion n'aura finalement pas lieu. Prévue ce mardi matin, à 10h30, elle a été annulée une demie-heure avant, officiellement pour "risque de troubles à l'ordre public".

La sénatrice UDI et présidente de la commission spéciale sur la loi Pacte, Catherine Fournier, à l'origine de cette invitation, explique qu'elle a préféré annuler le rendez-vous quand Eric Drouet, l'une des figures des "gilets jaunes" s'est greffé à la délégation. Il n'était pas prévu initialement qu'il participe à la réunion, ajoute-t-elle. Elle n'aurait découvert sa présence dans la délégation que lorsqu'il a lui-même médiatisé sa venue, lundi soir, en annonçant une manifestation devant le Sénat, dans l'après-midi. Ce que dément le groupe Opérations Spéciales GJ, sur sa page Facebook, indiquant qu'un "e-mail avait été envoyé au bureau de Mme Fournier en fin de semaine dernière" pour faire part de "la présence d'Eric Drouet au sein de la délégation" de "gilets jaunes".

La délégation de "gilets jaunes" dénonce des pressions

L'un des membres de cette délégation, Philippe de Veulle, également avocat de plusieurs "gilets jaunes" blessés lors des manifestations, assure sur BFMTV que la rencontre a été annulée au "dernier moment" pour des motifs de "médiatisation" de l'affaire. "J'ai reçu un coup de téléphone du directeur de cabinet du président du Sénat pour me dire que la rencontre était annulée, alors que tout avait été prévu déjà depuis une bonne semaine, dit-il. Nous prenons acte de cette annulation et nous sommes très déçus. Il me semble qu'il y a des motifs politiques de haut niveau, des interférences, ce qui est fâcheux dans l'esprit d’apaisement dans lequel on était."

Le principal intéressé, Eric Drouet, a déclaré devant la presse ne "pas en vouloir au Sénat", car cette annulation, dit-il, "vient de plus haut". Il vise le gouvernement. "Le Sénat était ouvert à la discussion mais pas le gouvernement. Ça gêne le gouvernement que l'on remette en question son choix de vendre les Aéroports de Paris."

Le texte débattu au Sénat ce mardi

Une manifestation des "gilets jaunes" est prévue à 14h30, devant le Sénat, pour dénoncer le projet de privatisation d'Aéroports de Paris, alors que les sénateurs doivent entamer, ce mardi après-midi, l'examen du projet de loi Pacte, en nouvelle lecture. Mais les débats devraient tourner court, puisque la commission spéciale va proposer une motion tendant à opposer la question préalable. Si elle est adoptée, ce qui ne fait guère de doute, cette motion entraînera le rejet du texte d'emblée.

En première lecture, le Sénat s'était déjà opposé à plusieurs mesures phare du texte, notamment la privatisation d'ADP et de la Française des jeux. Le texte doit être adopté définitivement par le Parlement jeudi, via un ultime vote de l'Assemblée nationale, qui a le dernier mot.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.