Jean-Luc Mélenchon n'est pas le seul député "claqué" de l'Assemblée. Vacances amputées d'une semaine, les parlementaires ont-ils vraiment trop de travail ?

Jean-Luc Mélenchon a vraiment besoin de vacances.
Jean-Luc Mélenchon a vraiment besoin de vacances. © Radio France / JEAN-LUC MELENCHON / YOUTUBE

"Vous avez plage maintenant là ? Vous avez de la chance, moi la séance va reprendre" lance Jean-Luc Mélenchon dans une vidéo publiée sur sa chaîne YouTube. Le député de la France Insoumise est mécontent de la prolongation de la séance exceptionnelle à l'Assemblée. "On a tous annulé nos locations" souffle le candidat à la présidentielle, hué ensuite sur les réseaux sociaux.

Théorie : 3 mois de vacances

Beaucoup sont convaincus que les 577 parlementaires profitent chaque été de trois longs mois de vacances : la "session ordinaire" ou unique, commence "le premier jour ouvrable d’octobre et s'achève au dernier jour ouvrable de juin" selon la Constitution. La pratique est différente de la théorie. Les "sessions extraordinaires" réunies à la demande du Premier ministre ou de la majorité des députés, "sur décret du président de la République et pour un ordre du jour déterminé" sont de plus en plus courantes. Les séances à l'Assemblée s'arrêtent plus souvent aujourd'hui à la mi-juillet selon plusieurs députés sortants, pour reprendre à la mi-septembre en session extraordinaire également.

"Le record" de la plus courte pause parlementaire date de 2012 : les sessions se sont terminées le 31 juillet et ont repris le 11 septembre. Mais cette année avec En Marche, on est en passe d'enregistrer un nouveau record. Les séances devaient finir le 3 août, mais le gouvernement en a prévu une nouvelle, le 9 août. "Inhabituel et injustifié" pour le député communiste du Puy de Dôme André Chassaigne, en poste depuis plus de 15 ans. Pour lui, "c'est de la communication. Pour dire : regardez, le gouvernement tient ses engagements avec énergie. Sous entendu, les élus doivent se mettre au travail, comme s'ils ne travaillaient pas avant". Dans sa vidéo, Jean-Luc Mélenchon ne se prive pas non plus d'attaquer le gouvernement, "c'est pas la peine de parler de rénovation de la vie politique si vous ne laissez pas les gens se reposer" balance-t-il à partir de 35:28.

Alors que font-ils l'été ?

Car non, les députés n'ont pas attendu la République En Marche pour se mettre au travail l'été, "quelle que soit leur sensibilité politique" précise le député GDR. La version est la même d'un bout à l'autre de l'opposition. Une semaine type en session unique, (d'octobre à juin) est partagée de cette façon pour André Chassaigne :

  • Le lundi, le vendredi et le samedi : le député reste dans sa circonscription pour assurer les permanences, prendre des rendez vous avec les communes, se déplacer sur le terrain, rencontrer les citoyens.
  • Le mardi, mercredi et jeudi : direction l'Assemblée Nationale.
  • Le dimanche : manifestations publiques et repos.

Un temps de travail partagé entre les circonscriptions et le Palais-Bourbon. Alors l'été, les parlementaires en profitent donc pour passer l'ensemble de leur temps sur leur territoire : du lundi au samedi. "C'est un temps pour rencontrer les maires ou prendre rendez vous avec les habitants" explique Annie Genevard, députée-maire de Morteau. La parlementaire Les Républicains prend traditionnellement "une dizaine de jours" de vacances "début août", avant de se consacrer à sa circonscription jusqu'à la rentrée.

En septembre, si la séance à l'Assemblée Nationale n'a pas repris, l'agenda des députés est toujours chargé. Fin août - début septembre, vient le temps des universités, des séminaires de rentrée, des prévisions budgétaires. "Si on ne quitte pas la circonscription, c'est sûr qu'on est sollicité pour des festivals, des vernissages, des fêtes de villages, etc. " explique André Chassaigne. D'où l'obligation de poser des vacances, comme tout le monde.

Dur, dur, d'être député

"Autrefois, les sessions parlementaires étaient beaucoup plus courtes, c'est ce qu'on m'a raconté" explique Annie Genevard. "Il a donc été décidé de créer une session unique pour éviter les séances de nuits. Résultat maintenant : on a les sessions uniques et des sessions extraordinaires avec séances de nuit !" lance la députée-maire de Morteau. Elle ajoute "en voulant donner des gages à l'opinion publique avec cette loi de moralisation, nous voilà maintenant accusés, à cause de la déclaration de Mélenchon, de vouloir partir en vacances".

Effectivement, le problème relève une nouvelle fois de la moralisation de la vie politique confirme le communiste André Chassaigne. "C'est un jonglage permanent pour être présent en circonscription et sur le vote des textes", l'opinion publique reprochant aux députés d'être trop souvent absent sur les bancs de l'Assemblée, ou dans leur permanence. Malheureusement, personne n'a encore pensé à utiliser les hologrammes de Jean-Luc Mélenchon en ce sens.

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