C'est la deuxième fois dans l’histoire de la Ve République que l’extrême-droite est au second tour de l’élection présidentielle. Mais 2017 n’a rien à voir avec 2002.

Les unes de la presse au lendemain de la qualification de Jean-Marie Le Pen au second tour de la présidentielle le 21 avril 2002
Les unes de la presse au lendemain de la qualification de Jean-Marie Le Pen au second tour de la présidentielle le 21 avril 2002 © AFP / Jacques Guez

Stupeur à 20 heures le 21 avril 2002 : les Français découvrent les visages des deux candidats qui s’affronteront deux semaines plus tard, pour le second tour de l’élection présidentielle. Si celui de Jacques Chirac, alors président de la République, était attendu, celui de Jean-Marie Le Pen est une totale surprise. Aucun sondage ne l’avait donné présent pour le vote final. S’ensuivent deux semaines inédites dans l’histoire de France.

Des manifestations quotidiennes contre le Front national

Dès le soir du 21 avril, des milliers de Français descendent spontanément dans les rues, pour protester contre la présence du Jean-Marie Le Pen au second tour. Rappelons que le score du Front national est alors légèrement supérieur à celui du Parti socialiste et de son candidat Lionel Jospin : 16,86% contre 16,18%.

Pendant dix jours, les cortèges ne vont cesser d’augmenter. Dès le lendemain de l’annonce des résultats, les lycéens et étudiants sont des milliers à battre le pavé. À Sciences Po Paris, une grève générale est même déclarée.

ÉCOUTER | Le reportage d'Hélène Chevallier à Sciences Po Paris où la mobilisation cette année est bien loin de celle de 2002 :

Le 24 avril, ce sont 60 000 personnes qui défilent dans les rues des grandes villes, 250 000 le lendemain, le jeudi 25 avril. Le 27 avril, 200 000 manifestants sont rassemblés dans les grandes villes. Un mouvement qui atteint son apogée le 1er mai, entre 1,3 et 2 millions de personnes protestent dans toute la France contre le Front national, dont 400 000 (900 000 selon les organisateurs) rien qu’à Paris.

Pour son traditionnel défilé du 1er-Mai, le FN rassemble lui entre10 000 et 100 000 sympathisants.

Pas de débat

Deux jours après avoir appris que ce n’est pas son Premier ministre de l’époque, Lionel Jospin, mais le candidat du Front national qui sera son adversaire le 5 mai 2002, Jacques Chirac annonce, lors d’un meeting à Rennes, le 23 avril, où il lance sa campagne du second tour, qu’il refuse de débattre avec Jean-Marie Le Pen :

Pas plus que je n’ai accepté dans le passé d’alliance avec le FN (…) je n’accepterai demain de débat avec son représentant. Je ne peux pas accepter la banalisation de l’intolérance et de la haine.

En réponse, Jean-Marie Le Pen déclare dans une interview à France 3 :

C’est une pitoyable "dégonflade", moi je lui offrais un duel et quand un adversaire d’un duel est considéré comme s’étant retiré, il est déshonoré.

C’est la première fois depuis 1974 (premier débat télévisé du genre en France qui opposait alors Valéry Giscard-d’Estaing et François Mitterrand) que les deux candidats finalistes d’une élection présidentielle ne s’affrontent pas dans un débat télévisé pendant l’entre-deux-tours.

Un appel unanime à voter Chirac

À gauche, les appels à voter pour le candidat de la droite sont quasi-unanimes : Dominique Strauss-Kahn et Laurent Fabius pour le Parti socialiste, Noël Mamère pour les Verts, le Parti communiste et celui qui a longtemps été considéré comme le "troisième homme" dans les sondages, Jean-Pierre Chevènement. Seule Arlette Laguiller, la candidate de Lutte ouvrière, n’avait pas appelé à voter pour Jacques Chirac, tout en disant vouloir combattre le Front national. De très nombreux syndicats ou associations ont aussi lancer des appels à se prononcer contre Le Pen au second tour.

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