Cela ressemble à une forme de pression sur notre rédaction : le ministre de la Justice a personnellement contacté notre cellule investigations, en pleine enquête sur son parti.

François Bayrou lors de la presentation de la loi de moralisation de la vie publique le 1er juin 2017
François Bayrou lors de la presentation de la loi de moralisation de la vie publique le 1er juin 2017 © Maxppp / Aurelien Morissard

Tout s'est passé mercredi après-midi, quelques heures avant la diffusion par France Inter de révélations sur des soupçons d'emplois fictifs d'assistants parlementaires européens au MoDem, le parti mené par François Bayrou, devenu garde des Sceaux depuis. Jacques Monin, directeur de la cellule investigations de Radio France, reçoit un coup de téléphone du ministre lui-même : "Il s'est plaint auprès de moi en expliquant que des journalistes de la direction de l'investigation auraient des méthodes inquisitrices, qu'ils jetteraient le soupçon sur des salariés du MoDem en les interrogeant de manière abusive. Il explique qu'il voit passer dans son bureau des salariés qui pleurent, et qu'il se doit de les protéger..."

► ÉCOUTER | Les explications de Jacques Monin dans le journal de 19h

Une réaction surprenante qui ne s'arrête pas là, explique Jacques Monin.

Le garde des Sceaux ajoute qu'il étudie, avec ses avocats, la possibilité d'une qualification de harcèlement.

Une qualification pénale, qui pourrait être interprétée comme une pression directe sur les journalistes de la cellule, ce que lui rappelle son directeur."Je lui explique que la description qu'il fait du comportement des journalistes de la cellule investigations ne correspond pas à ce que je sais de leur manière de travailler. Et qu'en tout état de cause, il était hors de question de leur demander d'arrêter leur enquête." Bien entendu, il assure aussi François Bayrou que "si notre travail devait le concerner, nous lui proposerions, comme nous le faisons toujours, de s'exprimer".

Une pression à peine déguisée ? Le ministre de la Justice balaie l'accusation : "Ce n’est pas une menace, ni de l’intimidation", explique-t-il à nos confrères de Mediapart. "J’ai seulement dit que je trouvais cela choquant. Ce n’est pas le ministre de la Justice ni le président du MoDem qui a appelé, c’est le citoyen."

Fin mai, le ministre de la Justice avait déjà provoqué une vive émotion chez les magistrats en reprenant sur son compte Twitter un communiqué de Marielle de Sarnez sur une enquête la visant, ce qui pouvait là encore ressembler à une pression, le parquet étant directement sous l'autorité du ministre. Le cabinet de François Bayrou avait alors déjà assuré qu'il s'agissait d'un soutien strictement personnel, indépendamment de ses nouvelles fonctions. Ces dernières avaient d'ailleurs été rapidement effacées de la description de son compte...

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