l'exécutif face à une opinion impitoyable
l'exécutif face à une opinion impitoyable © reuters
par Elizabeth Pineau PARIS (Reuters) - La victoire du Front national à la cantonale de Brignoles et l'élimination d'une ministre à la primaire PS de Marseille interpellent l'exécutif, qui cherche le bon ton face à une opinion impitoyable à cinq mois des élections municipales. Si "Brignoles n'est pas la France", dit Jean-Marc Ayrault, qui accuse l'UMP d'avoir cédé à l'extrême droite et si Marie-Arlette Carlotti garde "toute sa place au gouvernement", comme l'assure aussi le Premier ministre, ces résultats sont un sérieux avertissement pour le pouvoir. "Tous les sondages montrent que mois après mois, le couple exécutif s'enfonce dans une impopularité record", note Jérôme Fourquet, directeur du Département opinion publique à l'Ifop. "Il y a un état d'exaspération absolu, l'opinion a un regard impitoyable. L'électorat socialiste ne va pas voter, ceux du FN et de l'UMP sont excessivement remontés, avec une très forte envie d'en découdre. La combinaison des deux fait les résultats spectaculaires auxquels on assiste en ce moment", dit-il. François Hollande a analysé le résultat de Brignoles d'Afrique du Sud, où il est en visite d'Etat. "La seule réponse, c'est d'obtenir des résultats, des résultats sur l'emploi, sur la croissance, sur la sécurité, sur la solidarité. Obtenir des résultats, c'est même une obligation", a-t-il dit. Trouver le bon ton face aux électeurs douchés par les hausses d'impôts, sentiment d'insécurité et autres annonces de licenciements chez Alcatel ou Gad, telle est la question. Depuis qu'il a proclamé, le 14 juillet, "la reprise est là", François Hollande tente de se tenir à la ligne d'une embellie économique à même de relancer son quinquennat. Mais ce discours ne fait pas obstacle à la montée du Front national, annoncé en force aux municipales et en tête aux européennes, devant l'UMP et le PS, dans un récent sondage Ifop. BARTOLONE SE DÉMARQUE "L'embellie est à peine naissante, elle n'est pas encore confirmée", tempère un conseiller du président. "Depuis 1983, date à laquelle il a commencé à prospérer, le Front national se nourrit de la désespérance sociale, de la désindustrialisation, de la défiance vis-à-vis du politique", ajoute-t-il. "Il faut redonner confiance et espoir, le sentiment que la politique peut servir à faire reculer le chômage et améliorer la situation du plus grand nombre". Un autre proche du chef de l'Etat renchérit: "Les municipales vont se jouer sur le bilan des maires sortants et sur une ambiance économique. Ce qui va compter c'est l'inversion de la courbe du chômage et le sentiment d'une reprise". Une ligne de laquelle se démarque Claude Bartolone. "Nous ne sommes pas là simplement pour être les mécaniciens de la machine économique. On est là aussi pour s'identifier à un projet de société", a dit le président de l'Assemblée nationale à Bondy, lundi, en marge d'une visite du Premier ministre. En attendant, malgré le léger mieux constaté dans les dernières statistiques, près des deux tiers des Français -64% dans un sondage CSA pour RTL- ont le sentiment que l'économie ne redémarre pas. Ils sont 84% à ressentir le "ras-le-bol fiscal", leitmotiv de la rentrée lancé par le ministre de l'Economie, Pierre Moscovici, lui-même. LA POLITIQUE PAR LA PREUVE "Aujourd'hui, c'est la politique par la preuve. Tant qu'il n'y a pas de résultat tangible en matière d'économie, de sécurité, d'immigration, de prise en considération de tout un électorat populaire, le FN aura de beaux jours devant lui", note Jérôme Fourquet. "Il faut des résultats économiques visibles, sachant qu'il y a un délai de latence entre l'embellie et ses retombées politiques". Le ressentiment est aussi personnel, avec des cotes de popularité de François Hollande et Jean-Marc Ayrault à des niveaux planchers, à moins de 30% de satisfaits. Conséquences sur le terrain, le chef de l'Etat doit compter avec les interpellations, revendications et huées de ses concitoyens lors de ses déplacements en région. Il y a quelques jours à Saint-Etienne, le président promettait d'être la voix de ceux que l'on n'entend jamais pour les faire échapper à l'escarcelle de l'extrême droite. "Le rôle de la République, c'est de donner un nom aux anonymes, un nom citoyen", déclarait-il. "Marine Le Pen parle des 'invisibles', comme autrefois on parlait des 'sans-grade' et des 'sans-voix', c'est la même idée", remarque Jérôme Fourquet. Manuel Valls, ministre préféré des Français, prône quant à lui le "parler clair" qui ose "nommer les choses", à l'image de ses propos controversés sur l'intégration de la minorité rom. L'échec de Marie-Arlette Carlotti à Marseille, où Samia Ghali affrontera Patrick Mennucci au second tour de la primaire, augure d'une campagne difficile pour les ministres en lice lors des élections du printemps, comme Vincent Peillon aux européennes. "A part Manuel Valls, très peu de ministres vont aller sur le terrain soutenir des candidats socialistes, qui vont tout faire pour séparer le contexte local du national", prédit Jérôme Fourquet. Avec Marine Pennetier et Julien Ponthus, édité par Yann Le Guernigou
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