[scald=19855:sdl_editor_representation]par Emmanuel Jarry

PARIS (Reuters) - L'UMP revient à la charge sur les 35 heures et propose d'en finir en trois ans avec la durée légale du travail par la négociation d'entreprise, au risque d'embarrasser l'Elysée à 10 mois de l'élection présidentielle.

Dans un document présenté mardi à une convention sur "l'avenir de la démocratie sociale", le parti présidentiel suggère parallèlement de transférer sur la contribution sociale généralisée (CSG) ou la TVA 12 milliards d'euros d'allègements de cotisations sociales, aujourd'hui à la charge de l'Etat.

Le secrétaire général de l'UMP, Jean-François Copé, et l'aile libérale du parti majoritaire avaient déjà tenté en janvier de relancer le débat sur la semaine de travail de 35 heures, instaurée, à la fin des années 1990, par le gouvernement de gauche de Lionel Jospin.

Cette tentative s'était heurtée à une fin de non recevoir de Nicolas Sarkozy, qui juge avoir vidé de leur substance les 35 heures, notamment en défiscalisant les heures supplémentaires.

"Aujourd'hui, les 35 heures uniformes et obligatoires n'existent plus", avait déclaré le chef de l'Etat.

L'UMP habille sa nouvelle tentative de rouvrir le dossier en proposant la tenue d'"Assises de la nouvelle démocratie sociale" au début du prochain quinquennat.

Ces assises réuniraient le gouvernement et les partenaires sociaux et auraient notamment pour objectif de répartir ce qui relève, dans le champ social, de la loi et de la négociation.

Parmi les sujets prioritaires à mettre en négociation, le document élaboré sous la houlette d'Hervé Novelli, le très libéral secrétaire général adjoint de l'UMP, mentionne la durée et les conditions de travail, le financement de la protection sociale et la sécurisation des parcours professionnels.

SUJET SENSIBLE

L'UMP espère faire accepter cette démarche par les syndicats en mettant également au menu des assises un financement de ces organisations sur le modèle de celui des partis politiques.

Un deuxième document, signé Hervé Novelli, qui prend pour illustration de ce projet la durée du travail, confirme que, "pour l'UMP, la sortie des 35 heures est une occasion unique pour moderniser en profondeur (la) démocratie sociale."

Il propose ainsi la fixation de la durée du travail par des conventions négociées au niveau des branches et des entreprises et non plus par la loi, "dans un délai de trois ans maximum".

Il recommande dans le même temps la suppression progressive des exonérations de cotisations pour les heures supplémentaires.

C'est là semble-t-il que le bât blesse, pour l'Elysée, outre la sensibilité générale du sujet en année pré-électorale.

"Il n'est pas question de revenir sur la défiscalisation des heures supplémentaires parce que c'est plus de pouvoir d'achat pour les Français", dit-on dans l'entourage présidentiel.

"Hervé Novelli n'est pas missionné pour s'exprimer au nom du président de la République", ajoute-t-on de même source.

Le député a été reçu lundi par le secrétaire général de l'Elysée, Xavier Musca. "Ce que l'Elysée ne veut pas, c'est qu'on présente cette proposition comme une proposition du président de la République", confirme un dirigeant du parti.

LE MEDEF VEUT GARDER LES ALLÈGEMENTS

Interrogé mardi par Europe 1 sur les propositions de l'UMP, le ministre du Travail s'est montré d'une grande prudence, tout en se présentant en "farouche opposant des 35 heures".

"On sait qu'on doit baisser le coût du travail mais pas au prix de la baisse du pouvoir d'achat des salariés", a déclaré Xavier Bertrand. Et "si c'est en revenant sur les exonérations de charges pour les entreprises, on n'aura rien gagné."

"C'est le candidat (...) qui choisira de toute façon ce qu'il veut faire et le président de la République a toujours été clair : on ne revient pas sur le pouvoir d'achat des salariés ni sur les besoins des entreprises", a ajouté Xavier Bertrand.

La présidente de la principale organisation patronale, le Medef, soutient pour sa part l'idée d'une durée du travail négociée au niveau des branches et des entreprises mais pas au prix d'une suppression des allègements de charge.

"Nous gagnerions en adaptabilité si la durée du travail devenait une durée conventionnelle", a déclaré Laurence Parisot lors de sa conférence de presse mensuelle. "C'est une approche qui pourrait être gagnante-gagnante."

Mais "les allègements de charges ne sont pas un cadeau, c'est une nécessité", a-t-elle ajouté. "Il ne faut pas avancer avec cette façon de manier la carotte et le bâton."

Avec Elizabeth Pineau et Sophie Louet, édité par Yves Clarisse

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