[scald=65559:sdl_editor_representation]par Sophie Louet

PARIS (Reuters) - L'imbroglio nucléaire qui a déchiré socialistes et écologistes ébranle la candidature de François Hollande et affaiblit grandement celle d'Eva Joly, au point que la majorité se prend de nouveau à croire en une victoire en 2012.

Au mieux cet épisode ternit temporairement l'image du candidat socialiste, au pire il jette durablement le doute sur sa stratégie jusqu'au soir du premier tour de l'élection présidentielle, le 22 avril prochain, estiment des analystes.

L'eurodéputé écologiste Daniel Cohn-Bendit a résumé le second scénario d'un mot, la "ségolénisation", en référence à la campagne ratée de la socialiste Ségolène Royal en 2007.

"L'épisode laisse une très mauvaise impression, un sentiment d'impréparation, ce n'est pas très bon pour l'image de François Hollande, ça fait craindre aux électeurs de gauche le symptôme d'une campagne qui va mal partir", estime Gaël Sliman, directeur du pôle Opinion de BVA.

"Ça aurait presque pu être un atout pour Hollande s'il l'avait géré différemment, parce qu'on pouvait avoir le sentiment que, finalement, il avait gagné son bras de fer avec (la candidate écologiste) Eva Joly sur l'EPR", ajoute-t-il.

Mais le candidat socialiste a prêté le flanc à toutes les critiques, dans son camp et à droite, en semblant s'abstraire de la cacophonie sur l'avenir de la filière Mox, ce combustible nucléaire au coeur de la querelle sur le contrat de mandature difficilement conclu mardi soir.

"L'ERREUR DE SÉGOLÈNE ROYAL"

Retiré in extremis du texte de l'accord à la demande de François Hollande, à l'insu des écologistes, un paragraphe ambigu sur l'avenir du Mox en France a finalement été réintégré jeudi avec des précisions après 48 heures de psychodrame et un silence embarrassé du candidat socialiste, dont la parole et la crédibilité sont désormais mises en doute.

La droite, qui fait son miel des premiers faux pas du favori des sondages, trouve là une arme de choix contre lui.

Pour Jean-François Copé, secrétaire général de l'UMP, François Hollande "ne tient pas la barre de son camp".

S'il "n'est pas capable de négocier avec EELV, qu'est-ce que ce sera avec (Angela) Merkel ou (Barack) Obama?", a lancé sur LCI le député UMP de Paris, Claude Goasguen.

Le Premier ministre, François Fillon, a estimé vendredi, lors d'un déplacement à Moscou, que l'accord PS-EELV (Europe-Ecologie-Les Verts) était "une grande défaite" pour le Parti socialiste et son candidat.

"Hollande a laissé le PS négocier avec les écologistes - heureusement pour lui, on est en amont du dur de la campagne - mais il va devoir dorénavant donner des signes que pour tout ce qui concerne la séquence politique jusqu'au 2e tour de la présidentielle, c'est lui qui donne le 'la'", souligne Stéphane Rozès, président de Cap (Conseil, analyses et perspectives).

De fait, le candidat socialiste, qui avait prévu d'entrer dans le vif de sa campagne en présentant mercredi son équipe, se retrouve fragilisé.

Son entourage s'est relayé vendredi dans les médias pour défendre son autorité, son indépendance - des écologistes accusent François Hollande d'être aux ordres du groupe nucléaire Areva - et sa longueur de vue, mais sa réputation de candidat "sérieux" est écornée.

"Très curieusement, il a l'air de répéter l'erreur de Ségolène Royal. Elle avait deux mois d'avance de campagne sur Nicolas Sarkozy (après sa victoire à la primaire socialiste en 2007-NDLR), mais elle n'a rien fait", relève un haut responsable de la majorité, qui ne boude pas son plaisir.

Patrick Ollier, ministre des Relations avec le parlement, assure que "les députés UMP sont en train de reprendre confiance".

"TROU NOIR" ET "COULEUVRE"

Un ancien candidat à l'élection présidentielle analyse cette mauvaise passe : "Après la primaire, il y a un trou noir psychologique. Le vainqueur a l'impression que c'est fini, or la campagne n'a pas commencé".

Stéphane Le Foll, chargé de l'organisation de la campagne du candidat socialiste, réfute ce raisonnement.

"Il y a eu la campagne primaire, maintenant il va y avoir la présidentielle. On marque clairement la différence entre les deux. François Hollande n'est pas un premier secrétaire-bis".

En négociant avec les écologistes le maintien du programme de réacteur nucléaire de troisième génération (EPR), dont Eva Joly réclamait l'abandon, contre 60 circonscriptions pour la plupart aisément gagnables, en vue des législatives, François Hollande se serait lié les mains, contrairement à François Mitterrand qui avait orchestré l'union de la gauche en 1981.

"A une présidentielle, le candidat ne peut pas donner le sentiment qu'il est tenu par quelconque autre pacte que sa relation directe avec les Français", juge Stéphane Rozès.

A cette aune, la grande perdante du cafouillage de cette semaine est Eva Joly, désormais liée par un contrat qu'elle n'a pas négocié et que ses convictions réprouvent.

"Eva Joly avale une énorme couleuvre, c'est un cruel désaveu pour elle. De là à renoncer, c'est une autre question", résume Gaël Sliman, alors que la candidate écologiste s'est retirée de la scène médiatique.

Pour Stéphane Rozès, "il n'y a plus de raison de voter Eva Joly, parce que quand elle va s'exprimer dorénavant, soit elle donne une justification à voter pour elle en disant que ce contrat ne va pas - auquel cas elle contredit la direction d'EELV -, soit elle dit que ça va, et il n'y a aucune raison de voter pour elle".

Avec Elizabeth Pineau, édité par Yves Clarisse

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