[scald=219467:sdl_editor_representation]PARIS (Reuters) - Les syndicats CGT, FO, FSU et Solidaires, ainsi que la gauche de la gauche, testent leur force mardi face à l'exécutif français dans des manifestations contre la réforme du marché du travail.

Dans une rare démonstration d'unité contre un texte signé le 11 janvier par les organisations patronales et trois autres syndicats de salariés -CFDT, CFTC et CGC- les frères ennemis de la CGT et de Force ouvrière défileront ensemble.

"Nous sommes d'accord sur le diagnostic, la nocivité de ce texte susceptible d'être traduit dans un texte de loi qui va être examiné par le conseil des ministres demain", a dit sur France Inter le secrétaire général de la CGT, Bernard Thibault.

"Dès lors que nous considérons (...) que l'enjeu est beaucoup plus important que toutes les différences qu'on peut avoir, il était nécessaire de réunir nos forces."

Il a émis l'espoir que les 174 manifestations programmées rassembleraient "plusieurs centaines de milliers de personnes".

"Quand on est d'accord, on ne se pose pas de question, on est ensemble, on se bagarre ensemble", a renchéri sur la même radio son homologue de FO, qui juge l'accord national interprofessionnel (ANI) du 11 janvier "dangereux et mal écrit".

"Le texte est déjà obligé d'être rectifié parce qu'il n'est pas conforme au code du travail et à certaines conventions internationales", a estimé Jean-Claude Mailly.

Le gouvernement dit avoir fidèlement retranscrit l'accord du 11 janvier, qui vise à renforcer la sécurisation des parcours professionnels en échange d'une plus grande souplesse de gestion accordée aux entreprises. Il sera en vigueur le 1er mai, a assuré lundi le ministre du Travail Michel Sapin.

Le coprésident du Parti de Gauche, Jean-Luc Mélenchon, dont le mouvement participera aux manifestations, a jugé ce texte "dangereux, régressif et antisocial" et estimé sur RTL qu'il était encore possible de faire reculer le gouvernement.

"C'est un accord dit de compétitivité qui reprend en le durcissant ce qu'avait prévu de son côté Nicolas Sarkozy" (le prédécesseur UMP du président François Hollande), a-t-il ajouté.

Comme la CGT et FO, il estime que s'il avait été tenu compte de la loi sur la représentativité syndicale, qui doit entrer en vigueur dans les semaines à venir, l'accord du 11 janvier serait minoritaire et n'aurait "aucune valeur".

ROYAL MET EN CAUSE LE MEDEF

Il a accusé l'équipe gouvernementale actuelle de ne pas avoir été "à la hauteur de sa tâche de gouvernement de gauche" et d'avoir cédé face aux organisations patronales.

Le secrétaire national du Parti communiste, Pierre Laurent, qui devait se joindre à la manifestation parisienne, crie aussi au démantèlement des droits sociaux. Il a estimé sur i> TELE que la journée de mardi ne serait qu'une "première mobilisation".

La décision du gouvernement de transposer à l'identique l'accord du 11 janvier ne passe pas non plus dans l'aile gauche du Parti socialiste, principal parti de la majorité.

Des représentants du courant "Maintenant la gauche" ont fait savoir qu'ils iraient saluer les leaders syndicaux en tête des cortèges. "Est-ce qu'au moment où il y a du chômage, faciliter les licenciements correspond à la bonne réponse pour lutter contre le chômage?" a dit l'un d'eux, Jérôme Guedj, sur Canal+.

La présidente socialiste de la Région Poitou-Charentes Ségolène Royal, récemment nommée vice-présidente de la Banque publique d'investissement (BPI), a en revanche défendu l'ANI et accusé le patronat de compliquer la tâche du gouvernement.

"Le Medef a eu tort de clamer je ne sais quelle victoire dans cet accord", a-t-elle déclaré sur France 2. "Ce qui est aujourd'hui sur la table, c'est un accord gagnant-gagnant."

La gauche du PS aurait réagi autrement "si le Medef n'avait pas eu cette imprudence et cette maladresse de crier victoire pour des raisons sans doute électorales internes", a-t-elle estimé -allusion à la bataille de Laurence Parisot pour rester à la tête de la première organisation patronale française. "C'est tout à fait regrettable. Il faut que le Medef se calme."

La droite devrait partiellement apporter à la majorité les voix de gauche qui risquent de manquer au Parlement.

L'ancien ministre UMP Benoist Apparu, aujourd'hui dans l'opposition, a dit sur Radio Classique qu'il voterait "très probablement" le projet de loi, même s'il le juge "trop faible" et "trop timide" pour résoudre la crise du chômage.

"Une bonne partie des parlementaires du groupe UMP va voter ce texte", a-t-il ajouté, tout en estimant que la journée de manifestation de mardi révélait des "désaccords très lourds au sein de la gauche".

Emmanuel Jarry, édité par Yves Clarisse

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