[scald=105941:sdl_editor_representation]par Chine Labbé

PARIS (Reuters) - La communauté juive de France, "en deuil" après l'attaque d'une école juive qui a fait lundi quatre morts, dont trois enfants, se veut prudente sur les causes de cette attaque sans précédent.

La tuerie de Toulouse, que les enquêteurs et une partie de la classe politique, relient à l'assassinat la semaine dernière de trois militaires français par un tueur isolé, a provoqué la consternation en France.

Seule l'Union des étudiants juifs de France a immédiatement établi un parallèle entre la fusillade et la "libération", d'après elle, "de la parole antisémite et raciste".

"Des juifs sont pris pour cible aujourd'hui en France parce qu'ils sont juifs", écrit son président Jonathan Hayoun dans un communiqué. "Cela relève de nombreuses interrogations sur l'enracinement des préjugés antisémites dont le passage à l'acte atteint aujourd'hui un niveau d'horreur sans précédent."

Moshe Lewin, porte-parole du grand rabbin de France, se montre de son côté beaucoup plus prudent. "Il ne m'appartient pas de me prononcer avant le terme de l'enquête", dit-il.

"Il y a de l'antisémitisme (en France), c'est un fait mais il ne faut pas extrapoler, je crois qu'il faut dissocier les choses, nous ne savons pas exactement ce qu'il en est de cet attentat", renchérit Marc Knobel, chercheur au Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif).

L'attaque de lundi fait écho aux deux plus graves attentats ayant visé la communauté juive en France, souligne Jean-Yves Camus, chercheur associé à l'Institut de relations internationales et stratégiques et spécialiste des questions liées à l'antisémitisme.

"C'est un événement qui n'a, à ma connaissance, de précédents par le nombre de victimes que les deux attentats contre le restaurant Goldenberg à Paris début août 1982, qui, lui, avait eu lieu dans un contexte international particulier, lié aux événements entre Israël et le Liban, et puis l'attentat de la rue Copernic en 1980", dit-il.

400 À 500 ACTES ANTISÉMITES PAR AN

Le 3 octobre 1980, une bombe explose non loin de l'entrée de la synagogue de la rue Copernic, à Paris, tuant quatre personnes et blessant une quarantaine d'autres.

Deux ans plus tard, un commando de cinq hommes ouvre le feu sur le restaurant Goldenberg, rue des Rosiers, à Paris. Cette attaque fait six morts et 22 blessés.

En octobre 2010, lors de la commémoration de l'attentat de la rue Copernic, le Premier ministre François Fillon estime que "des braises de l'antisémitisme brûlent encore".

Avec 832 faits recensés contre 474 en 2008, l'année 2009 a été marquée par une forte augmentation des actes antisémites en France, du fait de la guerre menée par Israël à Gaza.

En 2011, le nombre d'actes antisémites est retombé à 389 dans le pays, d'après le Service de protection de la communauté juive (SPCJ), créé au lendemain de l'attentat de la rue Copernic et dont les chiffres sont recoupés par le ministère de l'Intérieur. Une diminution de 16,5% par rapport à 2010.

Mais, relève le SPCJ, le nombre d'actions violentes s'est maintenu à un niveau égal à celui de 2010, avec une "augmentation préoccupante du degré de violence constaté".

"Il y a davantage d'actes antisémites lors de certaines périodes où l'actualité moyen-orientale est particulièrement chaude, ça a été le cas par exemple en janvier 2009, au moment de l'opération 'plomb durci' (nom de l'opération israélienne contre Gaza, NDLR)", dit Jean-Yves Camus.

"Mais on a une espèce d'installation dans la durée d'un niveau d'actes antisémites importants, de l'ordre de 400 à 500 par an, dont beaucoup d'ailleurs, et ça c'est une nouveauté depuis 2000, touchent des écoles", ajoute-t-il.

Au début des années 2000, cette "banalisation" des actes antisémites a mené de nombreux parents à scolariser leurs enfants dans des écoles juives mais leur nombre est stabilisé depuis 2005, estime Patrick Petit-Ohayon, directeur de l'enseignement au Fonds social juif unifié.

Selon des estimations non officielles, il y a environ 600.000 personnes de culture ou de confession juive en France. Plus de 30.000 enfants sont scolarisés dans 257 établissements de confession juive, de la maternelle au lycée. L'association Ozar Hatorah, dont fait partie l'école attaquée à Toulouse, possède en France 20 écoles, dont 2 crèches.

Edité par Yves Clarisse

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