Certains ont adoré l'exercice, d'autres l'ont détesté ou carrément évité. Emmanuel Macron donnera sa première conférence de presse à l'Élysée, exercice auquel se sont frottés tous ses prédécesseurs, mais à chaque fois dans un style différent.

Nicolas Sarkozy, Valery Giscard d'Estaing, Charles de Gaulle et Jacques Chirac.
Nicolas Sarkozy, Valery Giscard d'Estaing, Charles de Gaulle et Jacques Chirac. © Captures d'écran INA

Mercredi, Emmanuel Macron doit donner sa première grande conférence de presse à l'Élysée pour annoncer les mesures prises par le gouvernement, en réponse à la crise des “gilets jaunes”. Longtemps réticent à cet exercice “de l’ancien monde”, Emmanuel Macron a finalement décidé de s'y plier. Épreuve délicate à laquelle s'étaient prêtés ses prédécesseurs : chaque chef de l'État de la Ve République a usé de ces grand-messes républicaines mais dans un style propre. 

De Gaulle et les conférences grandiloquentes  

Début de la Ve République, les conférences de presse du Général de Gaulle rythment la vie politique. Une moyenne par an à partir de 1958, retransmises en direct par l’ORTF. De Gaulle pose les bases de l’exercice, dans son style souvent grandiloquent : “Je n’ai jamais attenté aux libertés fondamentales, je les ai rétablies. Pourquoi voulez-vous qu’à 67 ans, je commence une carrière de dictateur ?” lance-t-il à un journaliste. 

Autre exemple avec, en 1968, quand la presse se demande si sa santé n'est pas déclinante, cette réponse du Général : “Je ne vais pas mal, mais rassurez-vous, un jour je ne manquerait pas de mourir”. 

Pompidou, pas convaincu par l’exercice

Georges Pompidou se prête à l'exercice à plusieurs reprises et pérennise ainsi cette habitude gaullienne. Le voilà qui cite Paul Eluard en 1969 pour répondre à une question sur le suicide d’une enseignante condamnée pour avoir eu une liaison avec l’un de ses élèves : “Comprenne qui voudra moi, mon remords ce fut la victime raisonnable au regard d'enfant perdu, celle qui ressemble aux morts, qui sont morts pour être aimés”. Ulcéré, aussi, en 1974, quand on lui évoque l'héritage du gaullisme : “Je n’ai de leçon de gaullisme à recevoir de personne, vous m’entendez : de personne !”. 

Giscard tente de renouveler le genre

Fraîchement élu en 1974, Valery Giscard d'Estaing essaie d’abord de renouveler le genre en adoptant un style moins solennel. Debout derrière un pupitre pour sa première “réunion de presse”, il revient ensuite à une forme beaucoup plus traditionnelle, assis dans les salons de l’Élysée, revenant ainsi, après une tentative organisée à la Maison de la Radio, au pur modèle gaullien (notre vidéo, en 1978).

Mitterrand en est friand 

Plutôt méfiant au départ - certainement pour rompre avec l’héritage de De Gaulle et Pompidou - François Mitterrand décide finalement d’user à tout bout de champ de cet exercice. Friand des conférences de presse et notamment pendant la guerre du Golfe durant laquelle il en organisa près d’une dizaine. “Nous sommes entrés dans une logique de guerre” disait-il en septembre 1990.  

Chirac s’en méfie

Jacques Chirac n’a jamais vraiment apprécié l’exercice. Quatre conférences de presse en douze ans, c’est peu. On notera deux occasions marquantes, après son élection en 1995, lorsqu’il annonce la reprise des essais nucléaires en Polynésie française et en 2004 lorsqu’il est interrogé sur l’entrée de dix nouveaux pays dans l’Union européenne : “L’Europe est une chance pour nous et notre avenir”, évoquant aussi le référendum sur -à l’époque- la future constitution européenne. 

La phrase culte de Sarkozy

Promesse de campagne du candidat Sarkozy de tenir une conférence de presse plusieurs fois par an, l’exercice a vite été oublié. Une en 2008, une autre en 2011, c’est tout. Mais une phrase culte, prononcée par le chef de l’État, lors de la première du genre : “Avec Carla, nous avons décidé de ne pas mentir. Nous ne voulons rien instrumentaliser, mais nous ne voulions pas nous cacher (...) et puis vous l’avez compris, c’est du sérieux” annonçant ainsi son mariage avec la chanteuse. 

Hollande, irrégulier

François Hollande s’était, lors de sa campagne, lui aussi engagé à organiser une conférence de presse mais cette fois, tous les six mois. Mais l’ancien président socialiste n’a pas été aussi régulier qu’il l’avait promis. Peut-être parce que l’exercice n’a jamais vraiment réussi à François Hollande avec des questions posées sur sa liaison avec Julie Gayet en 2014 - “J’ai un principe, c’est que les affaires privées se traitent en privé” -, et de mauvaises audiences pour les suivantes. 

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