Deux mois après une élection qui les a mis à la tête de la nouvelle collectivité unique corse, les nationalistes organisent une manifestation ce samedi pour protester contre le manque de dialogue avec l'État français. La situation catalane a été très observée sur l'île, mais la stratégie corse est bien différente.

Jean-Guy Talamoni et Gilles Simeoni lors d'une rencontre à Matignon avec Edouard Philippe
Jean-Guy Talamoni et Gilles Simeoni lors d'une rencontre à Matignon avec Edouard Philippe © Maxppp / Olivier Corsan

C'est un parallèle qui a souvent été fait pendant la crise en Catalogne : pour simplifier et faire comprendre l'enjeu côté français, on comparait la situation avec celle de la Corse, allant jusqu'à imaginer ce que donnerait sur place un référendum sur l'indépendance. Comparaison encore au moment des élections locales pour élire les conseillers territoriaux d'une nouvelle "Collectivité territoriale unique" qui a vu le jour en janvier 2018.

Des élections remportées largement par la coalition des nationalistes corses, menée par Gilles Simeoni et Jean-Guy Talamoni. Deux leaders aux profils et aux ambitions très différentes pour la Corse (l'un est pour une plus grande autonomie, l'autre pour l'indépendance) mais qui ont tous deux observé avec la plus grande attention ce qui se passait sur la côte est de l'Espagne.

"On soutient parce que c'est juste et parce que c'est un peuple ami", expliquait ainsi Jean-Guy Talamoni, l'un des premiers à reconnaître la République (autoproclamée) de Catalogne. Tout en reconnaissant qu'un référendum d'indépendance n'était "pas pour demain" en Corse. Même réserve du côté de Gilles Simeoni : "aujourd'hui les situations entre la Corse et la Catalogne présentent un certain nombre de points communs mais il y a aussi des différences fondamentales".

Un parallèle un peu bancal

La Corse n'est d'abord pas arrivée au même "niveau" d'autonomie que la Catalogne, dont le Parlement local sous sa forme actuelle a presque quarante ans. Il a connu pour la première fois une majorité indépendantiste en 2015, soit deux ans avant le lancement d'un référendum sur le statut de la région espagnole. Mais la Catalogne bénéficie déjà d'un statut d'autonomie (plus ou moins importante selon les périodes) depuis 1932. 

L'île a aussi un retard économique que n'a pas la Catalogne. Cette dernière a une place considérable au niveau national (20,6 % du PIB espagnol vient de la région de Barcelone), quand la Corse "a dix ans de retard", selon Jean-Guy Talamoni (elle ne représente que 0,5 % du PIB français). Le leader indépendantiste lui-même reconnaît que dans ces conditions, "la question de l'indépendance ne sera pas posée avant dix ans, le temps nécessaire pour obtenir un nouveau statut et promouvoir le développement".

Il doit aussi compter avec son compagnon de route Gilles Simeoni, président du conseil exécutif de Corse, qui dit croire encore moins en un référendum d'indépendance à la catalane. "Cela n'a véritablement aucun sens", expliquait-il en pleine crise en Espagne. "Pour nous _l'objectif n'est pas l'indépendance mais un statut d'autonomie_. Nous voulons sortir de la logique de subvention et aller vers une logique de responsabilité."

La manifestation de samedi doit permettre, non pas d'aller vers un bras de fer, mais de pouvoir s'appuyer sur une légitimité démocratique déjà renforcée par les élections de décembre dernier. Et la date n'a pas été choisie par hasard : trois jours plus tard, les 6 et 7 février, Emmanuel Macron sera en visite en Corse. Dans un contexte bien plus détendu que celle de Mariano Rajoy à Barcelone en novembre 2017, au sommet de son impopularité dans la région.

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