[scald=20557:sdl_editor_representation]PARIS (Reuters) - La Cour des comptes a relevé jeudi de nombreuses imperfections dans l'organisation et la gestion des forces de sécurité publique, provoquant la colère du ministre de l'Intérieur Claude Guéant.

Elle souligne dans un rapport les défauts de l'appareil statistique, la mauvaise répartition des personnels par rapport à la géographie de la délinquance et l'insuffisant pilotage des conséquences des baisses d'effectifs et de budgets.

La Cour prône en outre une meilleure formation des policiers municipaux et une meilleure évaluation de la mise en oeuvre de la vidéosurveillance.

"Les moyens statistiques de mesurer la délinquance présentent de nombreuses imperfections", écrit la Cour, soulignant que "l'évolution de la délinquance ne peut être résumée par un seul indicateur global donnant le même poids aux délits mineurs et aux crimes".

"La présence policière étatique apparaît relativement insuffisante dans certains lieux et excessive dans d'autres", ajoute-t-elle, considérant que "ces disparités sont susceptibles de compromettre l'égalité de traitement des citoyens".

Selon la Cour, "des marges de manoeuvres significatives pourraient être trouvées dans le redéploiement des implantations territoriales de l'ensemble des forces de police et de gendarmerie".

"Les moyens nécessaires à ces redéploiements devraient être recherchés dans une meilleure maîtrise de la progression des dépenses de rémunérations qui a fait défaut ces dernières années", poursuit-elle.

GUÉANT EN COLÈRE

Claude Guéant s'est dit "en colère" face à ce qu'il considère comme une mise en cause injustifiée de la politique de sécurité menée par la droite depuis 2002.

"Ce rapport fait beaucoup d'approximations, (dit) beaucoup de choses inexactes, ne prend pas les bons angles de vision et d'appréciation de notre politique de sécurité", a-t-il dit en marge d'une convention de l'UMP sur l'immigration.

"En choisissant la période 2002-2010, ce rapport dit que les résultats sont 'contrastés'. Moi je dis que les chiffres parlent : il y a eu 500.000 victimes de moins en France en 2010 qu'en 2002."

Le député UMP Bernard Carayon a estimé que le document de la Cour n'était "pas un rapport, mais un tract du PS", allusion au fait que le premier président de l'institution, Didier Migaud, était député socialiste avant de prendre ses fonctions.

Didier Migaud a souligné que la Cour travaillait en toute indépendance et de manière collégiale, déniant à "ceux qui font l'objet de nos contrôles" le "droit de juger de l'impartialité" de la Cour, dont les constats sont selon lui corroborés.

"On n'est là ni pour plaire, ni pour déplaire, on peut parfois déplaire, ce n'est pas notre problème", a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse en qualifiant son rapport d'"exact" et d'"objectif". "Je ne crois pas que l'on puisse contester (...) les constats que nous faisons que ce soit sur le plan des effectifs ou sur les statistiques de la délinquance."

L'opposition de gauche et de droite a vu dans ce rapport une confirmation d'un échec de la politique de sécurité de Nicolas Sarkozy, qui fut ministre de l'Intérieur avant d'être élu à la présidence de la République en 2007.

"Il est temps que les Français comprennent que depuis neuf ans ces gens sont en situation d'échec", a dit le député socialiste Jean Mallot sur BFM TV. "Il faut conduire une autre politique en y mettant des moyens adaptés, de la présence policière sur le terrain."

Marine Le Pen, présidente du Front national, estime dans un communiqué que ce rapport "rétablit la vérité et démolit la stratégie de communication de Nicolas Sarkozy, qui tente depuis des années qu'il s'occupe de sécurité de masquer ses terribles échecs par des mots et des discours".

Jean-Baptiste Vey, avec Emile Picy, édité par Yves Clarisse

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