Un Airbus A320 doit atterrir ce mardi au Bourget avec à son bord le cercueil du général Gudin, mort en 1812 lors de la campagne de Russie. La dépouille de ce proche de Napoléon a été découverte par les équipes de Pierre Malinowski, ancien attaché parlementaire de Jean-Marie Le Pen, installé à Moscou.

Une cérémonie autour de la dépouille du général Gudin, à Moscou, le 23 juin 2021
Une cérémonie autour de la dépouille du général Gudin, à Moscou, le 23 juin 2021 © AFP / Alexander Nemenov

La dépouille d'un général napoléonien mort en 1812 près de Smolensk, lors de la campagne de Russie, est de retour en France ce mardi. Sur le tarmac de l'aéroport du Bourget, près de Paris, doit atterrir un Airbus A320, affrété par un oligarque russe, avec à son bord le cercueil du général Gudin, dont la dépouille a été retrouvée plus de deux siècles après sa mort, lors de fouilles archéologiques en 2019. La ministre déléguée aux Armées, Geneviève Darrieussecq, participera à la cérémonie cet après-midi.

Un ancien attaché parlementaire de Jean-Marie Le Pen à la manœuvre

À l'origine de ce rapatriement, Pierre Malinowski, ancien militaire, également ancien assistant parlementaire de Jean-Marie Le Pen, qui a créé une "Fondation franco-russe des initiatives historiques" avec la fille du porte-parole de Vladimir Poutine au Kremlin. C'est lui qui, avec des équipes d'archéologues, a découvert en 2019 la dépouille de ce général proche de Napoléon, mort de la gangrène trois jours après avoir perdu une jambe au champ de bataille. Les ossements ont ensuite été identifiés grâce à des comparaisons ADN effectuées avec celui de ses descendants.

"Nous sommes très heureux de pouvoir rendre hommage à ce général et rappeler en 2021, année du bicentenaire de la mort de Napoléon, qu'il y avait aussi des généraux autour de Napoléon", s'enthousiasme Christian Bourdeille, président de l'association Paris Napoléon 2021, qui assistera à la cérémonie au Bourget aux côtés d'une cinquantaine de figurants, en tenue de "grognards", les soldats de l'empire. Saluant la figure d'un "grand général", Christian Bourdeille se félicite de cette découverte "extraordinaire", "plus de 200 ans après sa mort".

La dépouille a pu revenir sur le sol français sur demande de ses descendants, notamment Albéric d'Orléans, aux autorités russes, aidés par Pierre Malinowski. Ce "patriote", tel qu'il se définit, assume ses amitiés politiques. "Je suis très proche de Marion Maréchal", dit-il à France Inter depuis Moscou où il s'apprête à décoller dans l'airbus qui transportera la dépouille. "Le nom de Jean-Marie Le Pen [dont il a été l'attaché parlementaire, ndlr] vous fait une étiquette, mais je l'assume" sourit encore Pierre Malinowski.

Des recherches archéologiques et des visées diplomatiques

L'homme est aussi proche du Kremlin. La vice-présidente de sa fondation est la fille du porte parole du président russe. Pierre Malinowski assume d'utiliser ses recherches historiques à des fins diplomatiques. "Moi, je veux retrouver un maximum de soldats disparus sur le champ de bataille et les enterrer : mon objectif premier c'est ça" confie-t-il, assumant d'autres visées : "Bien sûr, à côté, c'est vrai que c'est intéressant de pouvoir remettre des discussions entre deux pays, entre deux puissances pareilles, à travers des découvertes historiques".

En 2019, après sa découverte, il assure avoir réussi à convaincre l'Elysée d'organiser une inhumation du général napoléonien aux Invalides en présence de Vladimir Poutine et d'Emmanuel Macron. Selon lui, la visite et la cérémonie ont été reportées pour cause d'épidémie, puis abandonnées en raison du froid diplomatique entre les deux pays, après l'arrestation de l'opposant russe Navalny.

Une inhumation aux Invalides ?

Aujourd'hui, Pierre Malinowski assure que le chef de l'Etat prévoirait finalement une inhumation aux Invalides en décembre pour commémorer la bataille d'Austerlitz. Contacté, le palais de l'Elysée assure simplement que l'avenir de la dépouille du général fait l'objet d'une "réflexion", sans plus de précisions.

Les descendants du général plaident en tout cas pour lui trouver une place aux côtés des illustres militaires du pays, tout comme l'association Paris Napoléon 2021. "C'était un grand général de division auprès notamment du maréchal Davout" défend Christian Bourdeille, qui souhaite son entrée aux Invalides : "Il était à la bataille d'Iéna et a fait partie de toutes les campagnes (...) et il ne faut jamais oublier que Gudin connaissait très bien Napoléon puisqu'ils étaient ensemble à Brienne". 

Quant à la question de savoir si la personnalité et les engagements de Pierre Malinowski posent problème, le président de l'association la balaie : "il a un talent qu'il faut constater, c'est qu'il est capable, avec les éléments dont il peut avoir connaissance, de retrouver une sépulture, au-delà de ses idées politiques". "Chacun ses idées politiques, essayons de nous rassembler autour de cette découverte plutôt que de chercher encore une fois de nouveaux motifs de division", défend Christian Bourdeille.