Le Premier ministre souhaite "renouveler" cette instance "afin qu’elle soit davantage en phase avec la stratégie de lutte contre les séparatismes", indique son entourage.

Jean-Louis Bianco est à la tête de l'Observatoire de la laïcité depuis 2013.
Jean-Louis Bianco est à la tête de l'Observatoire de la laïcité depuis 2013. © AFP / Patrick Kovarik

Depuis l'assassinat de Samuel Paty, enseignant d'histoire-géographie dans les Yvelines, la question de la laïcité fait de nouveau débat dans la classe politique française. Le gouvernement indique d'ailleurs, mardi soir, vouloir faire "évoluer" l'Observatoire de la laïcité, créé en 2007 pour assister l'exécutif dans sa mission de faire respecter ce principe fondateur de la République au sein de ses services publics. "Il doit évoluer parce que la menace contre la République a radicalement changé", indiquent les services du Premier ministre. 

Depuis plusieurs heures, le magazine Le Point rapporte que le rapporteur général de cet observatoire, le juriste Nicolas Cadène, est sur la sellettecar "plus crédible" dans ce rôle et jugé trop proche du Collectif contre l'islamophobie en France (CCIF), l'une des associations que souhaite dissoudre le gouvernement

"Il ne s'agit pas simplement d'une question de personnes"

"Depuis plusieurs semaines, le statut et les missions de l’observatoire de la laïcité font l’objet d’une réflexion au sein du gouvernement", indique Matignon. "Il ne s’agit pas simplement d’une question de personnes et les règlements de compte par voie de presse ne sont pas appropriés", tempère toutefois l'entourage de Jean Castex

Néanmoins, son souhait est bien "de renouveler une instance afin qu’elle soit davantage en phase avec la stratégie de lutte contre les séparatismes". "À l’évidence cette conception n’est pas partagée par tous et le gouvernement en tirera toutes les conclusions dans les prochains jours". Jean Castex devrait ainsi recevoir rapidement le président de cette instance, Jean-Louis Bianco, "serviteur de l'État reconnu et respecté" en poste depuis 2013 et dont le mandat arrive à expiration au mois d'avril 2021. Le Premier ministre lui fera part "de la décision du gouvernement".

"On ne peut pas se contenter de rapports et de guides pédagogiques"

Visiblement, le gouvernement souhaite changer les missions de l'Observatoire de la laïcité pour mieux lutter contre "les ennemis de la République" qui "développent une action diffuse et insidieuse de contestation de nos lois et de nos valeurs", "endoctrinent notre jeunesse et véhiculent des idéologies séparatistes"

"On ne peut pas se contenter de publication de rapport et de guides pédagogiques pour accompagner l’action gouvernementale", poursuit Matignon. "Il doit être possible en France de défendre la laïcité sans être taxé d’islamophobie et de défendre la laïcité sans être instrumentalisé politiquement."

Changement de cap

Il y a donc, pour l'observatoire de la laïcité, un avant et un après Conflans-Sainte-Honorine. Les deux personnalités, Nicolas Cadène et Jean-Louis Bianco, étaient arrivées en avril 2013 à leur place et leurs mandats avaient été renouvelés pour cinq ans à l'arrivée d'Emmanuel Macron à l'Élysée

Si, il y a encore cinq ans, le chef de l'État pourfendait les laïcistes qui utilisent la laïcité pour s’en prendre aux musulmans, le gouvernement semble se ranger aux vues du Printemps républicain et de politiques qui, comme Manuel Valls, dénonçaient depuis plusieurs années l’angélisme voire, selon eux, les collusions entre l’Observatoire et des militants contre l’islamophobie.