Plus de 3 mois après son lancement (en réponse à quelques mois supplémentaires de mouvement des"gilets jaunes"), le grand débat national présentait ses constats en présence du Premier ministre. Mais au-delà du fond, certaines questions sur la méthode ont depuis longtemps suscité le doute sur ce débat et son déroulé.

Edouard Philippe le 8 avril 2019, lors de la restitution des conclusions du "grand débat national" au Grand Palais
Edouard Philippe le 8 avril 2019, lors de la restitution des conclusions du "grand débat national" au Grand Palais © AFP / Philippe Lopez

"Il faut être de bonne foi et dire qu'il a été humble", reconnait Ingrid Levavasseur, une des figures d'origine des "gilets jaunes", après le discours d'Édouard Philippe juste après la restitution, ce lundi, des conclusions du grand débat national. "Ce qu'il en ressort n'est pas une surprise, c'est assez révélateur. Maintenant j'attends les réponses..." Une position qui résume le scepticisme autour de cette expérience inédite, aussi bien chez ceux pour qui ce n'est qu'une vaste opération de communication, que chez ceux qui y voient une nouvelle manière de faire de la politique.

Que des critiques viennent des "gilets jaunes", ce n'est pas une surprise. Mais certaines, en particulier sur la méthode et la forme de ce débat, viennent aussi de ceux qui ont accompagné l'initiative. Nadia Bellaoui, secrétaire générale de la Ligue de l'enseignement, faisait partie des cinq garants nommés en janvier pour assurer l'indépendance et le bon déroulement du grand débat, et elle en a regretté deux travers en particulier.

Questions trop orientées, omniprésence du chef de l'État...

Le premier, c'est le caractère très fermé de la consultation en ligne : "les questions rattachées à chacun des thèmes nous ont paru plus problématiques, du fait de leur formulation excessivement binaire", explique-t-elle. "Elle a nourri des critiques justifiées sur leur caractère orienté." Une critique qui est d'ailleurs revenue régulièrement dès la création du questionnaire, certaines questions ne proposant que des réponses trop limitées, sans réelle alternative (hors de la position du gouvernement).

Deuxième source de gêne pour les garants du grand débat national : la présence quasi-constante du chef de l'État tout au long du processus. Emmanuel Macron est en effet apparu régulièrement pour animer (parfois très) longuement des débats un peu partout en France, face à des élus ou à des citoyens.

Une présence qui, pour les garants, ne posait pas de problème en soi (Nadia Bellaoui assure qu'elle ne "remet pas en cause l'impartialité globale du grand débat"), mais dont l'excès a eu un effet désastreux sur l'image de l'opération. "Nous considérons que _son hyper-médiatisation a pu nourrir le doute sur la nature et l'objectif du grand débat national_, et a en tout cas polarisé l'attention sur le chef de l'État, en occultant pour le grand public la richesse de la parole collective, qui en était le véritable enjeu."

Enfin, sur le fond des avis recueillis lors de ce grand débat national, le collège de garants a relevé un problème tristement classique : le fait que l'expression est souvent issue des mêmes milieux et des mêmes profils. "Les répondants à la consultation en ligne sont issus de catégories sociales supérieures et sont des urbains", regrette ainsi Nadia Bellaou au micro de nos confrères de franceinfo:. "Dans l’avenir, il nous faudra aller chercher la parole qui s’exprime moins spontanément." S'ils ne le prennent pas eux-mêmes en-dehors des cadres habituels, comme certains le font depuis des mois.

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