[scald=24041:sdl_editor_representation]par Jean-Baptiste Vey

PARIS (Reuters) - L'horizon politique s'est brusquement éclairci sur le front de la défense de la note "triple A" de la France, les principaux prétendants à l'Elysée s'accordant sur la nécessité d'assainir les comptes publics dans un contexte de très forte tension sur les marchés financiers.

Après des mois d'incertitude, les socialistes ont clarifié leur position, les deux favoris de la primaire du parti pour la présidentielle de 2012 promettant de respecter l'engagement français de ramener le déficit public à 3% du PIB en 2013.

Le respect de cette trajectoire est un des éléments susceptibles de conforter la note donnée à la France par les agences de notation, qui estiment le risque de défaut d'un pays.

La note maximale "triple A" dont bénéficie la France lui permet d'emprunter à des taux avantageux pour refinancer sa dette et pour compenser ses déficits. Un éventuel abaissement augmenterait le coût de la dette, ce qui réduirait encore un peu plus les marges de manoeuvre budgétaires du pays et fragiliserait sa capacité à redresser ses comptes.

Le président Nicolas Sarkozy, qui avait différé au lendemain de son élection les engagements de ses prédécesseurs en matière de réduction du déficit, a fait de la conservation de cette note un impératif et a récemment cherché à se présenter en gardien des intérêts des Français face à des socialistes irresponsables.

Ces derniers lui ont indirectement répondu le week-end dernier, les deux favoris de la primaire, François Hollande et Martine Aubry, s'engageant eux aussi à ramener le déficit à 3% - la limite fixée par le traité de Maastricht - en 2013.

LES ÉTATS SOUS PRESSION

Cet engagement lève un des risques pesant sur la note de la France, au moment où les notes de certains de ses partenaires comme l'Italie, ou même les Etats-Unis, sont surveillées par les agences, quand une dégradation n'a pas déjà eu lieu comme pour la Grèce, l'Irlande, le Portugal ou l'Espagne.

Les trois principales agences ont confirmé ces derniers mois la note française ou la perspective "stable" qui lui est associée (fin mai pour Fitch Ratings, début mai pour Moody's Investors Service et fin décembre pour Standard & Poor's), tout en soulignant l'impératif du redressement des comptes publics.

Car le déficit public de la France, à 7,1% du PIB fin 2010, est bien plus élevé que celui des autres "triple A" de la zone euro (Allemagne, Autriche, Finlande, Luxembourg et Pays-Bas), une situation qui fait régulièrement évoquer sur les marchés le spectre d'une éventuelle dégradation.

"Quand on regarde la France dans l'univers plus large des 'triple A', elle se démarque clairement comme un des pays ayant les chiffres les moins solides en matière de finances publiques", déclare à Reuters la première analyste de Fitch sur la France, Maria Malas-Mroueh.

La perception de ce risque a été renforcée par l'intensification de la crise en zone euro et la possibilité d'une contagion de la France.

Manifestations spectaculaires de ce phénomène : la hausse des instruments d'assurance contre le risque de défaut de la France (les CDS) et le bond du "spread" France-Allemagne, la prime demandée par les investisseurs pour détenir de la dette française à 10 ans plutôt que de la dette allemande, qui a atteint la semaine dernière son plus haut niveau depuis 1995.

Les écarts France-Pays-Bas et France-Autriche ont également fortement progressé, signe que la seconde économie de la zone euro perdait du terrain face à d'autres partenaires "triple A".

En revanche, le rendement des obligations françaises à 10 ans reste sur une trajectoire baissière, ce qui montre que l'appétit des investisseurs pour la dette française demeure.

D'AUTRES MESURES SONT NÉCESSAIRES

Dans une étude publiée en juin, Standard & Poor's a estimé que le "triple A" français pourrait être remis en cause à l'horizon 2020 si le pays n'amplifiait pas la réduction de ses déficits et ne menait pas de nouvelles réformes.

En revanche, ajoutait l'agence, cette note pourrait être maintenue jusqu'en 2050 si la France parvenait à équilibrer ses comptes en 2016, toutes choses égales par ailleurs.

Pour tenir la trajectoire de baisse des déficits (5,7% fin 2011, 4,6% fin 2012, puis 3% fin 2013), le gouvernement s'est dit prêt à des mesures supplémentaires, notamment de hausse des recettes à travers une réduction des "niches" fiscales supérieure à celle de 3 milliards d'euros envisagée pour 2012.

Cette mesure irait dans le sens des recommandations de la Cour des comptes et des commissions des Finances de l'Assemblée nationale et du Sénat qui pressent le gouvernement de prévoir des mesures supplémentaires pour tenir la trajectoire.

Un rapport de l'Inspection générale des finances sur les niches, ces dispositions fiscales dérogatoires qui réduisent les recettes publiques de dizaines de milliards d'euros chaque année, a été remis au gouvernement pour l'aider à examiner l'impact financier de chacune et ses effets économiques.

D'accord sur l'objectif de réduction du déficit, socialistes et majorité devraient s'opposer sur les moyens d'y parvenir, aucun des deux camps n'ayant vraiment détaillé les mesures qu'il compte mettre en oeuvre s'il est au pouvoir.

Parmi les principaux sujets de désaccord, des mesures phares du gouvernement comme la réforme des retraites et le non-remplacement d'un départ en retraite sur deux dans la fonction publique, sur lesquels les socialistes pourraient revenir en cas de victoire en 2012.

Autre pomme de discorde au coeur de l'actualité, la "règle d'or" que Nicolas Sarkozy veut inscrire dans la Constitution pour obliger les gouvernements à mieux piloter les finances publiques, un projet rendu impossible par l'opposition des socialistes si cette dernière se maintient.

Sous l'effet de la crise, qui a rogné les recettes et augmenté les dépenses par le jeu des "stabilisateurs automatiques", la dette publique est passée de quelque 1.200 milliards d'euros en 2007 à environ 1.600 milliards aujourd'hui.

En pourcentage du PIB, la progression est de près de 20 points, la dette passant d'environ 64% à 82% du PIB entre 2007 et 2010.

Le gouvernement prévoit que ce ratio continuera de progresser cette année et l'an prochain (85,4% fin 2011 et 86,9% fin 2012) et commencera à baisser en 2013 pour atteindre 86,4% fin 2013 et 84,8% fin 2014.

Avec Leigh Thomas, édité par Yves Clarisse

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