[scald=18935:sdl_editor_representation]par Souhaïl Karam

RABAT (Reuters) - Les Marocains étaient invités aux urnes ce vendredi par le roi Mohamed VI pour un référendum sur une réforme constitutionnelle censée répondre aux aspirations démocratiques exprimées depuis le début de l'année dans un contexte de révoltes à travers le monde arabe.

Le "oui" devrait largement l'emporter mais le succès de cette consultation dépendra du taux de participation.

Le monarque et les principaux partis politiques ont appelé les Marocains à soutenir cette réforme. En revanche, le mouvement du 20-Février, fer de lance des manifestations, la juge insuffisante et invite les électeurs à s'abstenir.

Les résultats devraient être annoncés samedi.

La nouvelle Constitution prévoit que le souverain continuera de nommer le Premier ministre, mais ce dernier devra être issu du parti ayant remporté le plus de sièges aux élections législatives.

Le texte reconnaît explicitement les pouvoirs exécutifs du gouvernement mais maintient le monarque à la tête de l'armée et du système judiciaire. Il conserve son statut de Commandeur des Croyants, qui fait de lui la seule autorité religieuse au Maroc.

Le souverain pourra toujours dissoudre le Parlement, mais plus de manière unilatérale comme c'est le cas actuellement.

La consultation, qui sera suivie de près par les monarchies du Golfe, est le premier référendum constitutionnel organisé depuis l'accession au trône de Mohamed VI en 1999.

Agé de 47 ans, le monarque a réussi, avec un certain succès, à améliorer la situation héritée de son père Hassan II, qui après 38 ans d'un règne marqué par des atteintes aux droits de l'homme, a laissé un taux élevé de pauvreté et d'illettrisme.

RESSENTIMENT

Bien que la popularité personnelle de Mohamed VI ait des chances de faire pencher de nombreux électeurs en faveur des réformes, le ressentiment face à un fossé persistant entre riches et pauvres pourrait limiter l'ampleur de la victoire.

"Je ne vote pas car je n'ai pas pu obtenir ma carte d'électeur et pour être honnête, c'est le dernier de mes soucis. S'ils voulaient vraiment agir, il fallait le faire il y a déjà plusieurs années", a dit Younès Driouki, commerçant de 29 ans se rendant à la plage avec sa planche de surf.

Ce référendum est organisé seulement deux semaines après l'annonce du projet de réforme constitutionnelle par Mohamed VI.

Le ministère de l'Intérieur a annoncé qu'environ 13 millions d'électeurs étaient inscrits sur les listes, nettement moins que les 19,4 millions de plus de 19 ans recensés en 2009.

Hamid Benchifra, de l'Agence de développement social, a imputé cette différence soit à un problème de mise à jour des listes électorales soit à un désintérêt à l'égard de la politique.

Le taux de participation aux dernières élections législatives, en 2007, n'était que de 37%, le plus bas jamais enregistré.

Depuis l'annonce de la tenue de ce référendum, des dizaines de milliers de Marocains ont manifesté soit pour contester soit pour soutenir ce projet de réforme.

Les opposants à ce projet, qui vont de la gauche aux islamistes désireux d'instaurer un califat, affirment que la population marocaine, dont près de la moitié est illettrée, n'a pas eu le temps suffisant pour l'examiner.

Le mouvement du 20-Février prône l'instauration d'une monarchie parlementaire sur le modèle de certains pays européens et il dénonce en outre une corruption au sein de l'élite marocaine.

"Nous rejetons ce qui a été proposé", a dit Nadjib Chaouki, l'un des coordonnateurs de ce mouvement dépourvu de leader identifié. "(Cette réforme) ne laisse toujours qu'un seul acteur au milieu du jeu."

Nicole Dupont et Bertrand Boucey pour le service français

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