[scald=109241:sdl_editor_representation]par Sophie Louet et Marine Pennetier

PARIS (Reuters) - La menace de l'abstention resurgit à l'approche du premier tour de la présidentielle et avec elle la crainte dans les états-majors politiques, particulièrement au Parti socialiste, qu'une démobilisation des électeurs ne pèse dans le rapport de forces.

Selon un sondage Ifop réalisé les 15 et 16 mars auprès de 1.005 personnes - la première mesure de "l'indice de participation" cette année -, le taux d'abstention pourrait atteindre 29% au premier tour le 22 avril, renouant avec le record du scrutin de 2002 (28,5%) où la dispersion des suffrages, notamment à gauche, avait favorisé la qualification du président du Front national Jean-Marie Le Pen au second tour.

Première raison à ce désintérêt annoncé pour l'isoloir : l'élection présidentielle se déroule durant les vacances scolaires de Pâques, suivies du pont du 8-Mai.

"On retombe aussi dans un climat marqué par la crise économique et sociale, avec l'idée sous-jacente que les politiques n'ont pas forcément les capacités ou les marges de manoeuvre pour changer sensiblement la vie des Français", précise Jérôme Fourquet, de l'Ifop.

"2007 était une exception", souligne-t-il.

Lors de la précédente présidentielle, l'abstention, phénomène croissant en France, avait atteint 16,22% au premier tour 16,03% au second tour (contre 28,4% et 20,3% en 2002).

Les électeurs bouderaient les urnes pour marquer "leur défiance vis-à-vis des élites", explique Jérôme Fourquet à Reuters. "Le fait que les paroles ne sont pas suivies des faits, que les promesses n'engagent que ceux qui les reçoivent, tout ce climat délétère contribue à nourrir l'abstention".

UN ABSTENTIONNISME CONTESTATAIRE

2012 serait ainsi, aux dires de certains observateurs, l'acmé d'une crise de la représentativité politique, dont le candidat centriste François Bayrou, notamment, fait un thème de campagne face à un clivage droite-gauche jugé stérile.

Dès le 5 mai 2002, l'addition de l'abstention (20,29%), des bulletins blancs et nuls (4,30% des inscrits-5,39% des votants) et du score de Jean-Marie Le Pen (17,79% des exprimés-13,41% des inscrits) traduisait la montée du vote protestataire.

L'abstentionnisme d'indifférence ou de méfiance, selon la classification commune, se doublerait d'un abstentionnisme contestataire.

"Le sujet de cette présidentielle, c'est 'Y-a-t-il une façon de présider le pays et de le mettre en mouvement de sorte qu'il survive sans renoncer à son modèle républicain et social?' Les Français se déplaceront si les deux principaux candidats (François Hollande, Nicolas Sarkozy-NDLR) ont une réponse à cette question", estime Stéphane Rozès.

La campagne, selon le président de Cap (Conseils, analyses et perspectives), ne répond pas pour l'heure à ces attentes. "Les attaques ont été trop personnelles et la question n'a pas été suffisamment explicitée, elle a été explicitée par François Hollande lors du Bourget mais depuis, sa campagne s'est diluée".

Selon l'enquête Ifop, 22% des électeurs de Nicolas Sarkozy en 2007 envisagent de s'abstenir le 22 avril, 20% parmi les électeurs de la socialiste Ségolène Royal et 28% des électeurs de François Bayrou.

"Quand on a un électorat jeune et populaire qui s'abstient davantage que la moyenne, c'est plutôt de nature à désavantager la gauche, d'où la campagne de porte-à-porte lancée par le PS en ciblant les quartiers populaires", note Stéphane Rozès.

Un constat que relativise l'Ifop. "Si les enseignants, fort soutien de la gauche, partent en vacances, ça veut dire que les parents d'élèves peuvent aussi partir et ils ne sont pas tous de gauche. Ça peut rejaillir sur l'électorat de droite", explique Jérôme Fourquet.

HOLLANDE APPELLE À LA MOBILISATION

L'enjeu est tel que le Parti socialiste a accusé les pouvoirs publics d'avoir délibérément négligé la campagne en faveur des inscriptions sur les listes électorales. (Voir . Selon l'Insee, 4,5 millions de Français se sont inscrits sur les listes électorales pour 2012, soit 300.000 de moins qu'en 2007.

Le candidat socialiste, François Hollande, a appelé lundi soir, lors d'un meeting à Bondy (Seine-Saint-Denis), à "lutter" contre "la menace" de l'abstention afin de créer une dynamique en sa faveur dès la premier tour.

Les sondages donnent désormais le candidat socialiste au coude-à-coude avec le président sortant au premier tour, mais le donnent systématiquement gagnant au second.

Pour parer à une possible désertion, le PS a financé une campagne de sensibilisation au vote par procuration via une vidéo humoristique (http://www.dailymotion.com/video/xpitou_la-procuration-pensez-y_news).

A l'UMP, où l'on table comme en 2007 sur une dynamique unitaire au premier tour (31,18%), on se dit plutôt confiant.

"Je pense que les Français entrent vraiment, depuis quelques jours, dans la campagne, et plus ça va aller, plus l'intérêt va aller croissant", analyse Franck Riester, membre de l'équipe de campagne de Nicolas Sarkozy. "Sur le terrain, ça se mobilise, ça se cristallise, on retrouve la ferveur de 2007", assure-t-il.

Nathalie Kosciusko-Morizet, porte-parole du président-candidat, juge pour sa part que le désintérêt actuel est imputable à la campagne socialiste.

"François Hollande se conduit en rentier des sondages", il "esquive et fuit les débats", a-t-elle déclaré mercredi.

Avec Elizabeth Pineau, Emmanuel Jarry et Yann Le Guernigou, édité par Patrick Vignal

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