Le Salon de l'Agriculture 2020 ouvre ses portes le 22 février. Et entre les produits du terroir, et autres bovins de concours, se baladeront les politiques. Un passage obligé, devenu au fil des années un impératif de communication, pas toujours facile à assurer selon les personnes.

Jacques Chirac le 24 février 2009 au salon de l'Agriculture
Jacques Chirac le 24 février 2009 au salon de l'Agriculture © AFP / PATRICK KOVARIK

Qu'ils soient Présidents, ministres ou simples élus, faire son apparition au Salon de l’Agriculture, dont la 57e édition commence ce samedi, est un incontournable pour les politiques. Emmanuel Macron était dans la matinée à la traditionnelle inauguration, comme ses prédécesseurs. Une ritournelle annuelle dont on retient les poignées de mains chaleureuses de Jacques Chirac, le "casse toi pauv'con" de Nicolas Sarkozy, ou les diverses dégustations de toutes celles et ceux qui se sont plié à l'exercice.

Mais que représente ce salon pour les membres de la classe politique ? Rite, tradition ou obligation ? Typiquement français ou écho d’autres événements du même type ailleurs ? Entretien avec François Purseigle, ingénieur en agriculture et docteur en sociologie rurale.

FRANCE INTER : Le salon de l’agriculture est-il une spécificité propre à la France ? 

FRANÇOIS PURSEIGLE : "Le Salon de l'Agriculture a une particularité, il incarne ces salons agricoles créés à la fin du XIXe siècle. Dans la plupart des régions françaises, sont nées à cette époque ce qu'on appelle les comices agricoles, les foires agricoles. Le Salon International de l'Agriculture, c'était l'occasion, pour les plus belles vaches qui avaient été décorées dans les salons régionaux, locaux ou départementaux, de s'exposer à Paris. 

C'est quelque chose de très particulier parce que les salons et comices agricoles ont été pensés en France pour célébrer la figure du paysan. C'était et c'est dans les salons de l'Agriculture qu'on désigne le meilleur éleveur à travers sa vache, à travers sa poule : ce sont des lieux de reconnaissance du travail qui est réalisé pour les agriculteurs, notamment à travers le concours général agricole. Et ça, ça n'a pas d'équivalent ailleurs. Il y a bien des salons agricoles aux États-Unis et ailleurs, mais cela ne relève pas de la même symbolique."

Le Salon de l'Agriculture constitue-t-il toujours un passage obligé pour les personnalités politiques ?

"L’agriculture cristallise des enjeux qui sont forts, auxquels les Français tiennent : que ce soit l’enjeu alimentaire, l’enjeu de l'emménagement du territoire, ou l’enjeu de l'emploi dans les industries agricoles et agroalimentaires. Et puis, il ne faut pas oublier que même si les agriculteurs sont une minorité dans la société française aujourd'hui, ils constituaient une majorité il y a encore un siècle de ça. La plupart des Français sont attachés à cette population et à la question agricole, et les politiques le savent pertinemment.

En allant au Salon, ils ne s'adressent pas uniquement aux agriculteurs. Ils s'adressent à l'ensemble de la société française qui est attentive à la manière avec laquelle les politiques peuvent répondre aux défis, aux enjeux de l'agriculture et aux questions qui sont celles des agriculteurs.

Je pense qu'il est important, pour eux, de témoigner de leur attention pour cette population, donc ce serait une erreur de ne pas y aller. Et vous allez voir, ils vont tous s'y succéder ! Ça reste une vitrine : jusqu'à quand, je ne sais pas, mais ça reste une vitrine. Il n'y a pas de couacs à chaque fois : ça fait partie du folklore politique et je ne pense pas que ça les dissuade d'y aller."

Selon vous, est-ce aujourd'hui plus compliqué de se montrer au Salon que ça ne l'était au temps de Jacques Chirac, figure emblématique de l’événement ?

"On a une nouvelle génération de femmes et d'hommes politiques qui n'ont pas fait leurs classes dans les campagnes avant leur élection, ou qui ne sont pas forcément des élus du monde rural, contrairement à Jacques Chirac, Mitterrand ou Pompidou. Et c'est vrai de la gauche comme de la droite et du centre. Si vous voulez, Jacques Chirac incarnait un moment de l'Histoire un peu béni des dieux pour les agriculteurs. Il a aussi été ministre de l'Agriculture, dans un contexte qui était très favorable à celle-ci. Il connaissait très bien les agriculteurs car lui-même étant issu d'une région agricole. Donc, aujourd'hui, on a quand même un personnel politique qui n'apprend pas son métier d'élu de la même manière qu'hier.

C'est beaucoup plus difficile aujourd’hui pour les hommes et les femmes politiques de tous bords d'incarner les réalités agricoles. On a une diversité de réalités sociales et économiques derrière l'expression même d’agriculteur, qui ne facilite pas l'adéquation entre le discours politique et les réalités de terrain. C’est ça qui a changé. Au moment où Jacques Chirac était président de la République, ou quand il était ministre de l'Agriculture, la situation du pays, sur le plan agricole, n'était pas du tout la même. Donc c'est aussi lié à un contexte qui a évolué du côté de l’agriculture elle-même."

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