La commission d’enquête du Sénat a rendu son rapport sur l’affaire Benalla. Selon son président Philippe Bas, la sécurité du chef de l’État a été "affectée" pour de nombreuses raisons.

Alexandre Benalla assurant la sécurité d'Emmanuel Macron lors du Salon de l'agriculture 2018.
Alexandre Benalla assurant la sécurité d'Emmanuel Macron lors du Salon de l'agriculture 2018. © Maxppp / Christophe Petit Tesson

La formule est sans précédent. “Nous avons réuni suffisamment d’éléments pour estimer que la sécurité du président de la République a été affectée, que de nombreuses erreurs ou anomalies ont été constatées”, a déclaré mercredi le sénateur Philippe Bas, président de la commission d’enquête de la Chambre haute alors que les parlementaires rendaient les conclusions de leur rapport sur l'affaire Benalla, mercredi, devant la presse. Le rapporteur de la commission, Jean-Pierre Sueur a également pointé du doigt "une chaîne de dysfonctionnements" qui se sont enchaînés les uns après les autres, "comme s'il y avait des métastases".

La sécurité de l'Élysée n'aurait pas été compromise (la compromission allant de pair avec la trahison, voire l’espionnage et la corruption) mais "affectée", c’est-à-dire mise à l’épreuve et fragilisée. Il faut donc entendre et comprendre qu’un risque a été encouru, pour la République elle-même qui aurait pu être mise en danger par la faute d'un homme, Alexandre Benalla, et par ricochet par celui qui a décidé de l'embaucher, Emmanuel Macron. Car c'est bien le chef de l'État qui est de facto la véritable cible des sénateurs, celui qui aurait décidé d'installer Alexandre Benalla au plus près de lui pour assurer une protection rapprochée, y compris lors de rendez-vous privés qui, par nature, se sont tenus dans des contextes de réduction du nombre des agents des forces spéciales chargés d’assurer sa sécurité.

Au delà ses fonctions officielles

D'abord, les fonctions réelles d'Alexandre Benalla dépassaient, selon les sénateurs, l'intitulé de son contrat officiel de chargé de mission. Il s'occupait bien de sécurité et même de protection rapprochée, et ce sans aucun des contrôles à la hauteur des enjeux d'un tel poste. Cette faute initiale aurait entraîné une série de dysfonctionnements, à commencer par des avantages, des privilèges indus allant jusqu'à l'obtention "irrégulière" d'un permis de port d'arme

Extrait du rapport de la commission d'enquête sénatoriale sur l'affaire Benalla.
Extrait du rapport de la commission d'enquête sénatoriale sur l'affaire Benalla. / Sénat

Il a fait fructifier ses propres affaires

Les avantages élyséens allaient, on le sait désormais, jusqu'à la délivrance de plusieurs passeports et d'un téléphone crypté. Une fois installé au "Château", fort de ses privilèges et d'une position stratégique lors des rendez-vous privés du chef de l'État, Alexandre Benalla a pu, toujours selon les sénateurs qui citent les révélations de Médiapart et du Monde, faire fructifier ses propres affaires en négociant un contrat de sécurité privée pour les séjours en France d'oligarques russes.

Extrait du rapport de la commission d'enquête sénatoriale sur l'affaire Benalla.
Extrait du rapport de la commission d'enquête sénatoriale sur l'affaire Benalla. / Sénat

Des suites judiciaires ?

Malgré tout, à quelque degré qu’ait pu être "affectée" la sécurité de l’Élysée et donc de la République – question qui a marqué l'essentiel de la présentation du rapport parlementaire –, la répercussion judiciaire s’annonce nulle. En effet, comme le rappelait ce mercredi une source policière (et contrairement aux États-Unis), un chef de l'État en France est libre de faire à peu près ce qu'il veut au sujet de sa protection rapprochée. Le niveau de qualification requis pour occuper le poste "réel" d'Alexandre Benalla ne figure dans aucun texte de loi. Et l'ex chargé de mission de l'Élysée pourrait de toute façon arguer de son passé effectif dans le secteur de la sécurité privée.

En revanche, pour tout le reste (mensonges, parjure, dissimulation de preuves, violences présumées contre les manifestants) on devrait dans les mois qui viennent voir si le terme "sécurité affectée" de l'Elysée se traduit judiciairement et à la hauteur d'une "affaire d'État" revendiquée par les sénateurs de par leurs propres découvertes. 

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.