[scald=94521:sdl_editor_representation]par Elizabeth Pineau

NEUVIC, Corrèze (Reuters) - C'est de son fief de Corrèze que François Hollande a lancé le sprint vers le premier tour de l'élection présidentielle, opposant une sérénité teintée de vigilance à "l'entreprise de démolition" lancée contre lui par un Nicolas Sarkozy tout juste entré en course.

Tandis que le président de la République inaugurait samedi son siège de campagne dans le XVe arrondissement de Paris, le candidat socialiste arpentait, comme souvent depuis 30 ans qu'il est élu de la région, les allées du marché de Tulle.

"Ça va bien, pas trop fatigué ?", lui demande un homme en lui tapotant le dos comme pour le réchauffer par ce matin frisquet. "Motivé ?" l'interroge un autre derrière son étal de magrets de canard.

Certains Tullistes, qu'il tutoie pour la plupart, vont à la rencontre du député au sourire impassible.

Quelques-uns l'évitent. "Ça suffit !", grommelle un vieil homme en tirant son chariot, exaspéré par la quinzaine de journalistes qui entourent le prétendant à l'Elysée.

"Les gens me disent de résister, d'avoir du courage, de tenir bon, ils me donnent des bonbons, du jambon, vous imaginez toutes les potions magiques que j'ai pu absorber !", dit François Hollande devant les caméras en suçant une pastille au miel qu'un commerçant vient de lui offrir "pour la route".

François Hollande ne devrait revenir qu'une fois en Corrèze d'ici le premier tour, le 22 avril, pour assister à une réunion du Conseil général qu'il préside depuis quatre ans et dont l'imposant bâtiment surplombe la cité de 16.000 habitants.

Suivra-t-il dimanche le meeting de Nicolas Sarkozy à Marseille ? Le discours de la candidate du Front national Marine Le Pen à Lille ?

RISQUE DE l'ABSTENTION

"Je ne sais pas", répond le député, qui sera l'invité de RMC et BFM-TV en début de soirée. "Bien sûr qu'il faut toujours regarder et entendre, s'intéresser à ce que font les autres, et en même temps ne pas être obnubilé. Je ne me détourne pas par rapport à un candidat en particulier ou une candidate, j'essaie de faire ma route".

Face à un Nicolas Sarkozy désireux de "reconstituer son propre électorat" il note que la bataille actuelle est davantage entre le président et Marine Le Pen qu'entre lui-même et le chef de l'Etat.

Avec l'entrée en lice du président, qui a d'emblée traité son adversaire de menteur en meeting jeudi à Annecy, la campagne prend une tournure plus radicale.

Si François Hollande constate "l'entreprise de démolition" lancée contre lui, l'ancien Premier secrétaire du PS refuse d'être dans "l'obsession de l'adversaire".

Pour l'élu socialiste, favori des sondages pour un scrutin auquel il se présente pour la première fois, la campagne consiste d'abord à "aller convaincre les Français".

"Il ne faut pas se préoccuper des autres. Les attaques, il y en a toujours, elles sont plus ou moins de haut niveau", dit-il. "Il faut faire attention à ce que la campagne ne tourne pas au pugilat, qui vous rabaisse, au risque de favoriser l'abstention".

Quand on lui demande si la semaine a été dure, la tentation de l'ironie revient au galop. "Cette semaine a été bonne, très bonne même, une semaine de campagne. Qu'est-ce qui s'est passé cette semaine ?"

En petit comité, il analyse les derniers sondages, remarque les liens entre cette campagne et celle de 1981 qui avait vu le président sortant Valéry Giscard d'Estaing céder la place au socialiste François Mitterrand. Il raconte aussi comment il calme "individuellement" les ardeurs des socialistes tentés de se distribuer les rôles sans attendre le résultat de l'élection.

NOUVEAU LIVRE

François Hollande, qui doit publier cette semaine un nouveau livre, "Changer de destin", dit ne pas attendre grand chose du camp adverse en terme de projet.

"Ils n'ont pas fait, comme moi, 60 propositions. L'idée même du référendum a été improvisée", estime-t-il à propos du souhait de Nicolas Sarkozy d'interroger les Français sur des sujets de société.

Le slogan de Nicolas Sarkozy, "La France forte", l'étonne : "ça ne peut pas être une France forte alors qu'il n'a cessé de l'abîmer".

En deux jours dans le centre de la France, François Hollande a multiplié les sorties riches en symbole. Vendredi, il a rebaptisé un collège en hommage à une "Juste" corrézienne ayant sauvé une petite juive pendant la Seconde guerre mondiale.

Samedi, c'était au tour d'Henri Queuille, résistant devenu président du Conseil sous la IVe République, d'être affiché au tableau d'honneur du candidat.

"Un homme ou une femme politique doit avoir des références (...), savoir d'où il vient. Ce qu'il a à donner doit venir de loin", a-t-il dit à Neuvic. "Et Henri Queuille est un homme qui a su à des moments particuliers de l'Histoire choisir son camp, en l'occurrence celui de la Résistance, du courage".

François Hollande devait ensuite faire étape à Ussel puis Guéret, dans la Creuse, avant de reprendre la route pour Paris, où il est annoncé dimanche sur un marché proche de Bastille.

Le candidat socialiste, qui aimerait "faire plus meetings, mais ça coûte cher", donnera des réunions publiques la semaine prochaine à Evry (Essonne) et au Mans (Sarthe).

Edité par Marine Pennetier

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.