Marine Le Pen a gagné son pari : elle a battu Emmanuel Macron dans les urnes lors de ces européennes avec 205 000 voix d'avance. Mais au fond, qu'est-ce que ça change ? Le Président ne change pas de cap, elle ne franchit pas un nouveau palier, et en Europe, son groupe restera largement minoritaire.

La présidente du Rassemblement national (RN) Marine Le Pen et la tête de liste Jordan Bardella, le 24 mai 2019.
La présidente du Rassemblement national (RN) Marine Le Pen et la tête de liste Jordan Bardella, le 24 mai 2019. © AFP / Philippe Huguen

Il n'y a pas de débat sur ce point-là : le Rassemblement national, est arrivé en tête des élections européennes de ce dimanche. Avec 23,31 % des voix, la liste menée par Jordan Bardella arrive 0,9 point devant celle conduite par Nathalie Loiseau (LREM - MoDem), qui a recueilli 22,41 % des suffrages. C'était l'objectif de Marine Le Pen, et il est rempli. Mais maintenant que le scrutin est terminé, la question se pose : la présidente du RN aura-t-elle les moyens de ses ambitions ?

Les eurodéputés RN moins nombreux qu'en 2014 et minoritaires à Strasbourg

Même si le Rassemblement national recueille, en valeur absolue, près de 600 000 voix de plus qu'aux élections européennes de 2014, il perd, avec le scrutin proportionnel, un siège au Parlement européen par rapport au précédent scrutin, la liste LREM - MoDem ayant fait un meilleur score que la liste UMP, arrivée deuxième à l'époque. Le RN s'apprête à envoyer 23 eurodéputés à Strasbourg, contre 24 en 2014.

Par ailleurs, le score des alliés de Marine Le Pen en Europe n'est pas suffisant pour former un groupe assez puissant au Parlement européen. La présidente du RN s'apprête, avec la Ligue de Matteo Salvini arrivée en tête en Italie (33 % des voix), à fédérer une large alliance de partis nationalistes, eurosceptiques et populistes. Elle les retrouvera d'ailleurs dès mardi soir, à Bruxelles. Leur groupe parlementaire, l'ENL, est crédité de 59 sièges selon des résultats encore provisoires, "73" selon le décompte de Nicolas Bay, président du groupe.

Dans les faits, c'est une très forte progression : l'ENL va presque doubler de volume. Ses eurodéputés n'étaient que 37 et formaient jusqu'à présent le plus petit groupe du Parlement européen. Ils devraient passer de la huitième à la quatrième place, mais cela ne leur permettra de réformer les traités ou même de bloquer la moindre réforme. Même en additionnant les effectifs des 3 groupes eurosceptiques (ENL, ECR et EFDD), l'extrême droite, les eurosceptiques et les europhobes, resteraient loin de la majorité au Parlement européen.

Toujours enclavé au niveau national

"Un grand mouvement pour l'alternance est né ce soir", proclamait ce dimanche soir Marine Le Pen, après l'annonce des résultats. La présidente du RN se réjouit de l'effondrement de la droite. Mais d'après les sondages, les anciens électeurs de François Fillon se sont davantage tournés vers La République en Marche que vers le Rassemblement national.

"Notre score prouve que notre socle est solide, mais Emmanuel Macron résiste bien, confie un cadre du parti. Cela n'a rien à voir avec François Hollande en 2014, arrivé troisième à 14 %". "Cette élection conforte notre statut mais ne change pas la donne, il y a toujours ce problème de l'enclavement", conclut-il. D'ailleurs, à la Palmeraie, ce dimanche soir, les militants avaient un peu de mal à croire en une victoire en 2022. "On sait très bien qu'avec le Front républicain, on arrivera à rien, sauf miracle", ajoute une militante. 

Quoiqu'il en soit, Marine Le Pen peut se relancer. La voie est libre pour elle vers 2022. Après cette victoire, en interne, l'hypothèse Marion Maréchal s'éloigne, l'ombre de son père également, puisque Jean-Marie Le Pen quitte le Parlement européen, et n'a désormais plus aucun mandat. Quant à Nicolas Dupont-Aignan, avec à peine 3% des suffrages, il ne peut plus prétendre incarner une alternative crédible à droite.

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