A 1 700 mètres d'altitude, ils sont une centaine à être arrivés samedi, raquettes aux pieds : des membres du mouvement Génération Identitaire entendent bloquer le col de l'Echelle, lieu de passage des migrants de l'Italie vers la France. Une opération qui s'est invitée dans les débats à l'Assemblée nationale.

Les militants de Génération Identitaires ont mis en place une frontière symbolique au col de l'Echelle
Les militants de Génération Identitaires ont mis en place une frontière symbolique au col de l'Echelle © AFP / ROMAIN LAFABREGUE

Ils sont arrivés en raquettes, dans la journée de samedi, pour prendre position au col de l'Echelle dans les Hautes-Alpes, à 1 762 mètres d'altitude et à six kilomètres de la frontière italienne. Une centaine de militants d'extrême-droite, membres du groupe Génération Identitaire, ont mis en place une "frontière symbolique" en grillage de chantier, au niveau de ce point de passage des migrants. Une partie d'entre eux ont passé la nuit sur place.

Contre le "manque de courage politique" du gouvernement ?

Le groupe, qui a également patrouillé en hélicoptère au-dessus du site - et prévoit pour dimanche d'y faire voler des drones et un avion biplace - demande le "blocage définitif" du col. "L'objectif est tout simple, il est de montrer aux pouvoirs publics qu'avec un minimum de motivation, un peu de détermination et des moyens relativement sommaires par rapport aux nôtres, on a la capacité de bloquer la frontière", a expliqué sur France Bleu Provence Romain Espino, porte-parole du mouvement. 

"Si les pouvoirs publics ne le font pas, c'est soit qu'ils sont bloqués par leurs carcans idéologiques, soit qu'ils manquent cruellement de courage politique". 

Pour Pierre Henry, directeur général de l'association France Terre d'Asile, trop, c'est trop : il demande la dissolution de ce mouvement qui compte dans ses rangs des Français, mais aussi des militants venus de toute l'Europe. "Ca suffit maintenant, ces actions répétées contre les migrants avec des moyens considérables. Ce n'est pas possible dans un état de droit de tolérer ce type d'actions et de propos. C'est la raison pour laquelle ils ont été interdits de manifester en novembre dernier au préfet de Paris et signalés au procureur par le délégué interministériel à la lutte contre le racisme et l'antisémitisme". 

Passes d'armes à l'Assemblée nationale

Cette opération a indigné de nombreux utilisateurs sur les réseaux sociaux... mais aussi une partie des parlementaires, qui ont évoqué le sujet en plein débat sur la loi asile et immigration à l'Assemblée nationale. La présidente du groupe socialiste, Valérie Rabaud, a interpellé le ministre de l'Intérieur : "Je vous demande de réaffirmer l'autorité de l'Etat". Elle a été suivie par le chef de file des Insoumis, Jean-Luc Mélenchon : "Gérard Collomb, nous ne sommes pas à l'abri de ces fous, et c'est votre devoir de nous protéger et de protéger les migrants qu'ils veulent agresser"

"Ne tombez pas dans ces panneaux", a prévenu le ministre, qui a demandé aux parlementaires de ne pas faire de publicité pour ce groupe : "C'est le piège que vous tend aujourd'hui Génération Identitaire. Nous condamnons ces gesticulations", a-t-il déclaré.

Mais pour certains députés, Gérard Collomb et son projet de loi sont en partie responsables de cette situation : "On vote une loi très dure sur l'immigration : un certain discours gouvernemental nourrit, quelque part, cette confiance des groupuscules d'extrême-droite", accuse Eric Coquerel (FI). "C'est assez immonde que de faire croire que des milices d'extrême-droite qui s'attaquent à des gens en situation de précarité dans une frontière pourraient être portés par un texte de loi en cours d'examen, ça ne sert personne", répond Olivier Vérand, député marcheur de l'Isère.

Une nervosité palpable sur tous les bancs des parlementaires, qui a également donné lieu à un accroc entre Jean-Luc Mélenchon et le député FN Gilbert Collard, et à laquelle la longueur des débats n'est bien sûr pas étrangère

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