[scald=108483:sdl_editor_representation]PARIS (Reuters) - Une nouvelle hausse du chômage est venue rappeler lundi aux candidats à la présidentielle que l'état de l'économie restait la principale préoccupation des Français dans une campagne court-circuitée par les tueries de Toulouse et Montauban.

Le chômage a augmenté pour le dixième mois consécutif en France en février pour atteindre son plus haut niveau depuis octobre 1999, selon les chiffres publiés lundi, les derniers avant le premier tour de la présidentielle.

Le nombre de demandeurs d'emploi en catégorie A (ceux n'ayant exercé aucune activité) a augmenté de 6.200 (+0,2%) le mois dernier en France métropolitaine par rapport à janvier pour s'établir à 2.867.900. Sur un an, la hausse est de 6,2%.

Et le pire est peut-être à venir, estiment les spécialistes.

"Aucune bonne nouvelle n'est à espérer sur le front du chômage cette année", déclare Alexandre Mirlicourtois, directeur des études du cabinet économique Xerfi, dans une analyse intitulée "le risque d'embrasement" diffusée jeudi dernier.

Il s'agit d'une mauvaise nouvelle pour Nicolas Sarkozy, qui peine à faire campagne sur son bilan dans ce domaine, même s'il estime que la crise économique et financière mondiale est la principale responsable de cette hausse.

Le président sortant présente régulièrement la situation française comme meilleure que celle de ses voisins. Les statistiques montrent au contraire que la situation de la France est la plus mauvaise des pays de la zone euro qui lui sont comparables, en particulier l'Allemagne.

"Les chiffres de ce soir manifesteront une amélioration de la situation avec une baisse tendancielle de l'augmentation du nombre de chômeurs", a-t-il dit lundi sur France Info.

TOULOUSE DOMINE LA CAMPAGNE

Benoît Hamon, le porte-parole d'un Parti socialiste qui tente de faire campagne sur l'échec du gouvernement sur ce point, a immédiatement ironisé. "Il y a surtout une baisse tendancielle de la crédibilité de Nicolas Sarkozy", a-t-il dit. "Le chômage, c'est le naufrage de ce quinquennat."

La CGT a abondé dans le même sens.

"En ces périodes électorales, le gouvernement cherche à cacher le bilan désastreux du quinquennat en matière d'emploi. Malgré ce qu'il dit, il n'y a pas de ralentissement du nombre de demandeurs d'emplois", peut-on lire dans un communiqué.

"Il est temps de mettre en place une autre politique, qui recrée de l'emploi, notamment par une véritable politique industrielle et des effectifs renforcés pour les services publics", ajoute le premier syndicat français.

Le Front national s'est indigné de voir Nicolas Sarkozy tenter de minimiser la hausse du chômage.

"Le bilan du président sortant est en effet si mauvais qu'il se croit obligé de se réjouir quand la hausse est un peu moins forte", déclare dans un communiqué Florian Philippot, directeur stratégique de la campagne de Marine Le Pen.

La campagne reste toutefois dominée par l'enquête sur les sept morts de Toulouse et Montauban, assassinés par Mohamed Merah, un tueur abattu par la police jeudi.

Nicolas Sarkozy a rejeté à nouveau les critiques sur la gestion de l'affaire Merah mais ses adversaires politiques, en particulier le Parti socialiste, ne désarment pas.

Le président sortant, qui se veut à l'aise sur ce terrain, a poursuivi ses attaques contre le candidat PS, François Hollande, qu'il juge laxiste, mais se voit à son tour attaqué sur son bilan et les "failles" éventuelles des services de sécurité.

HOLLANDE VEUT TENIR LE CAP

"La République a des questions à se poser" a affirmé dimanche le candidat du MoDem, François Bayrou, qui s'est demandé comment "un assassin désaxé (...) repéré par tous les services" a pu ainsi passer à l'acte.

La présidente du Front national, Marine Le Pen, ne s'est pas privée de se relancer sur un de ses thèmes de prédilection, affirmant vouloir "mettre l'islam radical à genoux".

Invité lundi matin sur France Info, Nicolas Sarkozy a réaffirmé qu'à sa connaissance, il n'y avait pas de "cellule" et que Mohamed Merah, 23 ans, s'était "auto-radicalisé".

"Je considère comme particulièrement indignes les mises en cause de la police", qui a fait un travail "remarquable", a-t-il dit, soulignant les difficultés d'une enquête qui a permis de mettre le meurtrier hors d'état de nuire en dix jours.

Ces arguments avaient été réfutés par avance par la candidate d'Europe Ecologie-Les Verts (EELV), Eva Joly.

Selon elle, les dysfonctionnements sont patents et le directeur du renseignement intérieur (DCRI), Bernard Squarcini, et le patron de la police, Frédéric Péchenard, devraient démissionner dans tarder.

Benoît Hamon a contredit l'idée que Mohamed Merah était un "loup solitaire" difficile à détecter parce qu'il "préparait ses forfaits tout seul dans son coin."

François Hollande, tente quant à lui de poursuivre son chemin sans se laisser distraire.

Dimanche à Bastia, il a semblé opérer un virage en replaçant en tête des thèmes de campagne les "urgences" que sont le chômage, le pouvoir d'achat, la précarité et les inégalités.

"Une campagne présidentielle doit répondre à une demande de changement ou de continuité", a-t-il résumé. "Donc le choix, il est toujours le même et sera toujours dans les mêmes termes : Est-ce qu'on veut continuer cinq ans de plus une politique qui a échoué? Ou est-ce que l'on veut changer et donner un espoir au pays? Je porte cette volonté de changement".

Yves Clarisse, avec service France

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