Les cinq principaux candidats de la présidentielle se sont affrontés dans le grand oral d'un premier débat télévisé, avec, pour chacun, son lot d'intox dans les déclarations.

Emmanuel Macron salue François Fillon, avant le débat télé organisé par TF1
Emmanuel Macron salue François Fillon, avant le débat télé organisé par TF1 © AFP / Auteur / Source / Crédit Patrick KOVARIK

Les cinq principaux candidats de la présidentielle se sont affrontés pour un premier débat télévisé : sur le temps de travail, les chiffres de la pauvreté, du chomage ou des fichés S, chacun y est allé de son inexactitude.

Mélenchon et la majoration des heures supplémentaires

Sur ce point, Jean-Luc Mélenchon est appuyé par Macron : la loi travail aurait baissé de 25 à 10% la majoration des heures supplémentaires. Faux, répond Myriam El Khomri dans la foulée.

Fillon, et la durée du temps de travail

La France est aujourd'hui le pays ou le volume d'heures travaillées par rapport aux grandes économies mondiales est le plus bas

Ce qui est vrai, c'est que le temps de travail des salariés à temps plein est plus bas en France que dans les autres pays européens.

Mais si on veut évaluer le volume d'heures travaillées comme prétend le faire François Fillon, il faut aller au-delà des seuls travailleurs à temps complet. Il faut intégrer aussi les salariés à temps partiel. Et comme on le voit, la durée annuelle moyenne de travail est supérieure en France concernant le travail à temps partiel, qu'elle ne l'est en Allemagne aux Pays Bas, au Danemark, au Royaume Uni... Autant de pays que cite François Fillon.

Ajoutons que la part des salariés à temps partiel varie largement selon les pays. Et elle est beaucoup plus importante en Allemagne ou aux Pays-Bas qu'en France.

En dernier lieu, l'étude de Coe-Rexecode renseigne aussi sur le temps de travail des salariés indépendants pour lequel la France est dans le quatuor de tête, seulement devancé par la Grèce, l'Autriche et la Belgique.

Au total, si on intègre donc, pour mesurer le volume global d'heures travaillées, les temps complets, partiels, mais aussi les indépendants, le résultat est alors bien moins édifiant que ne le dit François Fillon... voire même opposé à ce qu'il entendait démontrer.

La France (1521 heures) se retrouve certes devancée par le Royaume Uni (1624 heures), mais proche de l'Allemagne (1580 heures), et surtout devant trois autres des pays que cite François Fillon : la Suède, le Danemark et les Pays-Bas. Ce dernier pays occupant, en raison de la part structurellement très forte du temps partiel... la dernière position avec moins de 1400 heures.

Marine Le Pen, et les expulsions des étrangers islamistes fichés "S"

Marine le Pen a évoqué "les expulsions des étrangers islamistes fichés S" ou sur les organisation terroristes : la patronne du FN qui reprend une vieille intox sur Laurent fabius et son prétendu hommage au Front Al Nosra.

Al Nosra, c'est vrai qu'on en disait le plus grand bien dans le gouvernement de François Hollande, il y a encore quelques mois

Dans cette phrase, tout est faux, ce malentendu date en fait de 2012 et non d'il y a quelques mois lors d'un sommet : Laurent Fabius avait rapporté les propos de pays arabes qui se félicitaient de l'action d'Al Nosra en Syrie, malentendu qui a depuis longtemps été levé et les propos de Fabius maintes fois clarifiés.

Fillon et les "faux" réfugiés

Il y a une partie de ces hommes et ces femmes qui fuyaient la guerre en Syrie bien sûr mais l’immense majorité de ces réfugiés sont en réalité des hommes et des femmes qui fuient la pauvreté, qui viennent de toutes les régions du monde

François Fillon a ainsi taclé Emmanuel Macron et son soutien à Angela Merkel dans l'accueil des réfugiés en Allemagne, pour la bonne raison qu'une immense majorité ne serait pas des réfugiés fuyant la guerre, précisément, mais des migrants économiques.

Mais les données d’Eurostat contredisent clairement François Fillon : En 2015, 29% des demandes d’asile de primo-arrivant provenaient de Syriens. Les Afghans représentaient 14 % du total et les Irakiens, 10 %. Plus de la moitié des demandeurs d’asile en Europe venaient donc de pays en guerre.

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