[scald=195659:sdl_editor_representation]PARIS (Reuters) - Le débat sur l'exil fiscal de certaines grandes fortunes, dont celui de l'acteur Gérard Depardieu vers la Belgique, a redoublé d'intensité vendredi avec une passe d'armes à distance entre François Hollande et la patronne du Medef Laurence Parisot.

Gérard Depardieu a dit renoncer à la nationalité française pour protester contre les critiques sur son exil fiscal, s'attirant les critiques du Premier ministre Jean-Marc Ayrault. Le président russe Vladimir Poutine lui a offert un passeport.

Son cas fait suite à d'autres départs, comme ceux du patron de LVMH Bernard Arnault, qui a demandé la nationalité belge, ou du président et fondateur du groupe lunetier français Alain Afflelou, parti à Londres.

Ils démentent cependant tout lien avec le renforcement de l'impôt sur les plus riches -notamment la taxation à 75% de la part des revenus supérieure à un million d'euros par an- et entendent continuer à payer leurs impôts en France.

La présidente du Medef Laurence Parisot a dit regretter que François Hollande ne respecte pas à ses yeux sa promesse, à savoir "pacifier le pays et réduire les antagonismes".

"En ce moment, on est en train de dire 'vous M. Depardieu êtes indigne d'être français', 'vous M. le dirigeant également'. On est en train de recréer un climat de guerre civile, qui s'apparente à 1789", a-t-elle déclaré sur Europe 1.

La taxation à 75% s'accompagne de la création d'une nouvelle tranche supérieure d'impôt sur le revenu à 45%, de l'abaissement du seuil de l'impôt sur la fortune -qui n'existe pas en Belgique- et de diverses mesures sur le capital.

François Hollande, interrogé aussi sur Europe 1, a relativisé la portée de la taxation à 75%.

"Ça durera deux ans, les 75%, notre niveau de fiscalité n'est pas plus élevé, hormis les 75%, que ce que l'on trouve dans la plupart des pays voisins", a-t-il dit.

"Mais ce que je dirais (...) c'est qu'à un moment chacun doit faire un effort et que ceux qui ont le plus, peut-être, doivent en faire un de plus", a-t-il ajouté.

DENEUVE SOUTIENT DEPARDIEU

Il a une nouvelle fois pris ses distances avec les déclarations controversées du Premier ministre Jean-Marc Ayrault, qui avait qualifié d'"assez minable" l'exil de Gérard Depardieu et s'est adressé aux grandes fortunes.

"Je veux aussi leur dire que personne, je dis bien personne, aucun citoyen français, ne peut être stigmatisé par le président de la République", a dit le chef de l'Etat.

Après une tribune du comédien Philippe Torreton brocardant l'attitude de Gérard Depardieu et lui rappelant qu'un important système de subventions contribuait au succès du cinéma français et donc au sien, Catherine Deneuve, une des plus grandes stars contemporaines du cinéma, a pris la défense de l'acteur.

Elle s'est adressée à Philippe Torreton dans une autre tribune publiée par Libération. "C'est un homme vacillant que vous attaquez. Il ne donne en pâture que lui-même, une fuite en avant sans doute, des désirs matériels qui ne seront jamais assouvis et toutes ses activités qui doivent noyer son chagrin", écrit-elle.

"Qu'auriez-vous fait en 1789, mon corps en tremble encore!", lance-t-elle à Philippe Torreton, jugeant "indigne d'hommes d'Etat" les critiques gouvernementales.

Elle cite Voltaire à propos de Depardieu, qui fut son partenaire à l'écran, notamment dans "Le dernier métro": "Je ne suis pas d'accord avec ses idées mais je me battrai jusqu'à la mort pour qu'il puisse les exprimer".

Thierry Lévêque, édité par Yves Clarisse

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